Brésil

Bolsonaro conditionne l'aide du G7 au retrait des "insultes" de Macron

  • PubliĂ© le 27 aoĂ»t 2019 Ă  19:35
  • ActualisĂ© le 28 aoĂ»t 2019 Ă  05:54
Le président brésilien Jair Bolsonaro à Brasilia le 23 août 2019

Le prĂ©sident brĂ©silien Jair Bolsonaro a conditionnĂ© mardi une aide du G7 contre les incendies en Amazonie au "retrait de (ses) insultes" par son homologue français Emmanuel Macron, tandis que les feux avançaient toujours dans la forĂȘt tropicale en dĂ©pit de l'intervention de l'armĂ©e.

Loin de baisser le ton, M. Bolsonaro a pris le parti de l'escalade dans la polémique agressive qui enfle de jour en jour entre le Brésil et la France, alors que les incendies en Amazonie ont provoqué une indignation internationale, mis son pays en difficulté et menacent un accord de libre-échange UE-Mercosur négocié depuis 20 ans.

M. Bolsonaro a toutefois reçu le "soutien sans réserve" du président américain Donald Trump. "Il travaille trÚs dur sur les feux en Amazonie et, à tous égards, fait un trÚs bon boulot pour le peuple brésilien. Pas facile", a tweeté le locataire de la Maison Blanche.

Mais à Brasilia, Jair Bolsonaro apostrophait Emmanuel Macron. "Monsieur Macron doit retirer les insultes qu'il a proférées contre ma personne", a déclaré à quelques journalistes le président brésilien, évoquant les accusations de son homologue selon lesquelles il avait "menti" sur ses engagements environnementaux.
"D'abord il m'a traité de menteur et ensuite, d'aprÚs mes informations, il a dit que notre souveraineté sur l'Amazonie était une question ouverte", a dit Jair Bolsonaro avant de rencontrer les neuf gouverneurs d'Etats d'Amazonie.

M. Bolsonaro, ex-capitaine de l'armée et climatosceptique assumé, évoque souvent "notre Amazonie" et a accusé M. Macron d'avoir une "mentalité colonialiste".
Au dernier jour du sommet de Biarritz (sud-ouest de la France), Emmanuel Macron s'Ă©tait interrogĂ© sur l'opportunitĂ© de confĂ©rer un statut international Ă  la forĂȘt amazonienne, au cas oĂč les dirigeants de la rĂ©gion prennent des dĂ©cisions nuisibles pour la planĂšte. "Avant de discuter et d'accepter quoi que ce soit de la France" M. Macron "doit retirer ses paroles et Ă  partir de lĂ , nous pourrons parler", a insistĂ© le prĂ©sident brĂ©silien.

Interrogé sur ces déclarations, la présidence française n'a pas souhaité commenter.

Lundi soir, Brasilia avait rejetĂ© sĂšchement l'aide de 20 millions de dollars proposĂ©e par le G7 pour combattre les incendies, en conseillant au prĂ©sident français de s'occuper "de sa maison et de ses colonies". "Nous remercions (le G7 pour son offre d'aide, ndlr), mais ces moyens seront peut-ĂȘtre plus pertinents pour la reforestation de l'Europe", a dĂ©clarĂ© le chef de cabinet, Onyx Lorenzoni. Ce dernier avait raillĂ© Paris pour ne pas avoir pu empĂȘcher, en avril, l'"incendie prĂ©visible" de la cathĂ©drale Notre-Dame, "patrimoine de l'humanitĂ©".

- "Question familiale" -

Lundi M. Macron avait qualifié de "propos extraordinairement irrespectueux à l'égard de (son) épouse" un commentaire de Jair Bolsonaro à un post sur Facebook offensant à l'égard de la premiÚre Dame, apparemment inédit dans des relations entre chefs d'Etat.

InterrogĂ© mardi sur cette affaire, M. Bolsonaro a confirmĂ© avoir mis lui-mĂȘme le commentaire endossant ce post qui montrait Brigitte Macron sur une photo trĂšs dĂ©savantageuse. Mais il n'a pas souhaitĂ© aborder une "question familiale" et a menacĂ© de mettre fin Ă  sa rencontre avec les journalistes s'"ils insistaient".

L'écrivain brésilien Paulo Coelho a demandé pardon aprÚs les attaques du président Bolsonaro, comme de nombreux internautes au Brésil, qui exprimaient leur honte, sous le mot-clé #DisculpaBrigitte (Pardon, Brigitte). "Pardonnez-moi, pardonnez-moi mille fois", a écrit Paulo Coelho. "Jair Bolsonaro a la mentalité d'un pré-adolescent imbécile et totalement immature", écrivait un internaute, "il n'a aucunement la posture d'un chef d'Etat. J'éprouve une honte énorme". "Nous voudrions une PremiÚre dame comme vous: élégante, intelligente et qui fasse réellement quelque chose d'utile pour son pays", écrivait un autre. "Mais nous avons l'épouse-trophée d'un vieil idiot qui ne sait pas tenir sa langue".

Toutefois le prĂ©sident d'extrĂȘme droite bĂ©nĂ©ficiait dans ses empoignades avec Paris d'un fort soutien de la sphĂšre bolsonariste, trĂšs mobilisĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux.

- Difficultés respiratoires -

Sur le terrain, les nouveaux départs de feu ont encore progressé lundi, apportant un démenti à l'affirmation la veille du ministre de la Défense Fernando Azevedo e Silva selon lequel les incendies en Amazonie étaient "sous contrÎle" aprÚs le déploiement de l'armée.

Quelque 1.659 nouveaux dĂ©parts de feu ont Ă©tĂ© recensĂ©s au BrĂ©sil par l'Institut national de recherche spatiale (INPE) en 24 heures. Au total, 82.285 feux de forĂȘt ont Ă©tĂ© rĂ©pertoriĂ©s au BrĂ©sil depuis le dĂ©but de l'annĂ©e, dont plus de la moitiĂ© en Amazonie.

A Porto Velho, capitale de l'Etat amazonien de RondÎnia, un peu de pluie a allégé l'atmosphÚre trÚs lourde ces derniers jours des fumées, qui ont conduit de nombreux habitants à consulter pour difficultés respiratoires.

PrÚs de 2.500 hommes et une quinzaine d'avions, dont deux bombardiers d'eau C-130 Hercules étaient mobilisés en Amazonie contre ces feux touchant aussi gravement la Bolivie frontaliÚre du président Evo Morales, qui a accepté l'aide internationale.

AFP

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