Chercher du travail loin de chez soi quand son entreprise ferme? Pas si simple, car la mobilitĂ© ne se pose pas de la mĂȘme façon Ă Paris ou Ă Tulle, qu'on soit cadre informatique ou ouvrier, famille monoparentale ou jeune actif.
Emmanuel Macron a fait grincer cette semaine en estimant lors d'un aparté filmé que "certains", visant les salariés creusois de GM&S, feraient mieux de regarder s'ils ne pouvaient pas trouver un travail à la fonderie Constellium d'Ussel (CorrÚze) située à plus de deux heures de route et qui, elle, a des difficultés à recruter.
Alors que certains postes ont du mal Ă trouver preneur, que des rĂ©gions peinent Ă attirer des salariĂ©s et que la France compte plus de trois millions de chĂŽmeurs, la mobilitĂ© gĂ©ographique des travailleurs est brandie en Ă©tendard: changer d'endroit ou/et de mĂ©tier pour ne plus ĂȘtre au chĂŽmage ou Ă©voluer dans son entreprise.
Et d'autant plus que certains emplois disparaissent -- un million d'emplois perdus dans les usines depuis 2001-- et que la révolution numérique bouscule le paysage des métiers.
Mais est-ce si facile de "bouger"?
"Ce n'est pas si simple de dire: +Vous cherchez un emploi ? Vous habitez Lille, allez à Marseille+", explique à l'AFP Charlotte Pouhin, présidente de la Fédération des acteurs de la relocation et de la mobilité géographique (FAR), qui aident les entreprises à la mobilité de leurs salariés. "Il faut que la mobilité géographique professionnelle soit accompagnée, sinon ce sont des catastrophes économiques et familiales", ajoute-t-elle.
"Il y a des coûts visibles et invisibles", explique-t-elle. Au titre des "coûts visibles", le déménagement par exemple. Parmi les "coûts invisibles" pour les entreprises: l'emploi du conjoint, l'obtention du permis de conduire, les frais d'essence, la nécessité d'une nounou pour remplacer des grands-parents qui gardaient les enfants, sans parler des gardes dans les familles recomposées ...
Selon une Ă©tude de la direction du TrĂ©sor de septembre 2013, "ĂȘtre propriĂ©taire occupant ou locataire d'un logement social, limite par rapport au fait d'ĂȘtre locataire du parc privĂ©, les mobilitĂ©s professionnelles, lorsqu'elles impliquent un dĂ©mĂ©nagement".
- 'crispation' des pouvoirs publics -
"Il y a les crédits de maison, il y a des familles, le travail du conjoint", résume un délégué CGT de GM&S interrogé aprÚs les propos polémiques du président de la République. L'activité des femmes a aussi changé la donne ces derniÚres années.
D'aprÚs un rapport de l'inspection des finances (IGF) et de l'inspection des affaires sociales (IGAS) de janvier 2016 sur la "mobilité géographique des travailleurs", "les comparaisons internationales indiquent que la situation de la France en matiÚre de mobilité est intermédiaire par rapport aux pays comparables".
Thomas Sigaud, sociologue (Université de Tours, Cnam) le confirme: "Les Français sont dans la moyenne supérieure" pour le taux de mobilité résidentielle, devant l'Italie, l'Espagne ou la Grande-Bretagne par exemple. Il a observé dans une de ses études, portant sur la période 1970 à 2012, que "depuis les années 2000, il n'y a pas de corrélation claire entre le retour à l'emploi et le déménagement".
"On voit depuis une dizaine d'annĂ©es une certaine crispation des pouvoirs publics autour de la question de la mobilitĂ© gĂ©ographique", relĂšve-t-il. "MĂȘme en pĂ©riode de forte tension sur l'emploi, les Français bougent beaucoup plus que ce qu'on dit, ils bougent entre autres pour l'emploi mais ils ne bougent probablement jamais seulement pour l'emploi", explique-t-il.
La mobilité est plus forte chez les jeunes et chez les actifs les plus qualifiés.
Des cadres peuvent changer d'emploi quatre ou cinq fois "en restant en région parisienne", souligne M. Sigaud, mais souvent dans "des carriÚres sécurisées". Il note aussi "une sédentarité des employés" due à la concentration des emplois de service autour des grandes villes mais aussi "une mobilité" de la part des ouvriers qui peuvent traverser les frontiÚres pour aller en Allemagne par exemple.
Par Karine ALBERTAZZI - © 2017 AFP
