C'est lui qui a fait tomber Lula

BrĂ©sil : un juge anticorruption super-ministre de la Justice de Bolsonaro

  • PubliĂ© le 1 novembre 2018 Ă  20:28
  • ActualisĂ© le 1 novembre 2018 Ă  22:40
Le juge Sergio Moro quitte la résidence du président élu Jair Bolsonaro à Rio, le 1er novembre 2018

Le juge Sergio Moro, hĂ©raut de la lutte anticorruption trĂšs populaire au BrĂ©sil et "tombeur" de l'ex-prĂ©sident emprisonnĂ© Lula, a acceptĂ© jeudi de devenir le ministre de la Justice et de la SĂ©curitĂ© publique du prĂ©sident Ă©lu d'extrĂȘme droite Jair Bolsonaro. "La perspective de mettre en oeuvre de fortes mesures contre la corruption et le crime organisĂ© (...) m'a amenĂ© Ă  prendre cette dĂ©cision", a expliquĂ© le magistrat de 46 ans dans un communiquĂ©. Une prise de choix pour l'administration Bolsonaro, qui prendra ses fonctions en janvier : mĂȘme s'il ne fait pas l'unanimitĂ©, la popularitĂ© du juge Moro est telle que de nombreux BrĂ©siliens portent des t-shirts Ă  son effigie.

Plusieurs dizaines de ces fans faisaient le pied de grue jeudi matin Ă  l'entrĂ©e du complexe de la rĂ©sidence du prĂ©sident Ă©lu, oĂč Sergio Moro s'est rendu depuis Curitiba (sud).
AprÚs plusieurs heures de réunion, le juge est sorti de la voiture qui le ramenait vers l'aéroport pour s'adresser aux dizaines de journalistes qui tentaient de se frayer un passage parmi les fans.

Mais la situation était si chaotique qu'il a fini par remonter dans le véhicule sans pouvoir s'exprimer, acclamé par ses admirateurs.
L'annonce officielle est tombĂ©e quelques minutes plus tard, dans un communiquĂ© du bureau du magistrat Ă  Curitiba, suivi d'un tweet de Jair Bolsonaro lui-mĂȘme, prĂ©cisant que le futur ministre aurait comme prioritĂ© "la lutte contre la corruption et le crime organisĂ©, dans le respect de la Constitution et des Lois".

- Impartialité en cause -

À Brasilia, Sergio Moro sera Ă  la tĂȘte d'un "super ministĂšre", qui comprendra Ă©galement les compĂ©tences du ministĂšre actuel de la SĂ©curitĂ© publique, créé en fĂ©vrier dernier pour coordonner les diffĂ©rentes forces de police dans la lutte contre le crime organisĂ©.
Il s'est fait connaĂźtre en tant que juge de premiĂšre instance chargĂ© de l'opĂ©ration "Lavage express", enquĂȘte tentaculaire qui a rĂ©vĂ©lĂ© un gigantesque rĂ©seau de corruption autour du groupe Ă©tatique Petrobras et a Ă©claboussĂ© la classe politique.

Son principal fait d'armes : la condamnation de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2012), qui purge depuis avril une peine de 12 ans et un mois de réclusion pour corruption et blanchiment à Curitiba (sud), à un jet de pierre des bureaux du juge Moro.
En acceptant l'invitation du président élu, le magistrat donne du grain à moudre à ses détracteurs, qui mettent réguliÚrement en doute son impartialité.

La gauche l'accuse notamment de s'ĂȘtre acharnĂ© contre Lula, condamnĂ© "sans preuve", selon ses avocats.
"Moro a toujours eu une attitude politique. À plusieurs reprises il a influencĂ© la dynamique de la politique brĂ©silienne", explique Daniel Vargas, spĂ©cialiste en droit public de la Fondation Getulio Vargas.

Il fait notamment allusion au fait que le magistrat a Ă©tĂ© mis en cause pour avoir divulguĂ© Ă  la presse Ă  des moments stratĂ©giques des Ă©lĂ©ments d'enquĂȘte censĂ©s ĂȘtre sous le sceau du secret judiciaire.

- CinquiÚme ministre confirmé -

Dans son communiqué de jeudi, le juge Moro a déjà laissé entendre qu'il suspendrait de fait ses activités au sein l'opération "Lavage express" d'ici sa prise de fonction "pour éviter les controverses inutiles".
Sergio Moro est le cinquiÚme ministre dont le nom a été confirmé officiellement par Jair Bolsonaro.
Mercredi, l'astronaute Marcos Pontes avait Ă©tĂ© dĂ©signĂ© au portefeuille des Sciences, aprĂšs le gĂ©nĂ©ral de rĂ©serve Augusto Heleno Ribeiro Ă  la DĂ©fense, le dĂ©putĂ© Onyx Lorenzoni comme chef de gouvernement et l'Ă©conomiste ultra-libĂ©ral Paulo Guedes Ă  la tĂȘte d'un super-ministĂšre de l'Economie.

Les tractations en vue de la formation du futur gouvernement Bolsonaro sont toutefois entachées d'une polémique autour de la fusion entre les ministÚres de l'Agriculture et de Environnement, fortement critiquée par les écologistes.
Confirmée par Onyx Lorenzoni dans un premier temps mardi, elle a été remise en cause par la suite par d'autres membres de l'équipe de transition du futur gouvernement.

Autre sujet de controverse: une déclaration au journal israélien Hayom réitérant une promesse de campagne à haut risque sur le plan diplomatique: le transfert de l'ambassade de son pays en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem.
S'il passe aux actes, le Brésil deviendrait le troisiÚme pays à faire ce choix, aprÚs le Guatemala et surtout les Etats-Unis, dont la décision, rompant avec des décennies de diplomatie américaine, a ulcéré les Palestiniens.

 - © 2018 AFP

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