Grande-Bretagne

Brexit : May va demander Ă  l'UE un report pour sortir de la "crise"

  • PubliĂ© le 19 mars 2019 Ă  19:05
  • ActualisĂ© le 19 mars 2019 Ă  19:54
Titres de la presse britannique le 19 mars 2019

La PremiÚre ministre Theresa May va adresser d'ici mercredi une lettre à l'UE pour demander un report du Brexit, forcée de reconnaßtre que l'impasse au parlement britannique pour faire adopter son accord de divorce s'est muée en "crise".

Theresa May "va écrire à Donald Tusk, le président du Conseil européen (...) au sujet d'une extension de l'article 50", qui fixe au 29 mars la sortie de l'UE, a déclaré mardi un porte-parole de la dirigeante conservatrice à l'issue d'une réunion du gouvernement.

Un changement de la date du Brexit devra ĂȘtre approuvĂ© par les deux chambres du Parlement, a-t-il ajoutĂ©, sans prĂ©ciser quelle serait la durĂ©e du report demandĂ© Ă  l'UE.

A seulement dix jours de la date théorique du Brexit, dont personne ne sait encore quelle forme il prendra, la dirigeante conservatrice, qui avait d'abord prévu un nouveau vote sur son accord de Brexit d'ici mercredi, a été contrainte de revoir sa stratégie aprÚs le coup d'éclat du président de la Chambre des Communes, le "Speaker", John Bercow.

Ce dernier a statuĂ© lundi que Mme May ne pouvait pas revenir au cours de la mĂȘme session parlementaire devant les dĂ©putĂ©s britanniques avec le mĂȘme texte dĂ©jĂ  rejetĂ© la semaine derniĂšre.

Cette décision, basée sur une convention parlementaire vieille de quatre siÚcles selon M. Bercow, a surpris le gouvernement qui n'a pas caché sa colÚre. "Nous traversons une crise constitutionnelle majeure", a estimé Robert Buckland, conseiller juridique au sein du gouvernement. Le porte-parole de Mme May a lui aussi utilisé le terme de "crise".

- "Sabotage" -

La presse conservatrice a elle clouĂ© au pilori M. Bercow, un conservateur qui, selon elle, prend un malin plaisir Ă  mettre des bĂątons dans les roues du gouvernement. "Acte de sabotage", a dĂ©noncĂ© le Daily Mail, "Destructeur de Brexit", a titrĂ© le Daily Express, "Bercow, on t'emmerde", a mĂȘme osĂ© le Sun.

Les Européens montraient de leur cÎté clairement des signes d'impatience. Refusant de commenter la chicane parlementaire britannique, le porte-parole de la Commission européenne Margaritis Schinas a appelé Londres "à décider des prochaines étapes" et à en "informer" l'UE "rapidement". Paris a de son cÎté prévenu qu'une extension n'était "ni évidente ni automatique" et exigé de Londres une "alternative crédible, dans les tout prochains jours ou prochaines heures".

La chanceliÚre allemande Angela Merkel a déclaré mardi vouloir "se battre jusqu'au bout avant la date butoir du 29 mars" pour éviter un Brexit sans accord, scénario synonyme de retour des formalités douaniÚres et particuliÚrement redouté par les milieux économiques.

- Nouveau vote? -

Theresa May entendait représenter cette semaine au vote le Traité de retrait de l'UE qu'elle avait conclu fin novembre avec l'UE aprÚs de longues et tortueuses négociations. Dans la foulée, elle devait se rendre jeudi au conseil européen à Bruxelles pour réclamer un court report technique de la date du divorce.

Son ministre du Brexit Stephen Barclay a estimé que le vote sur l'accord, qui doit mettre fin en douceur à 46 ans d'appartenance au bloc européen, pouvait encore avoir lieu la semaine prochaine. "La réalité, c'est que le meilleur moyen pour que le Brexit se réalise est de soutenir le plan de la PremiÚre ministre", a-t-il plaidé mardi sur la BBC.

M. Bercow a cependant averti qu'il n'accepterait pas un texte qui ne serait pas "fondamentalement différent", laissant entendre que des changements devaient résulter de nouvelles discussions avec les dirigeants européens. Mais Bruxelles ne veut pas renégocier, et répÚte que la proposition qui est sur la table est "la meilleure et la seule disponible".

Selon des experts du droit constitutionnel, si l'UE acceptait l'extension, cela pourrait constituer le changement suffisant rĂ©clamĂ© par M. Bercow. Avant mĂȘme la dĂ©cision du "Speaker", des doutes avaient commencĂ© Ă  apparaĂźtre sur l'organisation d'un nouveau vote cette semaine, en raison de l'incapacitĂ© de Mme May de rallier Ă  son accord -- dĂ©jĂ  rejetĂ© Ă  une Ă©crasante majoritĂ© le 15 janvier et le 12 mars -- les dĂ©putĂ©s les plus eurosceptiques.

AFP

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