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Burundi: les quartiers contestataires se vident, la présidence tente de rassurer

  • PubliĂ© le 8 novembre 2015 Ă  10:38
Des policiers à Bujumbura lors d'une manifestation contre le président le 20 mai 2015

Les quartiers contestataires du nord de Bujumbura continuaient à se vider aprÚs l'expiration d'un ultimatum lancé aux opposants tandis que la présidence burundaise tentait de rassurer la communauté internationale qui craint des violences ethniques à grande échelle.


En début de semaine, le président Pierre Nkurunziza avait donné à ses opposants jusqu'à samedi soir pour "déposer les armes" en échange d'une amnistie, aprÚs quoi la police pourrait "user de tous les moyens".
Selon des témoins joints au téléphone par l'AFP, les populations fuyaient les quartiers à majorité tutsi du nord de la capitale pour se réfugier en périphérie ou dans des zones réputées plus calmes.
"Il n'y aura pas de guerre ni de génocide" au Burundi, a affirmé samedi à l'AFP Willy Nyamitwe, conseiller principal présidentiel en communication. "On ne permettra pas que ce pays retombe dans ses vieux démons".
"Il y a aujourd'hui une manipulation de la communauté internationale car celle-ci est tombée dans le piÚge d'une opposition qui a toujours chanté +génocide+ et qui a propagé des traductions erronées de certains propos de responsables burundais", "interprétés exprÚs dans le sens négatif", a-t-il dit.
Fin octobre, le prĂ©sident du SĂ©nat RĂ©vĂ©rien Ndikuriyo avait menacĂ© de "pulvĂ©riser les quartiers" contestataires de Bujumbura, utilisant au passage le terme "travailler", qui renvoie au gĂ©nocide de 1994 au Rwanda voisin, qui fit 800.000 morts en trois mois, et oĂč des miliciens hutu partant massacrer des Tutsi Ă©taient encouragĂ©s Ă  bien "travailler".
Le ministre de la Sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, véritable numéro 2 du régime, a rappelé cette semaine aux habitants des quartiers contestataires, surtout tutsi, qu'ils étaient minoritaires face à la masse paysanne hutu favorable au président Nkurunziza.
"Si les forces de l'ordre échouaient, on a neuf millions de citoyens à qui il suffit de dire: +faites quelque chose+", a-t-il lancé.
- ' Crainte des pillages ' -
"DÚs que j'ai entendu le discours du président Nkurunziza et les propos de ses ministres, j'ai décidé de fuir car j'ai compris que les choses ont changé", affirme Marie, une secrétaire quadragénaire qui a trouvé refuge avec ses cinq enfants chez une parente, dans un quartier plus calme de Bujumbura.
"J'ai été terrorisée, j'ai compris que cette fois ils allaient nous tuer jusqu'au dernier", lance-t-elle. Son mari, lui, est resté par "crainte des pillages".
"Il ne reste pratiquement que des hommes qui protÚgent leurs biens et des jeunes, tous les autres ont fui", renchérit un habitant du quartier de Mutakura sous couvert d'anonymat.
Au fil de la semaine, l'ONU, les Etats-Unis et la France se sont successivement alarmés du risque de violences ethniques à grande échelle au Burundi, attisé par les propos "incendiaires" du camp du président Nkurunziza, désireux de mettre fin à la contestation agitant son pays depuis le printemps.
Signe de l'urgence de la situation, l'émissaire américain pour l'Afrique des Grands Lacs, Thomas Perriello, devait arriver au Burundi dimanche, et y rester trois jours, pour exhorter toutes les parties au "maximum de retenue" et à la "reprise du dialogue", selon le département d'Etat.
Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir lundi, à la demande de la France, pour évoquer l'escalade des tensions dans ce pays.
"C'est Ă©tonnant de voir qu'un gouvernement qui veut mettre fin au terrorisme est critiquĂ© au lieu d'ĂȘtre encouragĂ©", a rĂ©agi Willy Nyamitwea, accusant l'opposition d'ĂȘtre "responsable" des crimes commis dans les quartiers contestataires de Bujumbura, et rĂ©futant les accusations des ONG et les tĂ©moignages des habitants accablant les forces de l'ordre.
La candidature du président Nkurunziza à un troisiÚme mandat, contraire, selon les opposants burundais et Washington, à la Constitution et à l'accord d'Arusha ayant mis fin à la guerre civile, a plongé le Burundi dans une grave crise.
La rĂ©pression de manifestations et la réélection en juillet de M. Nkurunziza n'ont pas empĂȘchĂ© l'intensification des violences, dĂ©sormais armĂ©es.
La crise a déjà fait au moins 200 morts depuis la fin avril, et quelque 200.000 réfugiés.
Dans ce contexte extrĂȘmement tendu, un journaliste burundais a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© vendredi par l'armĂ©e Ă  une vingtaine de kilomĂštres de Bujumbura puis remis au Service national de renseignement qui le dĂ©tient, a appris l'AFP auprĂšs de sa radio et de la police.

Par Franck IOVENE - © 2015 AFP
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