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"Carambolages" : une histoire de l'art hors des sentiers battus

  • PubliĂ© le 2 mars 2016 Ă  13:15
Jean-Hubert Martin, commissaire de l'exposition "Carambolage" devant l'oeuvre "Ombre: Le Pendu" de Christian Boltanski, au Grand Palais in Paris, le 25 février 2016

Et si l'histoire de l'art abandonnait la chronologie et les thématiques pour les chemins de traverse ? C'est le pari tenté au Grand Palais par l'exposition "Carambolages".

185 piÚces, de toutes les époques et de tous les continents, mises en relation sur le mode "marabout-bout de ficelle?"
"On ne part pas des catégories habituelles, spatiotemporelles, de l'histoire de l'art", explique Jean-Hubert Martin, concepteur de "Carambolages"(du 2 mars au 4 juillet) et pionnier de l'interrogation sur les pratiques des musées. "Ici pas de grand discours à l'entrée qui vous dit +si vous n'avez pas compris tout ça, c'est que vous allez rater tout le propos de l'exposition+".
Une phrase en nĂ©on de Maurizio Nanucci sert de devise : "Listen to your eyes " ("Écoute avec tes yeux"). "On invite le visiteur Ă  reprendre toute sa libertĂ© avec son bagage, ses rĂ©fĂ©rences, son imagination", poursuit le commissaire.
Autre symbÎle, une planche de photos de l'historien d'art britannique Aby Warburg. Elle était destinée à "L'Atlas Mnémosyne", un projet d'ouvrage rassemblant ses recherches sur la permanence de formes à travers les ùges et les cultures.
"Mnémosyne", c'est aussi le titre de l??uvre d'Anne et Patrick Poirier par laquelle s'ouvre le parcours : une grande maquette d'une ville imaginaire en forme de cerveau, chaque quartier ou bùtiment correspondant à une zone cérébrale.
A cĂŽtĂ©, une tĂȘte en cire de Gilles Barbier oĂč ces zones ont reçu des dĂ©nominations tout aussi fantaisistes que sexuelles. Elle jouxte un demi-crĂąne dĂ©corĂ© de BornĂ©o, lui-mĂȘme suivi par un tableau d'Erro oĂč le cerveau de Jackson Pollock est assailli par la peinture des grands noms de l'art moderne...
"Chaque ?uvre est en relation avec ses voisines, elle est prédite par la précédente et annonce la suivante, comme un travelling", précise Jean-Hubert Martin.
- Magnets et livre-accordéon -
Toiles, sculptures, objets sont prĂ©sentĂ©s dans des travĂ©es parallĂšles entre lesquelles zigzaguera le public. Pas de lĂ©gende explicative mais des petits Ă©crans sur lesquels dĂ©filent photos et titres des ?uvres. Pour en savoir plus, il faut se tourner vers le catalogue, objet d'art Ă  lui tout seul : un livre-accordĂ©on oĂč se dĂ©ploient les photos des ?uvres, deux livrets d'accompagnement, le tout sous emboitage.
Au mitan du parcours, devant un grand mur de magnets, représentant chacun une piÚce, le visiteur pourra jouer à réorganiser l'exposition, selon ses propres critÚres, et créer ainsi son "carambolage" personnel.
"C'est une exposition qui met sur un plan d'égalité des objets de cultures trÚs différentes". Elle "n'impose pas une vision de l'histoire de l'art", qui "est restée une histoire coloniale", relÚve Jean-Hubert Martin, créateur des "Magiciens de la terre", à Paris en 1989. Cette exposition fondatrice a fait connaßtre les arts actuels non occidentaux d'Asie, d?Afrique et d?Amérique latine.
Une séquence typique autour de l??il enchaßne une idole mésopotamienne (IVÚ millénaire av J.C.), un ex-voto de la GrÚce antique, un tableau du 18e sur la vision du prophÚte Zacharie (sept yeux sur un rocher), un masque Konden (Guinée), puis un exubérant masque bolivien de carnaval.
Sur celui-ci figurent des cornes, thÚme d'une nouvelle série avec "Le couple diplomatique" (un taureau et une femme), de l'artiste Friedrich Schröder-Sonnenstern, un cerf du schizophrÚne Martin Ramirez et un monstre gardien de tombeau de la Chine ancienne...
Jean-Hubert Martin a constitué depuis des années une banque de 2.000 images, désormais sur ordinateur. Il a déjà composé son "expo idéale", mais "faire venir les ?uvres du monde entier coûterait trop cher".
En attendant, le visiteur de "Carambolages" pourra faire des dĂ©couvertes : NapolĂ©on vu par Hitler, des toiles abstraites d'HergĂ© et de Walt Disney, la peinture violemment antinazie de l'Alsacien Joseph Steib, le bronze d'Emmanuel Fremiet (1887-88) Ă  l'origine du mythe King Kong.... Et admirer des chefs d??uvre comme "Les Avatars de VĂ©nus", installation vidĂ©o de Jean-Jacques Lebel, ou la "TĂȘte de cerf percĂ©e d'une flĂšche" de DĂŒrer.

Par Antoine FROIDEFOND - © 2016 AFP
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