Pavés et odeur de brûlé: Barcelone portait samedi les stigmates des violences ayant fait plus de 180 blessés vendredi soir à travers la Catalogne et se préparait pour une nouvelle manifestation indépendantiste dans la soirée.
L'air encore chargé de vapeurs d'asphalte brûlé était difficilement respirable dans certaines rues du centre de la ville, a constaté un journaliste de l'AFP.
Sur les trottoirs, des dizaines de pavés ont été arrachés. PrÚs de la place d'Urquinaona, épicentre des violents affrontements de la veille, des agents terminaient de nettoyer les nombreux vestiges du chaos de la nuit, pierres, verre brisé et cartouches de balles de caoutchouc.
De nouvelles violences pourraient ĂȘtre Ă craindre samedi soir alors qu'une nouvelle manifestation "contre la rĂ©pression" a Ă©tĂ© convoquĂ©e sur cette mĂȘme place Ă 18H00 (16H00 GMT) par Arran, organisation de jeunesse de la gauche indĂ©pendantiste catalane radicale, qui rĂ©clame la dĂ©mission du "ministre" rĂ©gional de l'IntĂ©rieur.
Sur les grands axes théùtres des affrontements de la nuit, comme la Via Laietana, la circulation avait néanmoins repris, selon des images de la télévision espagnole qui montrait des vitrines abßmées.
"C'est triste tout ça et cela nous fait du tort", regrttait Assumpcio Segui, une retraitée indépendantiste de 75 ans. "C'est inadmissible (...) Les gens ont peur maintenant", se désolait Ramiro Diaz, pré-retraité de 59 ans, qui tentait depuis une heure de remettre en état le kiosque de billets de loterie de sa femme, aux vitres brisées et rempli de pavés et de pierres.
Cette cinquiÚme nuit consécutive de violences dans la région, depuis la condamnation lundi à de lourdes peines de prison de neuf dirigeants indépendantistes pour leur rÎle dans la tentative de sécession de 2017, a fait 182 blessés dans l'ensemble de la région, ont annoncé samedi matin les services de secours.
Uniquement Ă Barcelone, 152 personnes ont dĂ» ĂȘtre prises en charge, aprĂšs des heures d'affrontements au cours desquelles les policiers ont tirĂ© des balles de caoutchouc, des gaz lacrymogĂšnes et utilisĂ© pour la premiĂšre fois un canon Ă eau, face Ă des groupes d'Ă©meutiers lançant pierres et objets mĂ©talliques.
Les autres blessés ont été recensés notamment à Gérone, Tarragone et Lérida. Au total, 83 personnes ont été interpellées dans toute la région suite à ces violences, a indiqué à l'AFP le ministÚre de l'Intérieur.
- 'Barcelone ne mérite pas ça' -
Les heurts ont Ă©clatĂ© au terme d'une immense manifestation pacifique de quelque 525.000 personnes Ă Barcelone, oĂč la journĂ©e avait Ă©tĂ© marquĂ©e par une grĂšve gĂ©nĂ©rale et par la convergence de marches de dizaines de milliers de sĂ©paratistes parties de cinq villes de Catalogne.
"Cela ne peut pas continuer, Barcelone ne mérite pas ça", a réagi dans la matinée la maire de gauche de la ville Ada Colau, qui a condamné "tout type de violence" et appelé les politiciens au dialogue pour résoudre "un conflit de fond qui dépasse la ville de Barcelone".
Le président séparatiste catalan Quim Torra devait s'exprimer à la mi-journée aprÚs une réunion avec les maires des principales villes catalanes tandis que le ministre espagnol de l'Intérieur Fernando Grande-Marlaska a fait le déplacement à Barcelone pour rencontrer son homologue régional Miquel Buch.
L'autoroute AP7 a par ailleurs été coupée toute la matinée dans le sens France-Espagne prÚs de la frontiÚre en raison d'une manifestation indépendantiste, avant de rouvrir sur une seule file à la mi-journée, selon l'organisme catalan de surveillance du trafic routier.
Les heurts de vendredi soir sont les plus violents depuis le début de la semaine. DÚs lundi, des heurts s'étaient produits lors du blocage de l'aéroport par plus de 10.000 personnes avant des scÚnes de guérilla urbaine à Barcelone de mardi à jeudi.
NĂ©es de la frustration d'une partie de la base indĂ©pendantiste, deux ans aprĂšs l'Ă©chec de la tentative de sĂ©cession de 2017, ces violences ont marquĂ© un tournant pour le mouvement sĂ©paratiste qui s'est toujours targuĂ© d'ĂȘtre non-violent.
 AFP
