Actualités du monde

Catalogne: scrutin historique, l'indépendance en ligne de mire

  • PubliĂ© le 27 septembre 2015 Ă  14:51
Un homme met un bulletin dans l'urne Ă  Barcelone le 27 septembre 2015 Ă  Barcelone

Les Catalans votaient dimanche pour un scrutin jugé "historique" qui pourrait porter au pouvoir une coalition indépendantiste décidée à mener leur riche région d'Espagne à la sécession en moins de deux ans.


Les bureaux de vote ont ouvert à 9h00 (7h00 GMT). A Barcelone, aux balcons parsemés des drapeaux jaune, rouge et bleu des indépendantistes, les kiosques affichaient des Une aux titres évocateurs: "L'avenir de la Catalogne en jeu", annonçait le journal catalan La Vanguardia. "Seny" (bon sens en Catalan), implorait le conservateur ABC.
Le quotidien El Pais (gauche) évoquait des élections "historiques" alors que, selon les sondages, les Catalans pourraient envoyer une majorité d'élus indépendantistes au parlement régional.
Mariano Rajoy, président conservateur du gouvernement espagnol, a fait personnellement campagne jusqu'au dernier jour, dressant la liste des catastrophes qui, selon lui, guettent les Catalans en cas d'indépendance: exclusion de l'Union européenne, hausse brutale du chÎmage, effondrement des retraites...
Un an aprÚs l'Ecosse, la Catalogne aux 7,5 millions d'habitants doit choisir ses députés et dire s'ils doivent lancer la procédure de divorce d'avec l'Espagne.
Ses habitants sont trÚs partagés, et pourraient aussi opter pour la prudence, donnant leurs voix à un éparpillement de partis du "non", comme le Parti populaire au pouvoir (PP, droite), Ciudadanos (centre-droit), les socialistes, l'antilibéral Podemos (gauche radicale).
"Je suis ému et nerveux", avouait Toni Valls, architecte de 28 ans, venu voter dans un quartier cossu de Barcelone. "Cela fait longtemps qu'on parle des maniÚres de résoudre cette question et, aujourd'hui, nous saurons si nous sommes majoritaires", disait cet indépendantiste.
D'autres, dans ce bureau, étaient inquiets, comme Mireia Galobart, 70 ans. "Ce n'est pas le moment de nous séparer", disait-elle. "Moi, cela va me toucher directement, s'il n'y a pas de retraites. Il faut rester en Espagne, mais avec un gouvernement plus autonome".

- 'Pas l'Ecosse' -

La Catalogne "n'est pas l'Ecosse", souligne l'historien Carlos Andres Gil: "On ne parle pas d'un territoire secondaire pour le pays, mais de la région la plus industrialisée...".
Si la Catalogne s'en va, elle emporte avec elle un cinquiÚme du PIB de l'Espagne, quatriÚme économie de la zone euro, un quart de ses exportations. L'éventualité inquiÚte banquiers et entrepreneurs. Le président américain Barack Obama, le Premier ministre britannique David Cameron et la chanceliÚre allemande Angela Merkel ont également souhaité l'unité.
La population ici a des liens étroits avec le reste du pays: trois quarts des Catalans ont un grand-pÚre d'ailleurs. Mais, à la faveur de la crise et de médiocres relations avec le pouvoir central, le nationalisme de nombreux Catalans fiers de leur culture a viré à l'indépendantisme.
Il a été alimenté par les personnalités en présence: Mariano Rajoy et la figure de proue du mouvement, le président catalan sortant Artur Mas.
Le premier s'est battu pour amender le statut d'autonomie renforcée que la Catalogne avait gagné en 2006 et lui retirer son titre de "nation". Il a eu gain de cause en 2010, quand le Tribunal constitutionnel a décidé que le titre n'avait aucune valeur juridique.
Le second en a fait un casus belli, comme de nombreux Catalans ayant le sentiment d'ĂȘtre "maltraitĂ©s" par Madrid et rendus amers par une rĂ©partition de l'impĂŽt national injuste selon eux.
"C'est une question de dignitĂ© et de respect pour une culture diffĂ©rente qu'ils n'ont mĂȘme pas cherchĂ© Ă  comprendre", rĂ©sume l'architecte Tony Valls.
Depuis 2012, Artur Mas n'a cessé de réclamer un référendum d'autodétermination, semblable à ceux réalisés au Québec ou en Ecosse. Il s'est heurté au refus de Madrid qui le juge anticonstitutionnel.
AprÚs une consultation symbolique le 9 novembre 2014, qui récolta 1,9 million de "oui" à l'indépendance, Mas a finalement décidé d'avancer les élections régionales prévues fin 2016.
Il a rassemblé l'essentiel du camp indépendantiste - droite, gauche républicaine, associations - dans une seule liste, "Ensemble pour le oui", et demandé aux électeurs de valider leur programme: la "liberté" dÚs 2017.
Au pouvoir depuis 2010, Mas assure ĂȘtre prĂȘt Ă  aller de l'avant avec une majoritĂ© absolue de dĂ©putĂ©s (68 siĂšges sur 135), mĂȘme sans majoritĂ© en voix.
Avec les siĂšges de l'autre liste indĂ©pendantiste, la CUP (extrĂȘme gauche), il pourrait y arriver, selon les sondages.
Un cas de figure qui ferait entrer l'Espagne dans une zone de fortes turbulences, à trois mois des élections législatives.


Par Laurence COUSTAL - © 2015 AFP
guest
0 Commentaires