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"Catastrophique": dans les quartiers touristiques de Paris, des commerces déserts

  • PubliĂ© le 20 novembre 2015 Ă  10:57
Des gendarmes patrouillent devant un grand magasin Ă  Paris le 19 novembre 2015 dans le cadre du plan Vigipirate

"Catastrophique": des grands magasins au marchĂ© de NoĂ«l en passant par les enseignes de luxe, les commerces des quartiers touristiques de Paris voient fondre frĂ©quentation et chiffre d'affaires avec le contre-choc des attentats, Ă  l'approche des fĂȘtes.


"C'est dĂ©sert", constate Marine au rayon cosmĂ©tique au rez-de-chaussĂ©e du Printemps, oĂč la direction avance une baisse de la frĂ©quentation de 30% pour l'ensemble du magasin.
La jeune femme brune se montre reconnaissante envers les clients et touristes "qui font l'effort de venir": "Les gens sont plus avenants. Les marques sont comprĂ©hensives si nous n'atteignons pas nos objectifs journaliers ou hebdomadaires. On est davantage dans l'Ă©change humain que dans l'Ă©change chiffrĂ©, qui est de rigueur Ă  l'approche des fĂȘtes".
A l'entrée, les vigiles font ouvrir les sacs, détecteurs de métaux à la main depuis deux jours. Pour Marine, "on est une proie. Tout est surveillé. Il y a beaucoup de policiers en civil".
"Depuis les attentats, je fais 100 à 200 euros par jour, contre 2.000 en moyenne", calcule China, vendeuse pour une marque française d'accessoires de salle de bain dans les étages.
Entre le Printemps et les Galeries Lafayette voisines, quelques touristes sortent l'appareil-photo devant les vitrines animées de Noël, dont l'une à la gloire de Dark Vador et la Guerre des étoiles.
- 'Indécent de faire du shopping' -
"Je remercie les clients qui viennent malgré tout. Lundi, on a eu des clients asiatiques. Ils nous ont sauvés", lance une vendeuse de chapeaux au rez-de-chaussée des "Galeries". Jeudi matin, la secrétaire d'Etat à la Consommation, Martine Pinville, est passée en coup de vent marteler un message de base: "la vie continue".
"Les Chinois n'ont peur de rien!", confirme un vendeur d'un célÚbre tailleur italien dans les étages, qui refuse de donner son nom.
A quelques stations de métro, les magasins spacieux de l'avenue Montaigne sont vides. "A la différence des grands magasins, ce n'est pas lié à la sécurité. C'est une question d'état d'esprit. Les gens se disent que c'est indécent de faire du shopping aprÚs de tels événements", analyse Armelle à la caisse d'une maroquinerie de luxe.
Dans le bas des Champs-Elysées, les chalets du marché de Noël ont ouvert vendredi dernier, quelques heures avant le carnage à l'autre bout de Paris (129 morts).
"On a bien travaillĂ© vendredi. LĂ  c'est catastrophique. MĂȘme pas de quoi payer la location quotidienne du chalet (600 euros). On a l'impression que les gens n'ont pas envie d'acheter des choses superflues", soupire MarlĂšne qui propose des moules Ă  pĂątisseries.
Le stand de gastronomie hongroise ou le restaurant brĂ©silien installĂ©s dans le bas des "Champs" partagent le mĂȘme constat: "une trentaine de couverts contre une centaine l'annĂ©e derniĂšre en moyenne", lance Jude, responsable de la grande salle du "Brasil team".
Les illuminations de NoĂ«l ont Ă©tĂ© allumĂ©es jeudi soir. A deux pas de l'ElysĂ©e, les mesures de sĂ©curitĂ© ne se font pas lourdement sentir: une patrouille de trois CRS, dont un avec un fusil d'assaut, quand mĂȘme.
Confrontés à la peur des clients, les salariés gÚrent leur propre angoisse. "Depuis vendredi, je ne prends plus le métro", assure Francesca, vendeuse italienne de chaussures rue Saint-Honoré. Des cellules psychologiques ont été mises en place dans les grands magasins.
"Les manageurs nous demandent comment nous allons. Il y a beaucoup de bienveillance. Nous avons aussi des consignes de sécurité: si le rideau baisse, nous devons rester à l'intérieur, suivre les personnes qui ont un brassard", détaille la vendeuse des chapeaux aux Galeries.

Par Brigitte DUSSEAU - © 2015 AFP
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