Des espÚces à protéger

Chasses traditionnelles : les nouvelles autorisations suspendues

  • PubliĂ© le 26 octobre 2021 Ă  02:58
  • ActualisĂ© le 26 octobre 2021 Ă  06:09
Un oiseau pris dans un piÚge prÚs de Tartas en août 2009

Le juge des rĂ©fĂ©rĂ©s du Conseil d'Etat, saisi en urgence par les dĂ©fenseurs de la nature, a suspendu lundi les nouveaux arrĂȘtĂ©s gouvernementaux autorisant des chasses d'oiseaux traditionnelles.

AprĂšs une premiĂšre annulation en aoĂ»t par la plus haute juridiction administrative du pays de plusieurs autorisations de chasse (grives, merles noirs, vanneaux, pluviers dorĂ©s, alouettes des champs avec des filets ou cages), le juge a estimĂ© que le gouvernement avait pris mi-octobre ces nouveaux arrĂȘtĂ©s sur la mĂȘme base, risquant de contrevenir au droit europĂ©en, et qu'il existait ainsi "un doute sĂ©rieux quant Ă  leur lĂ©galitĂ©".

AprĂšs cette dĂ©cision rendue en urgence "le Conseil d’État statuera au fond sur les recours contre ces arrĂȘtĂ©s dans les prochains mois", souligne l'institution dans un communiquĂ©.

La directive europĂ©enne "oiseaux" de 2009 interdit les techniques de capture massive d'oiseaux sans distinction d'espĂšces. Une dĂ©rogation est possible "Ă  condition d’ĂȘtre dĂ»ment motivĂ©e et dĂšs lors +qu'il n'existe pas d'autre solution satisfaisante+ pour capturer certains oiseaux".

Les gouvernements français prenaient donc chaque annĂ©e des arrĂȘtĂ©s autorisant ces chasses traditionnelles dans certaines rĂ©gions dĂ©terminĂ©es, avec des quotas d'individus chassables.

La Cour de Justice de l’Union EuropĂ©enne, saisie sur des arrĂȘtĂ©s similaires concernant la trĂšs controversĂ©e et emblĂ©matique chasse Ă  la glu, avait jugĂ© cette derniĂšre non conforme au droit europĂ©en en mars 2021, suivie en juin par le Conseil d’Etat qui avait confirmĂ© son illĂ©galitĂ©.

- "ColÚre, amertume, dégoût" -

Le ministĂšre de la Transition Ă©cologique (MTE) avait toutefois repris huit arrĂȘtĂ©s pour 2021-2022 pour d'autres chasses, retoquĂ©s dĂ©but aoĂ»t par le Conseil d'Etat puis reparus le 15 octobre, faisant valoir que les textes apportent "les motivations nĂ©cessaires sur l'absence de solution alternative, la sĂ©lectivitĂ©, l'usage judicieux et les faibles quantitĂ©s" d'oiseaux tuĂ©s.

Les arrĂȘtĂ©s ont Ă©tĂ© immĂ©diatement attaquĂ©s par les associations One Voice et la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), demandant leur suspension immĂ©diate.

"La tradition ne saurait justifier le manquement aux exigences de la directive Oiseaux," s'est rĂ©joui la LPO, en saluant une "belle et grande victoire". "Avec une telle jurisprudence constante, qui plus est portant sur les mĂȘmes pratiques, on aurait dĂ» en rester lĂ . C’était sans compter la faiblesse du gouvernement face au lobby cynĂ©gĂ©tique", a regrettĂ© l'association.

"Quand le Conseil d'État a dĂ©clarĂ© ces techniques de chasses traditionnelles illĂ©gales, le 6 aoĂ»t dernier, on n'aurait jamais imaginĂ© que le gouvernement ose les autoriser Ă  nouveau", de son cĂŽtĂ© rĂ©agi One Voice, dĂ©nonçant "la servilitĂ© Ă  l’égard du lobby chasse qui, rappelons-le, dĂ©fend un loisir et pas une nĂ©cessitĂ©".

Le MTE a de son cĂŽtĂ© indiquĂ© que "le gouvernement prend acte" de la dĂ©cision, rappelant qu'il "revient dĂ©sormais au Conseil d’État de statuer sur le fond".

"J'ai beaucoup de colĂšre, d'amertume, de dĂ©goĂ»t", a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP Willy Schraen, prĂ©sident de la FĂ©dĂ©ration nationale des chasseurs (FNC). "Je ne comprends pas cet acharnement politico-juridique Ă  emmerder une poignĂ©e de Français sur quelque chose d'insignifiant", a-t-il ajoutĂ©, assurant que ces chasses "n'ont pas d'enjeu en terme de biodiversitĂ©", notamment en terme de nombre d'individus pouvant ĂȘtre chassĂ©s avec ces techniques.

AFP

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