Cinq indĂ©pendantistes catalans, Ă©lus lors des derniĂšres lĂ©gislatives, vont ĂȘtre autorisĂ©s Ă sortir quelques heures de prison mardi pour prĂȘter serment lors de la session inaugurale du parlement espagnol.
Oriol Junqueras, Jordi Sanchez, Jordi Turull, Josep Rull et RaĂŒl Romeva ont Ă©tĂ© Ă©lus dĂ©putĂ©s pour les quatre premiers et sĂ©nateur pour le dernier lors des Ă©lections du 28 avril qui ont vu le chef du gouvernement socialiste sortant, Pedro Sanchez, arriver en tĂȘte.
EmprisonnĂ©s depuis plus d'un an, ils ont obtenu lundi une premiĂšre permission de la Cour suprĂȘme, qui les juge depuis fĂ©vrier pour avoir tentĂ© de faire sĂ©cession de l'Espagne en octobre 2017, pour s'enregistrer Ă la Chambre des dĂ©putĂ©s et au SĂ©nat. Et ils pourront de nouveau sortir mardi, le temps d'assister Ă partir de 10h00 (08h00 GMT) Ă la session inaugurale oĂč doivent ĂȘtre Ă©lus entre autres les prĂ©sidents et les bureaux des deux assemblĂ©es.
EncadrĂ©s par la police, les cinq nouveaux Ă©lus devront entre autres mardi jurer de respecter la Constitution espagnole, celle-lĂ mĂȘme qu'ils sont accusĂ©s d'avoir violĂ©e dans leur marche vers l'indĂ©pendance. "On veut nous faire taire et nous marginaliser, et les urnes nous ont redonnĂ© voix", s'est fĂ©licitĂ© Oriol Junqueras, prĂ©sident du parti Gauche rĂ©publicaine de Catalogne (ERC) et ancien vice-prĂ©sident du gouvernement rĂ©gional catalan, dans une interview Ă©crite avec l'AFP depuis sa prison.
M. Junqueras est Ă©galement candidat d'ERC aux europĂ©ennes dimanche. Depuis 2017, les sĂ©paratistes placent en tĂȘte de liste leurs dirigeants en dĂ©tention ou exilĂ©s, comme l'ancien prĂ©sident rĂ©gional Carles Puigdemont, pour dĂ©noncer leur situation ou tenter de les faire libĂ©rer. Les conservateurs du Parti populaire (PP) et les libĂ©raux de Ciudadanos ont annoncĂ© leur intention de dĂ©poser des recours pour priver les indĂ©pendantistes de leur siĂšge.
"La dĂ©mocratie espagnole doit aussi ĂȘtre dĂ©fendue hors des tribunaux face Ă ceux qui veulent en finir avec elle", a justifiĂ© le leader du PP, Pablo Casado.
Les deux chambres seront chargées de trancher la question de l'éventuelle suspension de ces cinq élus actuellement jugés et incarcérés.
- Dur dialogue -
La Cour suprĂȘme a refusĂ© de mettre fin Ă leur dĂ©tention provisoire comme le rĂ©clamaient les avocats des cinq indĂ©pendantistes, estimant que leurs droits Ă la libertĂ© d'expression et d'opinion n'Ă©taient pas compromis. Et elle a soulignĂ© que l'autorisation de sortie accordĂ©e mardi Ă©tait "exceptionnelle", sans se prononcer explicitement sur la possibilitĂ© de leur en accorder d'autres pour assister aux sessions parlementaires.
Ce qui pourrait avoir de lourdes consĂ©quences politiques pour Pedro Sanchez, qui a remportĂ© les Ă©lections sans majoritĂ© absolue. Si les dĂ©putĂ©s indĂ©pendantistes en dĂ©tention ne peuvent pas voter le jour de son investiture, leur vote sera alors assimilĂ© Ă une abstention, ce qui abaissera automatiquement le seuil de la majoritĂ©. M. Sanchez n'aura alors pas besoin des partis sĂ©paratistes catalans pour ĂȘtre réélu Ă la tĂȘte du gouvernement espagnol.
Un an et demi aprÚs la tentative de sécession de la Catalogne, la pire crise politique qu'ait vécu l'Espagne en quarante ans de démocratie, le dossier reste explosif. Pedro Sanchez, qui a renversé en juin 2018 le conservateur Mariano Rajoy, parie sur le "dialogue" avec les Catalans malgré les difficultés. La droite continue elle de tirer à boulets rouges sur ses tentatives de rapprochement, réclamant la suspension de l'autonomie de la Catalogne, toujours dirigée par les séparatistes.
Ces derniers, qui considĂšrent leurs dirigeants emprisonnĂ©s comme des "prisonniers politiques", soufflent le chaud et le froid. ERC se dit ouvert Ă nĂ©gocier mais persiste Ă rĂ©clamer un rĂ©fĂ©rendum d'autodĂ©termination, condition inacceptable pour Madrid, et a empĂȘchĂ© l'Ă©lection au SĂ©nat du socialiste catalan Miquel Iceta, premier choix de Pedro Sanchez pour prĂ©sider la chambre haute.
En réponse, le ministre des Affaires étrangÚres Josep Borrell, qui est Catalan, a fustigé leur "attitude totalitaire" et leur "sectarisme". Pendant que les socialistes proposaient non plus un, mais deux Catalans pour présider les deux chambres: le philosophe Manuel Cruz pour le Sénat et la ministre chargée des relations avec les régions Meritxell Batet pour la chambre des députés.
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AFP
