Conflit au Moyen-Orient : des répercussions économiques sur La Réunion ne sont pas exclues

  • Publié le 3 mars 2026 à 05:10
Port Est

Les frappes américaines et israéliennes contre l'Iran, suivies de représailles régionales, font redouter un embrasement durable au Moyen-Orient. Si les combats se déroulent à plus de 7.000 km de La Réunion, leurs répercussions économiques pourraient, à terme, concerner l'île. En cause : sa forte dépendance aux importations. (Photo rb/www.imazpress.com)

La Réunion importe l'essentiel de ce qu'elle consomme. Selon le dernier bilan des importations agricoles publié par la Direction de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt (Daaf), la valeur douanière des produits concernés dépasse 257 millions d'euros en 2024.

Les chiffres communiqués par la Daaf illustrent cette dépendance : + 12 % d'importations de fruits frais par rapport à 2023, + 9 % pour les légumes frais - un record -, + 10 % pour le riz et une hausse également des importations de viande de bœuf, de porc et de volaille.

Après le passage du cyclone Bélal, "la consommation s’est reportée vers des produits issus de l’importation qui ont permis de répondre aux besoins" indique le bilan. Confirmant la fragilité structurelle de l'île en matière d'approvisionnement. Dans ce contexte, toute perturbation majeure des flux maritimes internationaux est observée avec attention.

- Des routes maritimes sous tension -

Dans le Golfe et autour du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20% de la consommation mondiale de pétrole, le conflit a des conséquences directes sur la circulation maritime.

La Compagnie maritime d'affrètement - Compagnie générale maritime (CMA CGM), armateur de porte-conteneurs français, a déjà annoncé la mise à l'abri de ses navires présents ou à destination du Golfe et la suppression du passage par le canal de Suez jusqu'à nouvel ordre, "et les navires seront déroutés via le Cap de Bonne-Espérance", peut-on lire dans un communiqué du groupe.

CMA CGM explique également que des frais supplémentaires sont désormais instaurés, compte tenu de l'urgence de la situation, et que les réservations de conteneurs (bookings reefer) sont immédiatement suspendues : "Cette décision a été prise pour garantir l'intégrité des cargaisons, la stabilité du positionnement des équipements et la sécurité opérationnelle globale dans les circonstances actuelles". 

Si La Réunion n’est pas directement mentionnée dans ces restrictions, le rallongement des délais et la hausse des coûts logistiques pourraient indirectement impacter les chaînes d’approvisionnement mondiales, y compris vers notre île.

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- "Le vrai indicateur est de savoir si le conflit va s’enliser ou pas" - 

Philippe-Alexandre Rebboah, le président du Syndicat des importateurs et commerçants de La Réunion (SICR), appelle à la prudence :
 "De manière simple, je pense qu’on doit faire preuve de calme et de sang-froid. Le vrai indicateur est de savoir si le conflit va s’enliser ou pas. C’est la clé de nos éventuelles inquiétudes".

Selon lui, c’est la durée du conflit qui déterminera l’ampleur des conséquences :
 "Si ce conflit s’enlise, il y aura évidemment des perturbations liées au fret ou au carburant. Si impact il y a, c'est toute une économie qui se mettra probablement en place pour compenser ce manque d’activité, avec une augmentation des tarifs et des coûts d’assurabilité des marchandises, notamment".

Il rappelle également que la fermeture ou la restriction du détroit d’Ormuz aurait des effets globaux : 
"Une grande partie du fret mondial passe par là. Si Ormuz ferme, c’est toute une chaîne qui est impactée. Pour le moment, les compagnies mettent les pays de la zone sous une forme d’embargo logistique".

- Carburant : le cours du pétrole a déjà augmenté -

Les marchés pétroliers ont réagi rapidement : le baril de Brent a bondi de plus de 13 % avant de se stabiliser autour de 80 dollars. Le West Texas Intermediate (WTI) a suivi la même tendance.

Pour La Réunion, la Société réunionnaise des produits pétroliers (SRPP) rappelle que l’approvisionnement ne dépend pas directement de l’Iran :
 "La Réunion importe la totalité de ses carburants depuis Singapour, cette route logistique n’emprunte pas les zones actuellement concernées par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient". 

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Face à la situation, la SRPP confirme l’approvisionnement, qui repose sur des flux maritimes réguliers entre Singapour et l'île, n’attend pas, à ce stade, de rupture ni de perturbation majeure liée au conflit au Moyen-Orient.

"Les risques futurs sont bien entendu surveillés, notamment en fonction de l’évolution des marchés pétroliers internationaux, mais aucune conséquence directe ne se matérialise aujourd’hui sur les stocks ou la distribution locale", rassure la SRPP.

Philippe-Alexandre Rebboah souligne également des effets indirects potentiels, notamment sur certaines matières premières :
 "L’Iran est un grand exportateur d’urée (un des engrais les plus utilisés dans le monde - ndlr). Ce composé est utilisé dans l’industrie pharmaceutique, cosmétique ou encore pour la fabrication de nourriture animale. Il peut y avoir des impacts sur chaîne sur les productions".

- BTP : des stocks tampons mais pas de marge durable -

Du côté du secteur du bâtiment, la vigilance est également de mise. Philippe Lebon, secrétaire général de la FRBTP, rappelle que l’itinéraire maritime peut être adapté :
 "Si un canal est fermé, les bateaux descendent par le canal du Mozambique. Pour La Réunion, c’est même mieux en termes de trajectoire". Mais la durée du trajet reste déterminante :
 "S’ils font un mois supplémentaire en mer, les coûts du carburant et du transport vont augmenter et ça va se répercuter sur les prix".

Nadim Trejaut, secrétaire général adjoint, insiste sur l’absence de visibilité :
 "On n’en est qu’au début, on n’a pas de visibilité. Si ça dure plus d’un mois, il y aura forcément des impacts".

Le secteur dispose d’un stock tampon de matériaux : "Il y a un stock disponible, mais pas de grande plateforme de stockage", précise Philippe Lebon. Dans un contexte où les coûts du transport et des assurances augmentent, si la situation perdure, "tous les produits importés risquent d'augmenter", estime-t-il.

- Un impact à surveiller -

À ce stade, aucune pénurie n’est signalée et les chaînes d’approvisionnement continuent de fonctionner. Même constat dans la grande distribution. "Pour le moment nous n'observons aucune pénurie. S’il y a des impacts, on les verra d’ici une semaine ou deux", explique le responsable d'une grande surface. "Pour le moment nous disposons de notre stock habituel et aucune rupture particulière n'est à signaler". 

Les acteurs économiques appellent donc au calme, tout en reconnaissant que la situation reste évolutive. Comme lors du blocage du canal de Suez en 2021 ou la guerre en Ukraine en 2022, l’impact local dépendra principalement de la durée du conflit et de l’évolution des tensions dans les points stratégiques du commerce mondial.

Mais la situation rappelle une réalité structurelle : dépendant à plus de 90 % des importations pour son approvisionnement, La Réunion reste exposée aux événements extérieurs.

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Si les effets immédiats demeurent limités, le conflit actuel met une nouvelle fois en lumière la fragilité d’un territoire insulaire étroitement lié aux équilibres géopolitiques et économiques mondiaux.

vg / www.imazpress.com / [email protected]

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