Espoir

Contre le coronavirus, la piste des anticorps de synthĂšse prend forme

  • PubliĂ© le 12 mars 2021 Ă  15:25
  • ActualisĂ© le 12 mars 2021 Ă  15:35
Les signes encourageants se multiplient ces derniers jours autour des traitements Ă  base d'anticorps de synthĂšse contre le Covid-19

Les signes encourageants se multiplient ces derniers jours autour des traitements à base d'anticorps de synthÚse contre le Covid-19, l'une des pistes principales pour lutter contre la pandémie parallÚlement aux vaccins.

- Qu'est-ce que c'est ? -

Les anticorps sont l'une des bases de notre systÚme immunitaire. Face à la présence d'un élément dangereux, tel un virus, notre corps en produit naturellement pour repérer l'envahisseur.
L'idée des anticorps de synthÚse, c'est de sélectionner des anticorps naturels et de les reproduire artificiellement pour les administrer ensuite en traitement, généralement par une perfusion.
C'est diffĂ©rent d'un vaccin. Celui-ci vise Ă  ce que le corps produise par lui-mĂȘme les bons anticorps. Les anticorps de synthĂšse sont, eux, injectĂ©s une fois que la maladie s'est dĂ©clarĂ©e pour supplĂ©er aux lacunes du systĂšme immunitaire. Ces traitements utilisent des anticorps "monoclonaux", c'est-Ă -dire qui reconnaissent une molĂ©cule prĂ©cise du virus ou de la bactĂ©rie visĂ©s.

-  C'est nouveau ? -

Non. "les anticorps monoclonaux sont l'un des outils les plus puissants de la médecine moderne", souligne la fondation britannique Wellcome. Ces traitements existent depuis une trentaine d'année et une centaine d'entre eux sont actuellement brevetés. Mais, jusqu'à maintenant, ils se concentraient essentiellement sur les cancers ou les maladies résultant d'un dysfonctionnement du systÚme immunitaire, comme celle de Crohn, et non les infections comme le Covid-19.

Mais les anticorps de synthÚse "ont toujours eu un potentiel énorme pour combattre directement une infection", souligne l'immunologue britannique Alexander Edwards, de l'université de Reading. La pandémie a donc stimulé ce pan de la recherche sur les anticorps de synthÚse, ce qui pourrait plus largement donner lieu à une "percée" dans leur usage contre les infections, selon M. Edwards.

- Quelle efficacité face au virus ? -

Les projets les plus avancés sont au nombre de quatre: le géant britannique GSK en partenariat avec le laboratoire californien Vir, l'américain Regeneron, son compatriote Eli Lilly et le sud-coréen Celltrion. Cette semaine, deux d'entre eux ont fait des annonces encourageantes aprÚs des tests de phase 3, c'est-à-dire auprÚs de centaines de personnes et en vue d'une rapide mise sur le marché.

Eli Lilly a d'abord annoncĂ© mercredi une trĂšs forte rĂ©duction (-87%) des hospitalisations et dĂ©cĂšs chez les patients ayant reçu un "cocktail" de deux anticorps, bamlanivimab et etesevimab. Jeudi, ce sont GSK et Vir qui ont suivi avec des donnĂ©es du mĂȘme ordre (-85%) sur leur anticorps VIR-7831. Celltrion a dĂ©jĂ  fait part en janvier de rĂ©sultats favorables pour l'anticorps regdanvimab, puis Regeneron a fait de mĂȘme quelques semaines plus tard pour son REGN-COV2, cocktail de casirivimab et d'imdevimab.

- OĂč sont-ils autorisĂ©s ? -

Seuls ceux de Regeneron, Eli Lilly et Celltrion (seulement en CorĂ©e du Sud) ont reçu des autorisations Ă  ce jour. Dans plusieurs pays, ils ont d'abord Ă©tĂ© homologuĂ©s en urgence, avant mĂȘme que des rĂ©sultats permettent de conclure avec le plus haut niveau de rigueur Ă  leur efficacitĂ©.

Pour Regeneron, les Etats-Unis ont donnĂ© une telle autorisation pour REGN-COV2 en novembre 2020; le prĂ©sident Donald Trump en avait lui-mĂȘme bĂ©nĂ©ficiĂ© avant cela, dĂ©but octobre.
L'Agence européenne des médicaments (EMA) a, elle, donné fin février, un avis favorable pour les patients qui ne présentent pas un risque élevé d'évolution vers une forme sévÚre du Covid-19.

Le bamlanivimab d'Eli Lilly est autorisé aux Etats-Unis et en France pour les plus de 80 ans. Mais ce choix ne fait pas l'unanimité dans le corps médical français car l'autorisation ne concerne que cet anticorps seul (et non en cocktail avec l'etesemivab), et l'efficacité est dans ce cas de figure nettement moins claire. Les autorités européennes viennent de commencer l'évaluation du cocktail d'Eli Lilly. L'UE a aussi entamé l'évaluation du médicament de Celltrion. Enfin, GSK et Vir ont, eux, prévu de solliciter une autorisation d'utilisation en urgence aux Etats-Unis et dans d'autres pays.

- Quelles limites ? -

Elles sont de deux ordres. D'abord, il y a les interrogations sur l'efficacité de ces traitements face à l'émergence des variants du coronavirus, de nouvelles souches qui risquent de rendre les anticorps obsolÚtes.

Selon Sophie Muller, directrice mĂ©dicale de GSK France qui s'est exprimĂ©e auprĂšs de l'AFP, "l'anticorps dĂ©veloppĂ© par le groupe cible une rĂ©gion de la protĂ©ine S (spike) qui n'est pas concernĂ©e par les variants actuels du coronavirus, d'oĂč son intĂ©rĂȘt".

Mais cela ne répond pas au risque d'émergence de futurs variants éventuellement résistants. Dans cette idée, certaines recherches misent plutÎt sur le développement d'anticorps "polyclonaux", en mesure d'identifier immédiatement bien plus de molécules du virus.

L'autre limite, c'est le prix et la disponibilité. L'injection d'un anticorps d'Eli Lilly coûte de l'ordre de 1.000 euros. Mais cela reste moins cher qu'une hospitalisation, disent les médecins. Quant à la disponibilité, les capacités de production encore insuffisantes devront croßtre pour garantir une utilisation à grande échelle.

AFP

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1 Commentaires
eleferosi
eleferosi
5 ans

L'IHU de Marseille a fait un exposé sur Ellie Lilly, trÚs intéressant.