Covid-19

Coronavirus: bras-de-fer germano-américain autour d'un vaccin

  • PubliĂ© le 16 mars 2020 Ă  00:38
  • ActualisĂ© le 16 mars 2020 Ă  01:06
Berlin affirme vouloir défendre ses laboratoires pharmaceutiques travaillant sur un vaccin contre le coronavirus face aux appétits étrangers

Le gouvernement d'Angela Merkel a accusé dimanche soir les Etats-Unis de Donald Trump d'avoir tenté de s'approprier un projet de vaccin contre le coronavirus développé par un laboratoire allemand, prévenant qu'il ferait tout qu'il soit développé en Europe.

L'Allemagne "n'est pas Ă  vendre", a protestĂ© le ministre de l'Economie Peter Altmaier sur la chaĂźne de tĂ©lĂ©vision publique ARD. Et son homologue de l'IntĂ©rieur Horst Seehofer a confirmĂ© la vĂ©racitĂ© des informations publiĂ©es le mĂȘme jour par le quotidien allemand Die Welt sur une tentative du prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump de faire main basse sur le laboratoire allemand en lui proposant une trĂšs grosse somme d'argent.

"Je peux juste dire que j'ai entendu aujourd'hui à plusieurs reprises de la part de membres du gouvernent que c'est exact", a-t-il dit lors d'une conférence de presse.
Il a annoncé dans la foulée que le sujet serait abordé lundi par le "comité de crise" du gouvernement chargé de piloter la lutte contre l'épidémie de coronavirus, qui a touché à ce jour en Allemagne prÚs de 5.000 personnes et fait 12 morts.

- Bras de fer -

Au centre du bras de fer germano-amĂ©ricain: le laboratoire allemand CureVac, situĂ© Ă  TĂŒbingen dans le sud-ouest du pays. Il est un de ceux dans le monde qui travaillent sur un vaccin contre le Covid-19, en bĂ©nĂ©ficiant de subventions du gouvernement allemand. Il affirme ĂȘtre "Ă  quelques mois" de pouvoir prĂ©senter un projet pour validation.

Selon le journal allemand, le président américain, Donald Trump, essaie d'attirer à coups de millions de dollars des scientifiques allemands travaillant sur ce potentiel vaccin ou d'en obtenir l'exclusivité pour son pays en investissant dans l'entreprise.

Ce vaccin serait alors "seulement pour les Etats-Unis", a affirmé au journal une source proche du gouvernement allemand. Un représentant gouvernemental américain, interrogé dimanche par l'AFP, a estimé que cette affaire était "grandement exagérée".

Parlant sous couvert de l'anonymat, il a indiquĂ© que le gouvernement amĂ©ricain avait parlĂ© Ă  plus de 25 laboratoires pharmaceutiques affirmant pouvoir dĂ©velopper un vaccin et assurĂ© que "toute solution qui viendrait Ă  ĂȘtre trouvĂ©e serait partagĂ©e avec le reste du monde". Le fait est toutefois que le PDG de la sociĂ©tĂ© allemande a Ă©tĂ© personnellement invitĂ© par le prĂ©sident amĂ©ricain le 3 mars Ă  la Maison Blanche pour discuter "des stratĂ©gies et des opportunitĂ©s visant Ă  un dĂ©veloppement rapide d'un vaccin contre le coronavirus", selon un communiquĂ© de ce laboratoire.

Curieusement, la société CureVac a annoncé une semaine plus tard, le 11 mars, le départ surprise de ce PDG, sans donner de raison.
C'est qu'entretemps la résistance s'est manifestement organisée cÎté allemand, et notamment au sein de l'entreprise concernée, face aux velléités américaines.

- Trump mis en cause -

Le ministre allemand de l'Economie a ainsi félicité de la "décision formidable" de CureVac de ne pas céder aux avances américaines et d'avoir "répondu clairement".
Le président du parti libéral allemand (FDP), Christian Lindner, s'est montré moins diplomatique à l'égard de Donald Trump. "En période électorale tous les moyens sont bons manifestement pour le président américain", soucieux de s'assurer la gloire du premier vaccin, a-t-il dit. "La lutte contre le coronavirus est une tùche qui concerne l'humanité toute entiÚre, il n'y a pas de place pour l'égoïsme", a-t-il ajouté.

Et le prĂ©sident de la commission SantĂ© de la chambre des dĂ©putĂ©s, Erwin RĂŒdel, a mis en garde les Etats-Unis contre "une compĂ©tition" internationale autour de la production du vaccin. Berlin a jugĂ© "trĂšs important de pouvoir produire des vaccins en Allemagne et en Europe", et prĂ©venu qu'il pouvait mettre son veto Ă  des projets d?investissement dans des entreprises nationales jugĂ©es stratĂ©giques. "Le gouvernement a la possibilitĂ© d'examiner de prĂšs des acquisitions d'entreprises allemandes par des Etats Ă©trangers, surtout s'il en va des intĂ©rĂȘts de sĂ©curitĂ© de l'Allemagne et de l'Europe", a ajoutĂ© le ministĂšre de l'Economie.

AFP

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