Parloirs suspendus pour les familles et proches des détenus

Coronavirus: les prisons aussi sous cloche

  • PubliĂ© le 18 mars 2020 Ă  02:11
  • ActualisĂ© le 18 mars 2020 Ă  05:45
L'accÚs aux parloirs des prisons françaises pour les familles est suspendu pour "les 15 prochains jours" afin de lutter contre la propagation du coronavirus

Parloirs suspendus pour les familles et proches des détenus, mais promenades maintenues entre les murs: le confinement général de la population française touche aussi les prisons pour lesquelles les autorités ont pris une nouvelle série de mesures, afin de limiter la propagation du coronavirus.

La garde des Sceaux Nicole Belloubet a annoncé mardi la suspension de l'accÚs aux parloirs des 188 prisons françaises pour les familles des détenus. Cette décision était attendue, alors que les autorités ont renforcé lundi soir les restrictions des déplacements et regroupements dans les 15 prochains jours, décrétant ainsi le confinement général pour tenter d'enrayer l'épidémie du nouveau coronavirus (Covid-19).

La mesure ne prendra toutefois effet que "mercredi", a prĂ©cisĂ© la Direction de l'Administration pĂ©nitentiaire (DAP). Cette suspension est "provisoire" et "destinĂ©e Ă  Ă©viter la propagation du virus et protĂ©ger l'ensemble de la population", a insistĂ© la ministre de la Justice. Les autoritĂ©s veulent Ă©viter un scĂ©nario Ă  l'italienne, oĂč la suppression des parloirs dans ce pays avait provoquĂ© de violentes mutineries qui ont fait plusieurs morts parmi les dĂ©tenus.

Avant mĂȘme l'officialisation des nouvelles mesures, un incident a d'ailleurs Ă©clatĂ© Ă  la maison d'arrĂȘt de Grasse, sans faire de blessĂ©s. Des dĂ©tenus sont parvenus Ă  passer d'une cour de promenade Ă  une autre en dĂ©gradant des grillages. Le calme Ă©tait revenu peu aprĂšs 13H30. De brefs incidents ont Ă©galement eu lieu dans plusieurs Ă©tablissements, Ă  Perpignan, Valence ou Angers, les dĂ©tenus refusant de rĂ©intĂ©grer leurs cellules aprĂšs la promenade, selon des sources concordantes.

- "100.000 masques" -

Certains de ces mouvements semblent liés à une crainte d'une interruption des promenades et de la livraison des colis, qui seront bien assurées. Dans une note, le directeur de l'Administration pénitentiaire Stéphane Bredin demande à veiller à ce que "chaque détenu puisse bénéficier d'une promenade quotidienne au moins", en limitant le nombre de personnes présentes simultanément dans une cour ou un terrain de sport pour respecter "les rÚgles sanitaires".

Les détenus pourront également continuer à "cantiner", c'est-à-dire acheter des denrées, du tabac ou des produits d'hygiÚne. Mais les activités (sport, cultes, formations...) impliquant l'entrée en détention d'intervenants extérieurs sont quant à elles suspendues.

Un détenu de Fresnes (Val-de-Marne) ùgé de 74 ans est décédé à l'hÎpital lundi du coronavirus. Trois personnels de l'établissement sont également malades, dont deux infirmiÚres et la directrice des ressources humaines.

Au sein du huis clos des prisons, qui souffrent de surpopulation carcĂ©rale chronique et comptent plus de 70.000 dĂ©tenus pour 30.000 surveillants, l'inquiĂ©tude d'une propagation Ă  grande Ă©chelle est palpable. "On est tous dans la mĂȘme galĂšre", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Wilfried Fonck, secrĂ©taire national Ufap-Unsa Justice. "Il faut qu'ils comprennent: ce n'est pas la population pĂ©nale contre les personnels. S'il n'y a plus personne pour leur ouvrir les portes et leur donner Ă  manger, c'est pour eux que ça va ĂȘtre un problĂšme", ajoute-t-il.

Le secrétaire général du syndicat majoritaire, FO-Pénitentiaire, a déploré des mesures "trop tardives". "La fin des parloirs, je l'ai demandée dÚs jeudi", a affirmé Emmanuel Baudin.

La ministre de la Justice a répondu à l'une des préoccupations des personnels pénitentiaires: elle a annoncé dans un communiqué la mise en place d'un "stock de 100.000 masques" de protection et leur distribution aux agents en contact avec des détenus présentant les symptÎmes du Covid-19. Elle promet également, pour compenser la suspension des parloirs, de "préserver les liens familiaux (...) en s'appuyant sur le déploiement des téléphones en cellule". Environ 70 établissements pénitentiaires sont déjà équipés de téléphones fixes en cellule, a précisé Mme Belloubet.

La contrĂŽleure gĂ©nĂ©rale des lieux de privation de libertĂ© (CGLPL), Adeline Hazan, a elle demandĂ© une "rĂ©gulation carcĂ©rale" dans les "maisons d'arrĂȘt les plus surpeuplĂ©es", lĂ  oĂč le risque sanitaire est "Ă©levĂ©". Ainsi Mme Hazan "recommande de rĂ©duire la population pĂ©nale Ă  un niveau qui ne soit pas supĂ©rieur Ă  la capacitĂ© d'accueil des Ă©tablissements" en favorisant les sorties de prison et en limitant les entrĂ©es.

Une proposition de réduction "drastique" du nombre de prisonniers a aussi été faite par plusieurs associations. Nicole Belloubet a affirmé à "20 minutes" que le gouvernement n'était "pas du tout dans cette optique-là".

AFP

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