Un été qui s'annonce historiquement mauvais

Coronavirus: quel impact sur le tourisme en Europe?

  • PubliĂ© le 7 mai 2020 Ă  13:14
  • ActualisĂ© le 7 mai 2020 Ă  15:16
Photo aérienne du Lion de Venise, qui surplombe une ville exceptionnellement vidée de ses touristes en raison du confinement, le 25 avril 2020

Dix pour cent du PIB de l'Union européenne, 27 millions d'emplois: le tourisme est un des secteurs clés de l'économie du continent.

DĂ©jĂ  durement touchĂ©s par la crise du coronavirus, les professionnels redoutent un Ă©tĂ© historiquement mauvais, mĂȘme s'ils tentent de s'adapter.

Y aura-t-il des vacances d'été?

En France, premiÚre destination touristique mondiale, le président Emmanuel Macron a averti mardi qu'il était "trop tÎt pour dire si on pourra avoir des vacances" cet été. Le commissaire européen chargé du Marché intérieur Thierry Breton a averti que "certaines zones seront ouvertes aux touristes et d'autres non", en fonction de la situation sanitaire.

De maniĂšre gĂ©nĂ©rale, citoyens et autoritĂ©s semblent s'accorder sur des vacances "locales". "Cela va ĂȘtre, dans un premier temps, le temps de l'ultra-proximitĂ©", a affirmĂ© fin avril le secrĂ©taire d'Etat français Jean-Baptiste Lemoyne. Plusieurs Ă©tudes d'opinion estiment qu'une large majoritĂ© de Français pensent rester dans leur pays pour les vacances d'Ă©tĂ©.

Au Royaume-Uni, important pourvoyeur de touristes en Europe, "les réservations pour cet été ont baissé de maniÚre trÚs significative", explique à l'AFP un porte-parole de l'ABTA, association britannique de professionnels du voyage. Qui veut malgré tout croire que, "lorsque le confinement sera levé, l'envie de voyager pour voir les proches et pour prendre des vacances bien méritées sera renouvelée".

Comment les métiers du tourisme vont faire face?

"Nous observons un certain nombre de destinations en vogue commencer à annoncer des plans de relance de l'activité", explique encore l'ABTA, "mais il faudra que les conditions sanitaires idoines soient en place", notamment pour permettre la distanciation sociale. Cela vaut pour le secteur aérien, également trÚs touché par la fermeture des frontiÚres.

Dans les rĂ©gions trĂšs touristiques, les mĂȘmes questions se posent: comment rassurer les touristes et, incidemment, sauver une saison estivale qui s'annonce historiquement mauvaise? A Nice, Ali Abdelhafidh, de Castel Plage, sur la promenade des Anglais, menace en riant de "quitter le mĂ©tier" si gants et masques sont imposĂ©s sous les parasols.

En Espagne, la ville de Gandia (sud-est) prévoit de recruter des surveillants, voire d'interdire la plage aux enfants à certaines heures pour faire respecter la distanciation sociale. Les terrasses de restaurant seront aggrandies et les menus consultables sur smartphone, au lieu de passer de main en main. La chaßne RoomMate Hotels, prévoit des paillassons imprégnés de javel pour désinfecter semelles et roulettes de valises à l'arrivée des clients, soumis à un test de température et équipés en masque, gel et gants.

En Italie, le ministre de la Culture Dario Franceschini s'est lamentĂ© dans la presse: "de quel tourisme s'agit-il si, par exemple, on ne peut ĂȘtre que quelques-uns Ă  manger au restaurant ou dans une pizzeria?" L'ensemble des acteurs est unanime Ă  rĂ©clamer des lignes directrices claires et cohĂ©rentes. Les institutions europĂ©ennes travaillent sur des "rĂšgles finalisĂ©es et harmonisĂ©es au niveau europĂ©en" pour l'accueil des touristes, a assurĂ© mardi Thierry Breton. RĂ©ponses attendues "dans les jours qui viennent".

Quel impact économique?

Post-doctorant Ă  l'ESTHUA d'Angers (Etudes SupĂ©rieures de Tourisme et d'HĂŽtellerie de l'UniversitĂ© d'Angers), Johan Vincent a travaillĂ© sur la façon dont les crises Ă©conomiques modifient le secteur du tourisme. "Le tourisme est toujours reparti, parce que les acteurs Ă©conomiques se sont adaptĂ©s aux crises auxquelles ils ont Ă©tĂ© confrontĂ©s", explique-t-il Ă  l'AFP. Toutefois, "un gros effort d'adaptation va ĂȘtre nĂ©cessaire".

Un effort qui nĂ©cessitera des investissements, alors que le secteur est Ă  l'arrĂȘt depuis plusieurs mois. En Espagne, deuxiĂšme destination touristique mondiale, le nombre de visiteurs Ă©trangers a chutĂ© de 64,3% en mars par rapport Ă  un an plus tĂŽt, et l'organisation patronale hĂŽteliĂšre Exceltur estime que le tourisme pourrait perdre jusqu'Ă  60% de son chiffre d'affaires annuel.

L'Europe devra déployer "un plan Marshall pour le tourisme", a estimé Thierry Breton. Les 27 négocient actuellement un fonds de relance au montant "gigantesque", selon le commissaire qui a évoqué la fourchette de "1.000 à 2.000 milliards d'euros".

Mais l'ensemble des pays se sentiront-ils concernés? Dans les prévisions de croissance des Etats membres publiées mercredi sur le compte Twitter de la Commission européenne, le clivage est évident entre les pays dont l'économie est la plus dépendante du tourisme, GrÚce, Italie, Espagne, Croatie et France dans une moindre mesure, et les autres.


AFP

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