Inconsolable: Maurice Manificat était l'un des grands favoris du 15 km libre des JO-2018 mais au lieu de finir sa course fétiche sur un large sourire, il n'a pu retenir ses larmes vendredi aprÚs sa frustrante 5e place d'une épreuve remportée par le désormais quadruple champion olympique suisse Dario Cologna.
Ce devait ĂȘtre enfin l'heure de gloire du Français, qui a si souvent jouĂ© placĂ© mais rarement pu monter sur un podium sur le plan individuel. Mais le natif de Sallanches (Haute-Savoie) a manquĂ© le coche et la mĂ©daille pour 4 malheureuses secondes qui font toute la diffĂ©rence.
Manificat le sait: une chance comparable ne se reproduira plus dans sa carriĂšre. A 31 ans, il n'aura plus l'occasion de revivre des JO avec un tel potentiel.
Trois ans aprĂšs sa seule grande performance personnelle (mĂ©daille d'argent aux Mondiaux-2015), il avait dĂ©barquĂ© en CorĂ©e du Sud avec le statut d'homme Ă battre sur le 15 km libre. En tĂȘte de la Coupe de monde de distance, il avait cochĂ© ce rendez-vous comme celui Ă ne pas rater. Mais son rĂȘve s'est soudainement envolĂ© alors qu'il a fait partie des trois meilleurs temps de la course durant prĂšs de 13 km. D'une cruautĂ© absolue.
Manificat a craqué sur le final et s'est écroulé en pleurs sur l'aire d'arrivée. Plusieurs minutes aprÚs, il n'était toujours pas remis de ses émotions, comme l'ensemble du clan français.
"On savait que ça allait ĂȘtre serrĂ©. On fait ça toute l'annĂ©e et ça se joue Ă des broutilles de secondes. Cela n'a pas tournĂ© dans le bon sens. Je n'arrive pas Ă m'en remettre. Je voulais tellement la ramener pour le ski de fond français. J'aurais dĂ» le faire", a-t-il dĂ©clarĂ© les yeux rougis, conscient d'avoir laissĂ© Ă©chapper l'opportunitĂ© de sa vie.
- 'Un sport de merde' -
AprÚs sa 5e place sur le skiathlon, la malédiction n'en finit pas de poursuivre le Français, qui ne rejoindra donc pas dans les annales Roddy Darragon, seul médaillé tricolore en individuel aux JO en ski de fond, qui avait pris l'argent sur le sprint libre à Turin en 2006.
"La fin de course était vraiment dure, a-t-il également expliqué. Je n'y arrivais pas. J'ai tout mis, mais ça ne voulait pas répondre. Il ne fallait pas que ça arrive aujourd'hui. C'est un sport de merde pour reprendre l'expression de Martin (Fourcade, ndlr). C'est dur."
Il faudra maintenant se remobiliser dimanche pour le relais, en bronze il y a quatre ans à Sotchi, mais vu sa détresse et celle de toute l'équipe de France, la tùche s'annonce délicate.
"C'est triste, a ainsi estimé l'entraßneur des Bleus François Faivre. C'est terrible parce que c'est beaucoup d'investissement, du staff et des athlÚtes. Il faut d'ores et déjà se tourner vers le relais. A la lumiÚre de la déception d'aujourd'hui, il faut absolument basculer sur autre chose pour évacuer la déception et la frustration."
Loin du spleen des Bleus et de Manificat, Dario Cologna, qui a devancĂ© le NorvĂ©gien Simen Hegstad KrĂŒger (+18.3), vainqueur du skiathlon, et le Russe sous banniĂšre olympique Denis Spitsov (+23.0), a lui pu savourer un quatriĂšme sacre qui confirme sa place parmi les plus grands fondeurs de l'Histoire.
A 31 ans, il ajoute un laurier de plus à son exceptionnel palmarÚs qui compte aussi quatre succÚs au classement général de la Coupe du monde et un titre de champion du monde. Manificat est tombé sur du trÚs lourd mais pas sûr que cela suffise à le réconforter.
Par Aurélie MAYEMBO - © 2018 AFP

