Manifestations Ă  Caracas

Crise politique au Venezuela : les deux camps Ă  nouveau dans la rue

  • PubliĂ© le 19 avril 2017 Ă  07:18
Carlos Paparoni (C) and Marco Bozo (D), députés d'opposition, face à la police, à Caracas, le 30 mars

Opposants et partisans du président socialiste du Venezuela Nicolas Maduro se défient une nouvelle fois mercredi dans les rues de Caracas, à l'occasion de grandes manifestations qui laissent craindre des violences alors que la crise politique s'aggrave.

Pour les antichavistes (du nom de Hugo Chavez, président de 1999 à son décÚs en 2013), qui ont promis "la mÚre de toutes les manifestations", il s'agira de la sixiÚme mobilisation depuis début avril, en faveur d'élections anticipées et en défense du Parlement, la seule institution qu'ils contrÎlent.

En moins de trois semaines, cette vague de manifestations a fait cinq morts et des dizaines de blessĂ©s, l'opposition dĂ©nonçant la rĂ©pression des forces de l'ordre qui ont arrĂȘtĂ© plus de 200 personnes.
Dans ce pays qui est l'un des plus violents au monde, la précédente série de protestations anti-Maduro, en 2014, s'était soldée par un bilan officiel de 43 morts.

Le prĂ©sident du Parlement, Julio Borges, a appelĂ© mardi les forces armĂ©es Ă  ĂȘtre "loyales" Ă  la Constitution en laissant les opposants dĂ©filer pacifiquement. Une rĂ©fĂ©rence Ă  la "loyautĂ© inconditionnelle" Ă  Nicolas Maduro proclamĂ©e lundi par le chef des armĂ©es et ministre de la DĂ©fense, Vladimir Padrino Lopez. Un soutien crucial alors que l'armĂ©e est un acteur incontournable du jeu politique au Venezuela, 11 ministĂšres sur 32 Ă©tant dirigĂ©s par des militaires ou d'anciens militaires.
Assurant ne pas leur réclamer une "rébellion" ni "un coup d'Etat", M. Borges a demandé aux militaires de "cesser les abus", "le harcÚlement" et "la répression".

L'opposition a défini 26 points de départ de la manifestation, qui tentera de parvenir jusqu'aux bureaux du Défenseur du peuple, situés dans le centre de Caracas et considérés comme un bastion chaviste.
Les autoritĂ©s ont prĂ©venu qu'ils ne laisseraient pas les manifestants aller jusqu'Ă  cette zone oĂč aura lieu l'autre dĂ©filĂ©, celui des partisans de M. Maduro.

"Tout Caracas sera prise par les forces révolutionnaires (pro-Maduro, ndlr), ne nous chamboulez pas ça", a lancé Diosdado Cabello, un des dirigeants les plus puissants du parti socialiste au pouvoir, qui accuse l'opposition d'encourager la violence dans la rue pour mener un coup d'Etat.

- Inquiétude en Amérique latine -

Le vice-président du Parlement Freddy Guevara a appelé les opposants à "faire déborder les rues pour dire à Maduro que nous ne permettrons pas une dictature". Lors des précédentes protestations, ce sont justement les tentatives des forces de l'ordre pour bloquer le passage des manifestants qui avaient dégénéré en violences.

Inquiets, onze pays latino-américains ont demandé à Caracas de "garantir" le droit de protester pacifiquement, un appel qualifié par le gouvernement vénézuélien d'"ingérence grossiÚre".
Le président de la Colombie voisine, Juan Manuel Santos, a lui aussi exprimé sa "sérieuse inquiétude", appelant le Venezuela "à la sagesse".

Mais Nicolas Maduro ne semble pas prĂȘt Ă  calmer le jeu: aprĂšs avoir annoncĂ© le dĂ©ploiement de militaires en prĂ©vision des mobilisations de mercredi, il a dĂ©crĂ©tĂ© le renforcement des milices civiles, qui compteront 500.000 membres avec "un fusil pour chacun" en vue d'une Ă©ventuelle "intervention Ă©trangĂšre".

La vague de protestations a dĂ©marrĂ© le 1er avril aprĂšs la dĂ©cision de la Cour suprĂȘme, rĂ©putĂ©e proche de Maduro, de s'arroger les pouvoirs du Parlement, dĂ©clenchant un tollĂ© diplomatique qui l'a poussĂ©e Ă  faire machine arriĂšre 48 heures plus tard. L'opposition dĂ©nonce une tentative de coup d'Etat mais paradoxalement cet Ă©pisode lui a aussi donnĂ© un nouveau souffle, l'amenant Ă  dĂ©passer ses divisions intestines, et il a relancĂ© la mobilisation populaire Ă  ses cĂŽtĂ©s, assoupie ces derniers mois.

"L'opposition est plus unie que jamais. C'est une force importante et nouvelle. Il est probable que la manifestation (de mercredi) soit la plus grande contre le chavisme. Mais nous ne pouvons pas prédire l'impact que cela aura" ensuite, déclare l'analyste Luis Vicente Leon. Certains observateurs pensent que le gouvernement, en signe d'accalmie, dévoilera bientÎt la date des élections régionales, repoussées sine die depuis 2016. Mais l'opposition veut plus, exigeant un scrutin présidentiel anticipé.

Toute échéance électorale est de toute façon une menace pour M. Maduro, dont sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ, asphyxiés par la crise économique qui vide les rayons des supermarchés et dope l'inflation, attendue à 720,5% fin 2017 par le FMI.

AFP

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