A la Gare du Midi, dans la file des taxis: "80 euros en une heure, autant qu'hier!", se réjouit un chauffeur.
Son sourire tranche avec l'ambiance morose dans un Bruxelles au ralenti, qui s'est rĂ©veillĂ©e avec son mĂ©tro Ă l'arrĂȘt et les rideaux baissĂ©s des grands magasins, sous surveillance d'importantes forces de sĂ©curitĂ©.Le relĂšvement de l'alerte terroriste Ă son niveau maximum en raison de la "menace imminente" d'une attaque similaire Ă celles de Paris, dĂ©cidĂ© dans la nuit de vendredi Ă samedi, a laissĂ© dĂ©munis de nombreux voyageurs.
Arrivés par train dÚs l'aube dans la capitale, ils ont buté devant les portes closes des stations de métro, qui le resteront au moins jusqu'à dimanche aprÚs-midi.
Justifiant cette mesure exceptionnelle, qui intervient huit jours aprÚs les sanglants attentats de Paris, le Premier ministre Charles Michel a évoqué un "risque d'attentat par des individus avec armes et explosifs", en particulier aux abords "des rues commerçantes, des manifestations, des lieux animés et des transports".
"Par ordre de la police, la station est fermée": Sarah, veste militaire et piercing à la lÚvre, jette un regard dépité à l'affiche placardée Gare du Midi sur une lourde porte en fer.
"Je dois rentrer à la maison, je suis censée faire comment maintenant, il n'y a aucun bus qui m'y ramÚne", peste cette lycéenne de 16 ans venue d'Anvers par le train. "Tout ce qu'ils veulent c'est nous faire peur, c'est pas normal", s'agace-t-elle.
Jonathan, 26 ans, dégaine son smartphone et prend une photo de l'annonce. "Je vais la poster sur Facebook pour avertir mes amis car tout le monde n'a pas l'air trÚs au courant!"
PrÚs d'une sortie, Gilles, agent de la Stib (Société des transports en commun bruxellois), agite les bras dans tous les sens face aux voyageurs qui le mitraillent de questions. "Porte Louise, on y va comment?" "Bus 27 et aprÚs vous finissez à pied!", répÚte-t-il pour la troisiÚme fois.
"Il faut faire preuve de beaucoup de patience, certains réagissent bien, d'autres sont trÚs mécontents", confie l'agent. "Mon rÎle est de donner le maximum d'infos."
- Les centres commerciaux fermés -
En particulier aux touristes qui veulent rejoindre le centre historique et les grands magasins. Mais, là encore, ils ont trouvé porte close.
Le grand centre commercial Inno Galeria, qui borde la rue Neuve - la plus fréquentée de Belgique avec 44.000 piétons par jour - a choisi de ne pas ouvrir du tout.
Son voisin et concurrent City 2 l'a imité à midi aprÚs une réunion de la direction.
Pendant les deux heures d'ouverture, les galeries sont restées désertes, les Bruxellois semblant respecter les recommandations des autorités d'éviter "les lieux à forte concentration commerciale".
"C'est complĂštement vide. C'est quand mĂȘme samedi et il est dĂ©jĂ 10h00!", s'Ă©tonnait AdĂšle, 26 ans, vendeuse pour une cĂ©lĂšbre marque de chocolat. "Il n'y aura personne aujourd'hui, tout le monde fait circuler l'information sur les rĂ©seaux sociaux", anticipait-elle, avant que sa patronne ne l'informe de la fermeture.
Un peu plus loin, devant une boutique pour accessoires de mode, une salariée patiente. "J'attends que mes collÚgues arrivent pour ouvrir, c'est compliqué avec le métro." Le groupe qui l'emploie a décidé de maintenir le magasin ouvert.
"Pour la sĂ©curitĂ©, j'aurais prĂ©fĂ©rĂ© rester au chaud chez moi, mais en mĂȘme temps c'est bien de ne pas cĂ©der Ă la panique. On a des boutiques aussi Ă Paris, et on n'a pas fermĂ© aprĂšs les attentats", explique-t-elle.
Sur la Grand-Place, inhabituellement calme, quelques rares visiteurs étrangers foulent les pavés du coeur touristique de la capitale et prennent en photo l'HÎtel de ville gothique.
A l'entrée, un véhicule blindé monte la garde mais laisse passer une future mariée dont la robe blanche détonne avec les kakis des militaires qui quadrillent le secteur. Une invitée glisse: "On va faire vite..."
Par Stephanie AGLIETTI - © 2015 AFP
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