Dans l'est syrien, la crue de l'Euphrate emporte la récolte d'agriculteurs

  • PubliĂ© le 2 juin 2026 Ă  10:06
  • ActualisĂ© le 2 juin 2026 Ă  11:01
Une zone inondée dans la province syrienne de Deir Ezzor, le 31 mai 2026, suite aux récentes crues provoquées par la montée des eaux de l'Euphrate

Pataugeant au milieu d'Ă©pis de blĂ© dĂ©trempĂ©s dans l'est de la Syrie, Issa al-Moussa, agriculteur, voit sa rĂ©colte ruinĂ©e par une montĂ©e des eaux de l’Euphrate inĂ©dite depuis des dĂ©cennies.

La Syrie avait mis en garde la semaine derniÚre contre une montée "exceptionnelle" du niveau du fleuve, de prÚs de quatre mÚtres, en raison des fortes précipitations cette année et de l'ouverture des barrages turcs.

L'Euphrate prend sa source en Turquie et traverse les provinces syriennes de Raqqa et Deir Ezzor pour arriver en Irak oĂč il rejoint le Tigre.

"J'ai labourĂ© ma terre, soit six dounams (6000 m2, ndlr), et chaque dounam m’a coĂ»tĂ© un million de livres (environ 75 dollars). Cette terre est perdue", dĂ©plore auprĂšs de l’AFP Issa al-Moussa, habitant de Kharita, dans la province de Deir Ezzor.

Ici comme dans d'autres villages oĂč l'agriculture est souvent la seule source de revenus, l’eau a recouvert de vastes Ă©tendues et encerclĂ© certaines maisons : environ 500 hectares ont Ă©tĂ© inondĂ©s dans la province de Deir Ezzor, et 150 dans le village d'Al-Mahoukiya dans la province Raqqa. Les exploitants inspectent leurs pertes.

"Personne ne sait quand ces eaux vont se retirer", se lamente Issa al-Moussa. "Nous demandons à l'Etat de nous attribuer des compensations, d'acheter notre blé et notre coton à un prix plus élevé, et de nous fournir engrais, médicaments et carburant."

- Traversées en barque -

Les agriculteurs de Deir Ezzor imputent une partie de leurs pertes aux autorités, les accusant d'avoir tardé à les avertir pour protéger leurs équipements et leurs récoltes.

"On ne nous a pas informés de l'ouverture des barrages", s'agace Issa al-Moussa. "Nos terres ont disparu."

Le ministre syrien de l’Énergie, Mohammad Bachir, a affirmĂ© que l’alerte turque Ă©tait "arrivĂ©e trop tard". La Turquie n'a pas communiquĂ© sur une Ă©ventuelle coordination avec Damas sur l'ouverture des barrages de l'Euphrate.

Selon des mĂ©dias turcs, citant des sources officielles, les autoritĂ©s ont procĂ©dĂ© Ă  des "lĂąchers d'eau contrĂŽlĂ©s" depuis le barrage AtatĂŒrk, aprĂšs une hausse du niveau de l'eau due aux fortes pluies de ces derniers mois.

Outre la destruction de cultures, les inondations ont mis hors service "environ 60 stations" de pompage de l’eau, a indiquĂ© Ă  l'AFP le directeur gĂ©nĂ©ral de la compagnie des eaux, Ahmad al-Moussa.

Debout sur une rive du fleuve, Hamad al-Saadoun, un habitant du village, regarde un pont en terre qui s’est effondrĂ© sous l’effet de la crue.

"Nous avons maintenant du mal à passer d'une rive à l'autre... Les gens traversent en barque, mais c'est dangereux tant que la crue ne s'est pas calmée", explique-t-il.

- "Plus rien" -

Ces inondations, les pires depuis 30 ans, ont conduit les autorités syriennes à décréter l'état d'urgence, à ordonner des travaux de consolidation de digues et à préparer d'éventuelles évacuations.

A Raqqa (nord), les autoritĂ©s ont signalĂ© dimanche une baisse du niveau de l’Euphrate d’environ 60 centimĂštres en 24 heures, insuffisante cependant pour mettre fin Ă  la crise.

Dans le village de Kharita, l'eau est montée subitement pendant la nuit, s'infiltrant dans les maisons.

La crue "nous a surpris dans notre sommeil", raconte Mohammad Khadr al-Hussein, 27 ans. "Nous sommes sortis sous les Ă©toiles (...) avec les vĂȘtements que nous avions sur le dos, mais nous avons laissĂ© derriĂšre nous nos biens, nos maisons et nos champs... Il ne nous reste plus rien."

"Nous sommes des paysans, nous vivons au fil des saisons. On s'endette en dĂ©but d'annĂ©e, puis on attend la rĂ©colte pour rĂ©gler nos dettes. Aujourd’hui, la perte est double : notre argent a disparu et notre rĂ©colte aussi".

AFP

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