Le Louvre, la Tour Eiffel, le Forum des Halles fermés, des habitants inquiets, des touristes désorientés.
.. Paris tournait samedi au ralenti aprÚs les attentats sans précédent qui ont tué au moins 128 personnes en terrasse, au restaurant ou au concert."Depuis 07H00 du matin qu'on a ouvert, on n'a eu personne", remarque Fatima, serveuse dans un café du centre de Paris. "D'habitude, le samedi matin, il y a toujours du monde, des gens qui vont travailler, des voisins du quartier". "Mais là ", note-t-elle en observant les passants, "on a l'impression qu'ils sont tous un peu perdus, leurs regards sont vides".
Paris, samedi, s'est réveillée groggy. Les quais du métro? Clairsemés. Dans les rues, moins de monde que d'ordinaire. Les grands boulevards? Peu fréquentés. Sur cette avenue, le grand magasin Printemps reste fermé. Sur les Champs-Elysées, plusieurs enseignes ont gardé portes closes. Musées et salles de spectacle publics resteront fermés en Ile-de-France. Le jardin des Tuileries, le Forum des Halles, la Tour Eiffel, les grands cinémas? Aussi.
Place de la Concorde, des touristes se prennent en photo... en parlant des attentats de la veille. Malgré tout, on promÚne son chien, on achÚte son journal, on fait son jogging... Des militaires en treillis de combat patrouillent de maniÚre visible dans les gares.
"J'ai peur de regarder les gens dans les yeux aujourd'hui, de ce qu'ils peuvent penser, de ce qu'ils peuvent faire. Je suis Arabe moi, vous vous rendez compte?", souffle Fatima, dans son cafĂ©. Entre un client, Luc, 46 ans: "J'arrive pas Ă comprendre. On nous dit qu'on a dĂ©jouĂ© des attentats, qu'on arrĂȘte des gens, et lĂ on a des mecs qui tirent sur tout le monde dans une salle de concert en plein Paris. On n'est pas capable de protĂ©ger cette ville, c'est pas normal."
09H30, devant le musĂ©e du Louvre. Une quinzaine de personnes seulement patientent pour l'ouverture. Parmi elles, Lionel, un architecte de 45 ans venu seul de GenĂšve pour le week-end. "Je n'ai pas envie de rentrer chez moi ou de me terrer Ă l'hĂŽtel", explique-t-il. "J'espĂšre qu'ils vont ouvrir. Il ne faut pas ĂȘtre dĂ©faitiste, sinon ils vont gagner". Le grand musĂ©e parisien ouvre ses portes... pour les refermer en fin de matinĂ©e.
- "Une psychose, c'est obligé" -
Devant le musĂ©e GrĂ©vin, Franck et Astrid, venus de Vichy fĂȘter leurs 16 ans de mariage, se sont cassĂ© les dents. FermĂ© pour la journĂ©e, "par solidaritĂ© avec les victimes", explique sa directrice gĂ©nĂ©rale BĂ©atrice Cristofari. Mais les touristes, "plusieurs centaines de personnes" un samedi matin ordinaire, ne sont de toute façon pas venus.
Franck : "Aujourd'hui, on a hĂ©sitĂ© Ă sortir et puis finalement on s'est dit: on y va quand mĂȘme". Sa femme, fataliste: "Les gens aujourd'hui ont trop peur pour sortir et faire une manifestation". Vendredi, les assaillants "ont visĂ© un cafĂ©, un restaurant, une salle de concert, le Stade de France... on va en faire une psychose, c'est obligĂ©".
Un autre Franck, 45 ans, est attablĂ© prĂšs de la ComĂ©die française. "Hier soir", raconte-t-il, "on devait ĂȘtre au Petit Cambodge", l'un des restaurants visĂ©s par les attentats, "mais mon pote qui travaille lĂ -bas avait pris sa journĂ©e parce que la veille il fĂȘtait son anniversaire. Ca l'a sauvĂ© et ça nous a sauvĂ©s aussi".
Place de la République, des passants allument des bougies, déposent fleurs et poÚmes en hommage aux morts et aux blessés. Les policiers laissent faire quelques secondes puis leur demandent de ne pas rester attroupés. Par sécurité, il est interdit de manifester.
- © 2015 AFP
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