Composition de l'équipe ministérielle

De droite avec des ministres de gauche et du centre: le casse-tĂȘte du futur gouvernement Barnier

  • PubliĂ© le 9 septembre 2024 Ă  19:48
  • ActualisĂ© le 9 septembre 2024 Ă  19:58
Le nouveau Premier ministre Michel Barnier, le 7 septembre 2024 Ă  Paris

"Ce ne sera pas seulement un gouvernement de droite", il y aura des "gens de gauche" avec "peut-ĂȘtre" des sortants: la composition de l'Ă©quipe ministĂ©rielle vire d'autant plus au casse-tĂȘte pour Michel Barnier qu'elle devra survivre dans une AssemblĂ©e nationale fracturĂ©e.

Le nouveau locataire de la rue de Varenne, venu de la droite et qui n'a pas manqué de critiquer Emmanuel Macron par le passé, entend mettre sa patte sur cette équipe, alors que le chef de l'Etat a promis de se tenir davantage en retrait.

"Le président va présider et le gouvernement gouverner", a assuré vendredi Michel Barnier, désireux de plus "d'indépendance", y compris sur la composition du gouvernement, sûrement au centre de son déjeuner de travail lundi avec le président.

Mais Michel Barnier, qui ne dispose pas de majoritĂ© absolue Ă  l’AssemblĂ©e nationale, devra veiller aux Ă©quilibres de sa supposĂ©e coalition parlementaire, qui devrait rĂ©unir le bloc macroniste (Renaissance, Horizons, MoDem), de la droite et du groupe centriste Liot (LibertĂ©, IndĂ©pendants, outre-mer, territoires).

Il s'agit donc pour lui de renouveler une Ă©quipe sans doute Ă©largie sur la droite --il a lui-mĂȘme promis des "ruptures"-- tout en l'ouvrant Ă  la gauche et sans braquer l'extrĂȘme droite. Une gageure.

Il a poursuivi lundi ses consultations en recevant les reprĂ©sentants du groupe Liot qui ont fait valoir leurs prioritĂ©s sur "la dĂ©centralisation, les territoires, le pouvoir d’achat, la santĂ© et la sĂ©curitĂ©".

Le Premier ministre en retour, selon les dĂ©putĂ©s StĂ©phane Lenormand et Christophe Naegelen, a marquĂ© une volontĂ© de "changer de politique" et de "mĂ©thode", avec "plus de travail et moins de communication". Il a admis selon M. Naegelen, qu'il Ă©tait Ă  Matignon "en CDD et que la durĂ©e serait peut-ĂȘtre courte" s'il ne trouvait pas de majoritĂ© pour le soutenir.

- "Rupture" -

Sur les postes rĂ©galiens, qui relĂšvent dans l'usage du domaine "rĂ©servĂ©" du prĂ©sident de la RĂ©publique, sa marge de manoeuvre pourrait ĂȘtre faible, en dĂ©pit de son profil international, puisqu'il a Ă©tĂ© deux fois commissaire europĂ©en, nĂ©gociateur du Brexit et ministre des Affaires Ă©trangĂšres.

Au prestigieux Quai d'Orsay, deux macronistes sont en lice.

L'actuel occupant StĂ©phane SĂ©journĂ© aimerait rester. Mais le ministre de l'IntĂ©rieur dĂ©missionnaire GĂ©rald Darmanin, qui Ă©tait aux cĂŽtĂ©s de Michel Barnier dimanche soir pour saluer l'engagement des forces de l'ordre et des volontaires pendant les Jeux olympiques, ne cache pas son intĂ©rĂȘt pour le poste.

A moins que le match aboutisse Ă  un troisiĂšme homme (ou femme) si le locataire de Matignon voulait marquer une "rupture".

Le ministre des ArmĂ©es SĂ©bastien Lecornu, issu de la droite et qui attendait de voir la couleur politique du Premier ministre, pourrait envisager de rester. L'actuelle ministre du Travail et de la SantĂ© Catherine Vautrin, qui fut comme Michel Barnier ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, rĂȘve aussi d'un poste rĂ©galien.

L'Ă©ducation et la santĂ©, Ă©tendues par Emmanuel Macron Ă  son prĂ© carrĂ© mais aussi Ă©rigĂ©es en "prioritĂ©s" par Michel Barnier, sont convoitĂ©es par des figures de droite. De quoi signer un retour au gouvernement de LR, mĂȘme si le patron Laurent Wauquiez l'avait exclu dans un premier temps ?

Philippe Juvin, médecin et patron des Républicains dans les Hauts-de-Seine, se verrait bien à la santé, comme Annie Genevard, numéro deux du parti Les Républicains, citée pour l'Education.

- RN arbitre -

Le nom de Rachida Dati, ministre démissionnaire de la Culture mais derniÚre débauchée à droite par Emmanuel Macron, circule pour occuper le poste de porte-parole.

Au sortir du bon déroulement des JO, la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra pourrait-elle aussi prolonger son bail ?

Un autre poste sera délicat à pourvoir: celui des Finances, dans un contexte de dérapage du déficit public. L'idée premiÚre de l'Elysée était de trouver un ministre non partisan, selon un ancien conseiller, comme le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau.

Autre dĂ©fi de taille pour Michel Barnier: trouver des personnalitĂ©s venues de la gauche, qui est dĂ©jĂ  prĂȘte Ă  le renverser, y compris au sein d'une partie de la macronie.

Quant au Rassemblement national, accusé d'avoir été indirectement l'arbitre de la nomination de Michel Barnier, il ne le censurera pas d'emblée mais ses responsables écartent déjà certains noms.

"Ca n'aurait pas de sens que M. Barnier (...) nomme un ministre qui nous a insultés", a affirmé dimanche le député RN Jean-Philippe Tanguy, citant le cas du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti.

Il a évoqué en revanche des "personnes compétentes à gauche", comme l'ancien ministre de l'Economie Arnaud Montebourg, sur les questions d'industrie ou de défense.

AFP

guest
0 Commentaires