De Mohamed Merah aux attentats du 13 novembre, le procureur de Paris François Molins, qui dirige les investigations, est devenu le visage de l'antiterrorisme français aux yeux des médias du monde entier.
"Il n'y a aucune raison d'ĂȘtre optimiste", disait au Figaro en mai le magistrat, juste aprĂšs le projet avortĂ© d'un islamiste algĂ©rien d'attaquer des Ă©glises d'Ile-de-France. "La menace n'a jamais Ă©tĂ© aussi forte, notamment en raison de l'implication de la France dans la lutte contre Daech", l'organisation de l'Etat islamique, prĂ©venait-il.
Nommé en novembre 2011, quatre mois avant les tueries de Merah et dans les premiers mois de la guerre en Syrie, François Molins, 62 ans, a été aux premiÚres loges pour assister à la multiplication des départs de jihadistes français, par dizaines puis par centaines.
D'emblée, il se montre peu convaincu par l'argument du combat humanitaire ou le portrait de combattants partant lutter contre la tyrannie sur le modÚle des volontaires des Brigades internationales partis en Espagne se battre au coté des forces gouvernementales contre les troupes du général Franco pendant la guerre civile.
La parole publique de celui qui dirige les enquĂȘtes, est parcimonieuse, rĂ©servĂ©e aux pĂ©riodes de crise, exercĂ©e sans gourmandise. DonnĂ©es dans une piĂšce exiguĂ« du vieux Palais de Justice de Paris, face Ă la Sainte-Chapelle, ses confĂ©rences de presse dĂ©butent invariablement par un message de compassion aux victimes.
Elles se poursuivent par un Ă©noncĂ© sobre de faits prĂ©cis. Minutieusement prĂ©parĂ©es, elles ont pour objectif d'Ă©tancher la soif d'informations des journalistes, sans gĂȘner les enquĂȘteurs. Ceux qui comptent.
Comme ce 20 mars 2012, dans les heures qui prĂ©cĂšdent l'assaut contre l'appartement oĂč se terre Merah. Les enquĂȘteurs ont mis un nom sur le tueur au scooter. François Molins prend la parole: "tant qu'on n'aura pas quelque chose de crĂ©dible (...), toutes les pistes seront travaillĂ©es", y compris celle "des trois militaires". Et n'Ă©loigne pas les mĂ©dias (et Merah qui les Ă©coute sans doute) de la conviction que les enquĂȘteurs travaillent encore sur cette fausse piste de militaires d'extrĂȘme droite. La bataille est aussi mĂ©diatique.
- De Cahuzac Ă Bygmalion -
Ses allocutions terminĂ©es, il ne cache pas ses rĂ©ticences Ă accepter les questions, un exercice oĂč la parole est moins contrĂŽlĂ©e. Une attitude acceptĂ©e par les journalistes français, accueillie avec plus d'incomprĂ©hension chez les Anglo-Saxons.
Quand il estime qu'ils dérapent, comme au moment des attaques sur Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher, il n'hésite pas à appeler les médias à la responsabilité.
L'abord de ce Catalan Ă l'accent discrĂštement rocailleux peut ĂȘtre austĂšre, le regard bleu clair peut ĂȘtre intimidant. Mais un sourire apparaĂźt parfois. Et l'Ă©motion peut percer sous la carapace. Lors de sa premiĂšre confĂ©rence de presse aprĂšs le 13 novembre, François Molins Ă©grĂšne horaires, lieux et bilans: les mots restent factuels, la voix tremble un peu.
Jusqu'Ă ĂȘtre rattrapĂ© par l'affaire Merah, il n'Ă©tait pas spĂ©cialement un magistrat marquĂ© "antiterrorisme". Ancien patron du parquet de Bobigny, il a dirigĂ© les cabinets des gardes des Sceaux de droite MichĂšle Alliot-Marie et Michel Mercier.
Sa nomination sous Nicolas Sarkozy au poste-clé de procureur de Paris, suscite des critiques à gauche, et les relations ont parfois été compliquées avec la ministre de la Justice, Christine Taubira.
Mais les procÚs en indépendance ont été vite éteints, jusqu'à se faire reprocher en coulisses à droite de trop en faire dans les affaires visant Nicolas Sarkozy et ses proches.
Sous couvert d'anonymat, un magistrat instructeur explique n'avoir jamais vu des dossiers politico-financiers suivre aussi librement leur cours. Qu'ils gĂȘnent la droite, comme dans le dossier Bygmalion, ou la gauche, comme quand il a lancĂ© l'enquĂȘte qui devait pousser Ă la dĂ©mission le ministre du Budget JĂ©rĂŽme Cahuzac. Une affaire qui conduira toutefois Ă une rĂ©duction de son pĂ©rimĂštre d'action avec la crĂ©ation du parquet national financier (PNF).
Par Sandra LAFFONT - © 2015 AFP
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