Survie difficile

Des centaines de milliers de Birmans menacés par la faim depuis le coup d'Etat

  • PubliĂ© le 28 mai 2021 Ă  08:50
  • ActualisĂ© le 28 mai 2021 Ă  09:23
Une enfant pousse un chariot avec un sac de riz le 21 mai 2021, lors d'une distribution du PAM dans une banlieue de Rangoun

Ne manger qu'une seule fois par jour, uniquement du riz accompagnĂ© de lĂ©gumes, s'endetter pour survivre: depuis le coup d'État, des centaines de milliers de Birmans pauvres ont perdu leur emploi et ont de plus en plus de difficultĂ©s Ă  se nourrir.

"On ne fait plus qu'un repas quotidien. Je ne veux pas que ma famille souffre de la faim", soupire Win Naing Tun, 26 ans. Avant le putsch militaire du 1er février contre le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi, ce pÚre de trois enfants était employé de nuit dans une usine de transformation de poissons.

Le couvre-feu imposĂ© par la junte l'empĂȘche dĂ©sormais de s'y rendre et il reste dĂ©sƓuvrĂ© dans sa petite maison en bois et en tĂŽle d'Hlaing Thar Yar, une banlieue pauvre de Rangoun.

Plus question d'acheter du porc, mais seulement "quelques lĂ©gumes et un peu de pĂąte de poisson", explique-t-il. Non loin de lĂ , Aye Mar doit aussi se contenter de cuisiner du riz et des feuilles, inquiĂšte de ne pas rĂ©pondre aux besoins nutritionnels de ses sept enfants. "Mon mari se retrouve au chĂŽmage. Il accepte tous les petits boulots, mĂȘme creuser des fosses septiques", raconte-t-elle.

S'aventurer dans les rues pour trouver un travail à la journée reste trÚs risqué: le quartier a été en mars le théùtre de violents affrontements entre les habitants et les forces de sécurité. Ces derniÚres, qui n'ont pas hésité à tirer sur les civils, restent déployées en nombre.

- Économie paralysĂ©e -

Beaucoup d'habitants d'Hlaing Thar Yar travaillaient avant le coup d’État dans le secteur manufacturier, notamment dans une des dizaines d'usines de textile qui fournissent les marques occidentales.

Aujourd'hui, les grÚves et les violences ont contraint la plupart des ateliers à fermer et les habitants n'ont plus accÚs aux maigres prestations sociales, car le systÚme bancaire est en grande partie paralysé. Beaucoup s'endettent et s'enfoncent dans la misÚre.

Cette banlieue n'est pas un cas isolĂ©: sous l'effet conjuguĂ© de la pandĂ©mie et de la crise liĂ©e au coup d’État, la pauvretĂ© risque de doubler et de toucher la moitiĂ© de la population birmane dĂšs l'annĂ©e prochaine, un retour en arriĂšre de 16 ans, a averti l'ONU.

Et, selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM), jusqu'à 3,4 millions de personnes supplémentaires auront du mal à se procurer de la nourriture au cours des trois à six prochains mois.

D'autant que les prix des denrées alimentaires sont en nette hausse: le riz a augmenté de 5%, l'huile de cuisson de prÚs de 20%, d'aprÚs le PAM. La situation est particuliÚrement délicate dans les zones urbaines. Les chaßnes d'approvisionnement sont trÚs perturbées et l'essence a flambé de 30%, rendant difficile le transport de marchandises des zones agricoles vers les villes.

Les rĂ©gions plus reculĂ©es, oĂč la recrudescence des affrontements entre l'armĂ©e et des factions ethniques a fait ces derniĂšres semaines des dizaines de milliers de dĂ©placĂ©s, sont aussi touchĂ©es: le prix du riz a doublĂ© dans l’État Kachin, dans le nord de la Birmanie.

Le PAM a annoncĂ© fin avril dĂ©bloquer une aide alimentaire qui vise jusqu'Ă  deux millions de personnes Ă  travers le pays. D'autres organismes encouragent les habitants de Rangoun qui ont un surplus de nourriture Ă  donner aux plus dĂ©munis. "Nous dĂ©pendons uniquement des dons. Si cette situation perdure, nous allons certainement mourir de faim", s'inquiĂšte Ni Aye, une mĂšre au foyer de 51 ans. D'autres, comme Aung Kyaw Moe, envisagent de fuir la capitale Ă©conomique oĂč "tout est devenu hors de contrĂŽle".

AFP

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