Pourparlers afghans

Des ennemis aux objectifs incompatibles

  • PubliĂ© le 11 septembre 2020 Ă  14:14
  • ActualisĂ© le 11 septembre 2020 Ă  14:44
The Taliban will hold talks with the Afghan government on Saturday, but it will be no easy task for the foes to bridge their ideological differences and resolve the bitter legacy of two decades of war

Les autorités afghanes et les talibans doivent entamer samedi des négociations de paix inédites, mais il leur sera difficile de passer outre leurs rancunes et le gouffre idéologique qui les sépare aprÚs deux décennies de conflit. L'AFP s'est penchée sur les questions les plus pressantes.

- Pourquoi maintenant ? -

Le conflit afghan a tué des dizaines de milliers de personnes, dont 2.400 soldats américains, poussé des millions d'autres à fuir, et coûté plus de mille milliards de dollars à Washington.

Frustré par ce qu'il décrit comme les guerres "folles et sans fin" des Etats-Unis, le président américain Donald Trump n'a cessé de répéter qu'il souhaite un retrait total de ses troupes d'Afghanistan.

Les pourparlers de paix "sont clairement motivés par le désir américain de se désengager d'Afghanistan", a expliqué Kate Clark, co-directrice de l'Afghanistan Analysts Network.

"L'objectif principal des Etats-Unis est de partir, ou de partir sans laisser derriÚre eux un désordre encore plus grand", a-t-elle ajouté.
Washington a signé un accord avec les talibans en février qui entérine le départ des forces étrangÚres d'Afghanistan d'ici mai 2021, en échange de garanties sécuritaires de la part des insurgés.

Ces derniers, qui contrÎlent une grande partie des campagnes afghanes, se sont aussi engagés à débuter des pourparlers de paix avec Kaboul une fois achevé un échange de prisonniers.

- Quelle est l'agenda des négociations ? -

Les visions des deux camps pour le futur du pays sont aux antipodes, et aucun agenda n'a pour l'instant été fixé. "Les talibans ont toujours été clairs sur ce qu'ils veulent et c'est un gouvernement islamique pur, ce qui est incompatible avec l'ordre politique actuel, islamique, libéral et démocratique", estime Nishank Motwani, vice-directeur de l'Afghanistan Research and Evaluation Unit, un think tank indépendant basé à Kaboul.

Les talibans ont crié victoire aprÚs la signature de leur accord avec Washington, et souvent eu un discours maximaliste : ils se considÚrent les dirigeants légitimes du pays, et veulent reprendre le pouvoir.

Les talibans de tout rang "croient fondamentalement que la victoire est à portée de main, et en tant que vainqueurs, ils ne demanderont rien de moins que le pouvoir", poursuit M. Motwani.

Pourtant, dans un Ă©ditorial publiĂ© en fĂ©vrier, le numĂ©ro 2 des talibans, Sirajuddin Haqqani, s'Ă©tait montrĂ© optimiste au sujet des "nĂ©gociations interafghanes". Certains observateurs ont mĂȘme suggĂ©rĂ© que les rebelles proposeraient de nĂ©gocier un accord de partage du pouvoir.

"Si nous parvenons à un accord avec l'ennemi étranger, nous devons pouvoir résoudre les désaccords interafghans en discutant", avait écrit M. Haqqani. Mais peu sont ceux qui font confiance aux talibans, dont le gouvernement radical des années 90 a traumatisé nombre d'Afghans. Les insurgés avaient imposé des chùtiments cruels tels que la lapidation des femmes, alors que les filles étaient bannies des écoles.

Les négociateurs de Kaboul veulent que les talibans reconnaissent le gouvernement, décrit par les rebelles comme une marionnette de Washington. Ils souhaitent aussi que les talibans acceptent un cessez-le-feu, garantissent les droits des femmes et reconnaissent les autres progrÚs faits depuis 2001.

"Ce ne sont que des voeux pieux", déplore M. Motwani.

- Quelles chances de réussite? -

Enhardis par l'accord amĂ©ricano-taliban, les insurgĂ©s n'ont pas l'air prĂȘts Ă  faire des concessions, et le processus durera probablement longtemps.
Les rebelles doivent dĂ©cider s'ils accepteront une trĂȘve, et un ordre politique pluraliste. Mais reste Ă  voir s'ils ont acceptĂ© ces pourparlers uniquement pour obtenir le dĂ©part de leur ennemi principal, les Etats-Unis, selon Kate Clark.

Les autoritĂ©s afghanes, quant Ă  elle, "ralentissent" le processus et "prĂ©fĂ©reraient que les troupes amĂ©ricaines restent", note-t-elle. Et de soupirer : "Les partis du conflit doivent avoir le mĂȘme objectif, la paix? J'ai peur que ce ne soit pas vraiment le cas cette fois-ci."

AFP

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