"Paradise Papers"

Des fuites lĂšvent le voile sur les clients des paradis fiscaux

  • PubliĂ© le 6 novembre 2017 Ă  09:45
  • ActualisĂ© le 6 novembre 2017 Ă  09:55
Les "Paradise Papers" montrent selon la presse américain que le secrétaire américain au Commerce Wilbur Ross a gardé des liens d'affaires  avec des proches de Vladimir Poutine. Photo prise le 12 octobre 2017.

Un ministre amĂ©ricain en affaires avec des proches du prĂ©sident russe, les investissements aux Bermudes de la reine d'Angleterre: une enquĂȘte journalistique internationale a levĂ© le voile dimanche sur des circuits planĂ©taires d'optimisation fiscale, s'appuyant sur une fuite massive de documents.


Dix-huit mois aprĂšs les "Panama Papers" portant sur la fraude fiscale, le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), regroupant 96 mĂ©dias de 67 pays, a commencĂ© Ă  dĂ©voiler les "Paradise Papers". A l'appui de ces rĂ©vĂ©lations: la fuite de 13,5 millions de documents financiers, provenant notamment d'un cabinet international d'avocats basĂ© aux Bermudes, Appleby, obtenus par le journal allemand SĂŒddeutsche Zeitung.
Des documents provenant d'Appleby dévoilent notamment que le ministre américain au Commerce Wilbur Ross a gardé des participations dans une société de transport maritime ayant des liens d'affaires étroits avec un oligarque russe visé par des sanctions américaines et avec un gendre de Vladimir Poutine, selon le New York Times.

- ProblÚmes éthiques -

Au Royaume-Uni, une dizaine de millions de livres sterling d'avoirs de la reine Elizabeth II ont Ă©tĂ© placĂ©s dans des fonds aux Iles CaĂŻmans et aux Bermudes, selon la BBC et The Guardian. Au Canada, le milliardaire Stephen Bronfman, Ă  la tĂȘte de l'ex-sociĂ©tĂ© de vins et spiritueux Seagram, a placĂ© avec son parrain Leo Kolber 60 millions de dollars amĂ©ricains (52 millions d'euros) dans une sociĂ©tĂ© offshore aux Iles CaĂŻmans, a rĂ©vĂ©lĂ© le Toronto Star. Cet ami de Justin Trudeau, responsable de la collecte de fonds lors de la campagne Ă©lectorale de 2015 pour le compte du parti libĂ©ral canadien, pourrait ĂȘtre encombrant pour le Premier ministre, Ă©lu sur des promesses de rĂ©duction des inĂ©galitĂ©s et de justice fiscale.

Les circuits auxquels ont recours les personnes fortunées et les multinationales pour déplacer leurs fonds dans les paradis fiscaux ne sont en soi pas illégaux. Cette pratique se joue des failles réglementaires pour leur permettre de payer le moins d'impÎts possible.

- Gendre de Poutine -

Le cas du ministre américain du Commerce pourrait toutefois poser des problÚmes éthiques, estime Richard W. Painter, ancien responsable du bureau d'éthique sous la présidence de George W. Bush. Financier réputé, Wilbur Ross a réduit sa participation personnelle dans cette société, Navigator Holdings, lors de sa prise de fonctions en février, mais en contrÎle toujours 31% via des entités offshore.

Or l'un des principaux clients de Navigator Holdings est la société russe de gaz et produits pétrochimiques Sibur, qui a contribué à hauteur de 23 millions de dollars à son chiffre d'affaires en 2016, écrit Le Monde. Et parmi les propriétaires de Sibur figurent Guennadi Timtchenko, un oligarque proche du président russe sanctionné par le Trésor américain aprÚs l'invasion de la Crimée par Moscou, et Kirill Chamalov, marié à la plus jeune fille de Vladimir Poutine.

"Le secrétaire Ross n'a pas participé à la décision de Navigator de faire affaire avec Sibur", qui "n'était pas sous sanctions à cette époque pas plus que maintenant", a réagi le département du Commerce dans un communiqué transmis à l'AFP. Il n'a en outre "jamais rencontré les actionnaires de Sibur mentionnés", a-t-il ajouté, assurant que le ministre respectait les normes éthiques du gouvernement.

Le dĂ©but de mandat du prĂ©sident amĂ©ricain, un an aprĂšs son Ă©lection, est toujours empoisonnĂ© par les enquĂȘtes sur une Ă©ventuelle collusion entre son Ă©quipe de campagne et la Russie. Parmi les autres clients de Navigator Holding figure le groupe pĂ©trolier d'Etat vĂ©nĂ©zuĂ©lien PDVSA, frappĂ© par des sanctions de Washington depuis l'Ă©tĂ©.
Les fonds de la reine Elizabeth II placés aux Iles Caïmans et aux Bermudes - 10 millions de livres (11,3 millions été réalisés via le Duché de Lancaster, domaine privé de la souveraine et source de ses revenus.

Les fonds placés dans ces paradis fiscaux sont investis dans de nombreuses sociétés, dont Brighthouse, une société de location avec option d'achat de meubles et de matériel informatique accusée de profiter de la misÚre, ou encore une chaßne de magasins de spiritueux aujourd'hui en dépÎt de bilan. "Tous nos investissements font l'objet d'un audit complet et sont légitimes", a affirmé à l'AFP une porte-parole du Duché de Lancaster. "Nous effectuons un certain nombre d'investissements, dont quelques avec des fonds à l'étranger".

Ces derniers ne représentent que 0,3% de la valeur totale du Duché, selon elle.
Le chef de l'opposition travailliste Jeremy Corbyn a réagi sur Twitter, estimant qu'"il y a une rÚgle pour les super riches, une autre pour les autres quand il s'agit de payer les impÎts".
burs-mra/fjb
 

AFP

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