Grande-Bretagne

Des "outsiders" s'imposent dans le monde de l'art

  • PubliĂ© le 19 janvier 2018 Ă  19:03
  • ActualisĂ© le 19 janvier 2018 Ă  23:41
L'artiste britannique Dannielle Hodson pose devant ses oeuvres Ă  Sotheby's Ă  Londres, le 16 janvier 2018

De la prison ou l'hĂŽpital psychiatrique Ă  Sotheby's: une association aide des artistes en marge Ă  se faire un nom, et entend bien bousculer ainsi le monde de l'art.


Créée à la galerie Pallant House dans le sud de l'Angleterre, il y a un peu plus de dix ans, "Outside in" est devenue une association indépendante qui soutient actuellement plus de 2.600 artistes. En janvier, une trentaine d'entre eux ont été exposés dans la prestigieuse salle de ventes Sotheby's, à Londres.
"Outside in aide des artistes qui rencontrent des obstacles pour accĂ©der au monde de l'art. Cela peut ĂȘtre un trouble mental, un handicap, un problĂšme de santĂ©, la pauvretĂ©...", a expliquĂ© Ă  l'AFP le directeur de l'association, Marc Steene.
"Dans cette exposition, vous verrez des artistes dont le travail vient du coeur, est purement intuitif, ou avec lequel ils essaient de résoudre des problÚmes personnels", a-t-il décrit à l'AFP dans les locaux de Sotheby's. "Le lien entre ces artistes et leurs oeuvres est trÚs puissant".
Parmi ces oeuvres, une femme nue, accroupie, jette un regard perçant derriĂšre son smartphone. Ce dessin en noir et blanc est celui de Dannielle Hodson, 37 ans. "Je fais beaucoup de portraits, je travaille avec spontanĂ©itĂ© et automatisme", explique doucement cette Anglaise, installĂ©e Ă  Londres depuis vingt ans. Son travail "parle toujours de libertĂ©, ça vient aussi peut-ĂȘtre de mon histoire" ajoute-t-elle.
Elle a entendu parler de l'association en 2008 alors qu'elle "griffonnait" entre les quatre murs d'une cellule de prison. "Quand vous ĂȘtes en prison, ou dans une institution, vous n'ĂȘtes pas connectĂ© au monde extĂ©rieur", raconte-t-elle. "Sans formation et expĂ©rience, c'est difficile de trouver un endroit pour ses oeuvres".
Dannielle Hodson a remporté un concours organisé par Outside in. A sa sortie de prison, elle exposait pour la premiÚre fois. "Je faisais quelque chose que j'aimais et j'étais payée pour cela", se rappelle avec bonheur la trentenaire, qui se consacre désormais entiÚrement à son art.

- Art brut -

Outside in se targue d'avoir aidé des artistes à percer, comme Albert, exposé pour la premiÚre fois en 2009 et dont le travail "figure maintenant dans des collections trÚs importantes comme la collection ABCD / Bruno Decharme à Paris", qui rassemble des piÚces d'art brut, souligne Marc Steene.
C'est le cas aussi de Manuel Bonifacio, 70 ans, qui frĂ©quente un centre de jour pour adultes souffrant de troubles de l'apprentissage, oĂč il crĂ©e de maniĂšre prolifique dessins, peintures et cĂ©ramiques.
"Parce que nous avons amené son travail dans des lieux trÚs importants, ses oeuvres sont maintenant dans la Collection de l'Art Brut, à Lausanne (Suisse)", se félicite Marc Steene.
Outside in aide les artistes Ă  exposer leurs oeuvres, Ă  monter un site internet, et les soutient dans leurs dĂ©marches. "Il y a tellement de risques d'exploitation, ils risquent de ne pas rĂ©aliser quelle valeur leur art peut avoir", souligne M. Steene, lui-mĂȘme artiste.
Avec Outside in, "ce que nous essayons de faire c'est de bousculer la culture, d'élargir son horizon", affirme le directeur.
Carlo Keshishian, qui exposait Ă  Sotheby's une peinture intitulĂ©e "Un millier de mots", faite de centaines de lettres enchevĂȘtrĂ©es, raconte que l'association l'a "aidĂ© Ă  gagner confiance en lui" et lui a ouvert de nombreuses "opportunitĂ©s". "Je me suis retrouvĂ© Ă  parler devant des centaines de personnes, j'ai rencontrĂ© de nombreux artistes, conduit des ateliers d'art (...) entre autres choses que, sans leur soutien, j'aurais eu du mal Ă  accomplir".
Parmi les artistes soutenus, beaucoup de styles différents, mais une chose que Dannielle Hodson "retrouve chez tous: la volonté de faire de l'art malgré les circonstances."

Par Pauline FROISSART - © 2018 AFP

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