Prix littéraires

Des romanciers de plus en plus historiens

  • PubliĂ© le 13 novembre 2017 Ă  18:09
  • ActualisĂ© le 13 novembre 2017 Ă  18:32
L'écrivain français Prix Goncourt Eric Vuillard le 6 novembre 2017 à Paris

Est-ce la fin de la fiction dans le roman? La cuvée 2017 des prix littéraires a consacré cette année le triomphe de la non-fiction, alimentée par des faits historiques, au détriment des romans de pure imagination.


Le Goncourt, le plus prestigieux des prix littĂ©raires du monde francophone, a Ă©tĂ© dĂ©cernĂ© Ă  Éric Vuillard pour "L'ordre du jour" (Actes Sud), rĂ©cit saisissant sur l'arrivĂ©e au pouvoir d'Hitler, l'Anschluss et le soutien sans faille des industriels allemands Ă  la machine de guerre nazie.

Le Renaudot est allé à Olivier Guez pour "La disparition de Josef Mengele" (Grasset), récit sur les derniÚres années du médecin tortionnaire d'Auschwitz en exil en Amérique du Sud.
"C'est l'Ă©criture qui fait la littĂ©rature", faisait remarquer Éric Vuillard lors de la remise de son prix la semaine derniĂšre, devançant d'Ă©ventuelles critiques.

Pierre Assouline, membre de l'académie Goncourt, soulignait récemment, dans un éditorial du Magazine littéraire, qu'"on ne se félicitera jamais assez de ce que les écrivains s?affranchissent des rÚgles et des conventions" propres au roman. Ce point de vue n'est pas unanimement partagé. "Ceux qui ont le mauvais goût d'attendre plus de la littérature iront se rhabiller", a regretté la critique littéraire des Inrockuptibles, Nelly KapriÚlian. "Le refus de regarder le XXIe siÚcle en face est une épidémie qui sévit actuellement chez les auteurs français", juge sévÚrement la journaliste littéraire de la Tribune de GenÚve, Marianne Grosjean.

Parmi les finalistes du Goncourt se trouvaient Ă©galement VĂ©ronique Olmi pour "Bakhita" (Albin Michel), histoire vraie d'une esclave soudanaise devenue sainte de l?Église catholique et Alice Zeniter qui revient dans "L'art de perdre" (Flammarion) sur l'histoire des harkis, ces AlgĂ©riens restĂ©s du cĂŽtĂ© de la France pendant la guerre d'AlgĂ©rie. Ces deux derniĂšres romanciĂšres sont encore en lice pour le Goncourt des lycĂ©ens, le prix littĂ©raire qui gĂ©nĂšre le plus de ventes.

- Le précédent des Bienveillantes -

L'Histoire a toujours été un puissant vecteur en littérature. Ces derniÚres années, plusieurs livres ayant l'Histoire comme sujet ont triomphé lors des remises de prix littéraires. On se souvient notamment de l'imposant roman (prÚs de 900 pages) du franco-américain Jonathan Littell, "Les Bienveillantes" (Gallimard), mémoires (fictives) d'un officier SS ayant participé à l'Holocauste. Ce livre a cumulé, en 2006, le prix Goncourt et le Grand prix du roman de l'Académie française.

Pour rester dans le seul prisme de la Seconde Guerre mondiale, il y a eu ces derniÚres années "HHhH" (Grasset) de Laurent Binet, relatant l'assassinat en 1942 du "boucher de Prague", Reinhard Heydrich, qui a obtenu le Goncourt du premier roman en 2010 ou encore "Jan Karski" (Gallimard) de Yannick Haenel (lauréat cette année du Médicis), un récit sur la vie du résistant polonais qui avait tenté d'alerter les Alliés de l'extermination des Juifs d'Europe. Ce livre, en lice à l'époque pour le Goncourt, avait reçu en 2009 le prix du roman Fnac et le prix Interallié.

Si on observe Ă  la loupe les livres publiĂ©s Ă  l'occasion de la rentrĂ©e d'automne, on remarque que la Seconde Guerre mondiale a inspirĂ© de nombreux auteurs. Outre Vuillard et Guez, on peut citer, sans ĂȘtre exhaustif, Alexis Ragougneau (jusqu'Ă  la deuxiĂšme sĂ©lection du Goncourt) avec "Niels" (Viviane Hamy), Nicolas d'Estienne d'Orves (finaliste de l'InteralliĂ©) avec "La gloire des maudits" (Albin Michel), FrĂ©dĂ©ric Verger ("Les rĂȘveuses", Gallimard), Philippe Pollet-Villard ("L'enfant-mouche", Flammarion), ValĂšre Staraselski ("Le Parlement des cigognes", Cherche-Midi) ou encore Alexandre Lacroix ("La muette", Don Quichotte).

Pierre Assouline a reconnu (dans la revue L'Histoire oĂč il Ă©crit) qu'"il y a (chez les Ă©crivains contemporains) une paresse de l'imaginaire, un manque d'audace, un dĂ©faut de confiance dans sa subjectivitĂ©, une absence de risque, un dĂ©ficit d'assurance, Ă  ne pas se colleter avec son Ă©poque et Ă  refuser de se projeter dans l'avenir proche". Sauf, ajoutait celui qui a soutenu le livre de Vuillard, si l'Ă©crivain se donne pour ambition "de dĂ©passer" des personnages "dĂ©jĂ  construits et cĂ©lĂšbres" ou des "Ă©vĂ©nements avĂ©rĂ©s".

AFP

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