Culture

Des spectacles par les femmes, pour les femmes: une bulle de liberté en Inde

  • PubliĂ© le 31 aoĂ»t 2018 Ă  09:52
  • ActualisĂ© le 31 aoĂ»t 2018 Ă  10:19
Une spectatrice applaudit lors d'un stand-up réalisé par des femmes devant une audience exclusivement féminine à New Delhi, le 19 août 2018

"Les femmes n'aiment pas porter des strings (...) je suis sûre qu'un homme les a inventés": riant aux éclats, une audience d'une trentaine d'Indiennes se régale de sketchs d'humoristes féminines, espace de libération de la parole dans cette société patriarcale.

Pas un homme dans ces reprĂ©sentations rĂ©servĂ©es aux femmes: ni dans le public, ni sur scĂšne, ni mĂȘme parmi les prĂ©posĂ©es aux tickets, lors d'une rĂ©cente Ă©dition du spectacle Femapalooza dans un studio de la capitale indienne New Delhi. "L'Ă©nergie dans la piĂšce est diffĂ©rente", raconte Ă  l'AFP Priya Elias, ancienne avocate et humoriste en herbe. "On dit toujours aux femmes qu'elles ne sont pas drĂŽles et ce n'est pas vrai du tout."

Au cours des trois derniÚres années, Femapalooza a organisé plus de 35 représentations dans différentes villes d'Inde. Pour sa fondatrice Jeeya Sethi, l'humour réservé aux femmes leur offre une respiration dans ce pays profondément conservateur et dominé par les hommes.

"Le stand-up consiste Ă  ne pas avoir de limites. Lorsqu'il y a des femmes autour de vous, vous pouvez tout dire et ne pas ĂȘtre jugĂ©e", explique Jeeya Sethi. "Les hommes ne parlent que d'hommes, (du Premier ministre) Modi et de masturbation, ou bien ils font des blagues sexistes", regrette la comĂ©dienne.

Les dĂ©fenseurs des droits des femmes se battent depuis des annĂ©es pour que celles-ci aient davantage accĂšs aux espaces publics et Ă  des lieux de reprĂ©sentations en Inde - ainsi que pour leur sĂ©curitĂ©, dans cette nation d'Asie du Sud oĂč des affaires de viols font rĂ©guliĂšrement les gros titres Ă  travers le monde.

Plusieurs spectacles humoristiques de ce type se sont ainsi tenus ces derniÚres années à Bombay et Bangalore, comme "Leddis Night" organisée par le magazine en ligne Ladies Finger et "Digust Me" de l'humoriste Sumukhi Suresh, et ont été largement salués.

- "Jouet de chambre" -

Au spectacle Femapalooza de New Delhi, 13 artistes ùgées de 17 à 37 ans, certaines débutantes, d'autres confirmées, font fuser les répliques dans une petite salle aux stores tirés. Toutes les blagues sur les femmes sont joyeusement accueillies par l'assemblée.
Se produisant sur scÚne pour la premiÚre fois, Naomi Barton trouve un certain confort à jouer pour une audience exclusivement féminine. Envolée, la pression de plaire à la gent masculine.

"Lorsque je parle de mon syndrome prémenstruel et comment cela affecte ma santé mentale, me fourrant dans de drÎles de situations, une femme comprend cela", confie cette responsable numérique dans une grande maison d'édition.

Comme dans nombre de pays, évoquer en public les rÚgles ou la sexualité se fait à grand renfort d'euphémismes. Un groupe d'adolescentes rougit lorsque Jeeya Sethi leur demande si elles ont saisi sa plaisanterie sur le "jouet de chambre".

VoilĂ  soudain qu'apparaĂźt sur scĂšne Aditi Mittal, l'une des rares femmes Ă  s'ĂȘtre fait une place sur la scĂšne humoristique indienne.
Elle dit Ă  l'AFP chĂ©rir particuliĂšrement ces spectacles 100% fĂ©minins. "Beaucoup d'hommes pensent que nous faisons du stand-up uniquement car nous cherchons dĂ©sespĂ©rĂ©ment de l'attention (...) Certains nous disent mĂȘme +est-ce que vos seins n'attirent pas dĂ©jĂ  suffisament l'attention?+'", cingle l'humoriste, qui est la premiĂšre Indienne Ă  avoir son Ă©mission dĂ©diĂ©e sur le site Netflix.

Le crĂ©neau de l'humour en Inde peut en effet ressembler Ă  une chasse gardĂ©e des hommes, concĂšde l'artiste Rohan Joshi, membre de la troupe populaire All India Bakchod. "Nous vivons dans une culture oĂč depuis des annĂ©es l'avis des femmes n'a jamais Ă©tĂ© valorisĂ©. (Ce prĂ©jugĂ©) occupe une place centrale dans la comĂ©die", dit-il. GrĂące au bouche-Ă -oreille, le public de Femapalooza grandit progressivement.

Cependant, de l'avis des spectateurs, les représentations peuvent encore gagner en qualité. "C'est un concept nouveau mais il n'y avait que quelques performances intéressantes", commente Deepshikha Singh, professionnelle de la communication venue assister au show à New Delhi. "Beaucoup faisaient cela pour la premiÚre fois."

Alors que la soirée se termine, pÚres et maris s'alignent à l'extérieur du club pour ramener les spectatrices chez elles, à un quotidien souvent bien moins riant.

AFP

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