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Donald Trump s'enferre dans une ligne dure, trĂšs dure

  • PubliĂ© le 20 juin 2018 Ă  19:37
Le président américain Donald Trump aprÚs une réunion sur une réforme de l'immigration au Capitole avec des élus républicains de la Chambre des représentants, le 19 juin 2018 à Washington

Les images d'enfants séparés de leurs parents à la frontiÚre bouleversent l'Amérique et le monde.

Donald Trump, lui, ne bouge pas d'un iota, s'arc-boute sur une posture qui désarçonne une partie de son camp et pourrait lui coûter cher politiquement.
Depuis que son administration a abruptement décrété début mai une politique de "tolérance zéro", sous la houlette de l'ultra-conservateur ministre de la Justice Jeff Sessions, plus de 2.300 enfants ont été séparés de leurs familles. Les photos de ces derniers, apeurés, en pleurs, tentant de s'agripper à leurs parents, interpellent, choquent.
Si le magnat de l'immobilier est habitué aux polémiques qu'il alimente souvent à dessein, et s'il faut se méfier de décréter un éniÚme "tournant" dans une présidence chaotique, la séquence politique en cours est inédite. Rarement Donald Trump a-t-il suscité une telle levée de boucliers, une telle avalanche de condamnations.
Lorsqu'il dĂ©nonce l'attitude de ses adversaires politiques --"C'est la faute des dĂ©mocrates", rĂ©pĂšte-t-il en boucle sur Twitter-- personne ne le suit vĂ©ritablement. Et jour aprĂšs jour, c'est au sein mĂȘme du camp rĂ©publicain que le malaise est de plus en plus palpable.
Le Grand Old Party en est conscient: Ă  quelques mois des Ă©lections de mi-mandat oĂč il redoute de perdre la majoritĂ© Ă  la Chambre des reprĂ©sentants, il est engagĂ© dans un exercice hautement pĂ©rilleux sur un sujet extraordinairement Ă©motionnel.
S'il galvanise incontestablement une partie de sa base, Donald Trump se coupe aussi d'une autre, en particulier au sein des chrĂ©tiens Ă©vangĂ©liques, qui ont largement contribuĂ© Ă  sa victoire mais oĂč des voix discordantes se font dĂ©sormais entendre.
Steve Schmidt, ancien conseiller du sénateur John McCain et critique de longue date de l'impétueux président, a annoncé mercredi qu'il...quittait tout simplement son parti, écoeuré par les images de "bébés arrachés de leurs mÚres".
"Il y 29 ans et neuf mois, je me suis enregistré sur les liste électorales et je suis devenu un membre du Parti républicain, fondé en 1854 pour s'opposer à l'esclavage et défendre la dignité de la vie humaine. Aujourd'hui, je renonce à mon adhésion (...) à ce qui est devenu le parti de Trump", a-t-il tranché d'un tweet ciselé.
- Le "moment Katrina" ? -
Si les tractations se poursuivent au CongrĂšs, oĂč un texte sera soumis au vote jeudi, et si un changement de pied soudain du prĂ©sident amĂ©ricain n'est jamais Ă  exclure, l'Ă©pisode pourrait laisser des traces dans la durĂ©e.
Pour Jill Abramson, ancienne directrice gĂ©nĂ©rale du New York Times aujourd'hui Ă©ditorialiste pour le Guardian, cet Ă©pisode pourrait ĂȘtre le "moment Katrina" de Donald Trump, une rĂ©fĂ©rence Ă  l'attitude de George W. Bush durant l'ouragan qui avait ravagĂ© la Nouvelle-OrlĂ©ans en 2005.
La photo de ce dernier contemplant la zone dévastée à travers le hublot d'Air Force One est restée comme un redoutable symbole d'un président déconnecté des réalités du terrain.
"Trump fait la mĂȘme erreur que Bush", estime-t-elle, Ă©voquant son "manque de coeur". "Ce n'est pas l'image que mĂȘme les conservateurs les plus acharnĂ©s veulent donner de l'AmĂ©rique au monde", ajoute-t-elle.
Au-delà de l'argumentaire, le vocabulaire utilisé par le président de la premiÚre puissance mondiale a aussi choqué. Mardi, il mettait en garde dans un tweet contre les immigrants illégaux appartenant à des gangs qui "infestent notre pays".
Selon un sondage Quinnipiac University rendu public lundi, seul un tout petit tiers des AmĂ©ricains (27%) approuve sa politique de sĂ©paration des familles. Dans le camp rĂ©publicain, il a une majoritĂ© derriĂšre lui, mais la marge est plutĂŽt faible: 55% d'entre eux affirment ĂȘtre en accord avec le prĂ©sident sur ce thĂšme.
Donald Trump, qui martÚle qu'il veut la "sécurité aux frontiÚres" à tout prix, devait s'exprimer mercredi soir lors d'un meeting de campagne à Duluth, dans le Minnesota (Nord).
C'est lors de ce type de rassemblements, devant des milliers de partisans et presque autant de casquettes rouges Make America Great Again (Rendre à l'Amérique sa grandeur), qu'il abandonne le plus volontiers les téléprompteurs pour multiplier les digressions et les provocations.

Par Florence BIEDERMANN - © 2018 AFP
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