C'était une mesure phare du quinquennat d'Hollande

Emplois d'avenir : ces jeunes mis sur les rails d'un "vrai boulot"

  • PubliĂ© le 20 avril 2017 Ă  12:25
Asma El Daslabi lors d'un rendez-vous avec une conseillÚre, à Deuil-la-Barre (Val-d'Oise), le 1er février 2017

"C'est peut-ĂȘtre un des seuls points oĂč Hollande a bien fait": Ă  23 ans, Asma Ed Dahabi vient de dĂ©crocher un poste d'aide-soignante dans un hĂŽpital parisien qu'elle n'aurait jamais eu sans son emploi d'avenir, mesure phare du quinquennat.


La jeune femme n'avait en poche qu'un BEP lorsqu'elle a signé en 2013 ce contrat aidé s'adressant aux 16-25 ans peu ou pas qualifiés, principalement dans le secteur non marchand, et incluant un projet de formation
Comme des centaines de jeunes du Val d'Oise, c'est par la mission locale de Deuil-la-Barre qu'elle s'est vu proposer un emploi d'agent de soin dans un établissement pour personnes ùgées. "Un boulot à part entiÚre. J'étais payée, ma formation l'était aussi", raconte fiÚrement Asma qui, seule, n'aurait pu financer l'école d'aide soignante "trop chÚre".
Grùce à son diplÎme, elle a obtenu un CDD à l'hÎpital Georges Pompidou à Paris, qui débouchera sur un CDI.
"Les emplois d'avenir, ça vous met sur des rails; sinon trouver un travail classique, une formation, c'est compliquĂ©", surtout dans un dĂ©partement oĂč le marchĂ© est "tendu" abonde Ilham Harrach, 25 ans, qui Ă©tait au collĂšge avec Asma.
Ilham, elle, avait un bac pro de secrétariat. Mais "il y a trop de temps partiel" dans ce métier, et elle voulait un temps plein.
"Coup de bol", la mission lui propose un travail dans un institut pour jeunes déficients intellectuels, par lequel elle empoche son diplÎme d'éducatrice.
"On m'a donnĂ© un atelier Ă  gĂ©rer, ça m'a responsabilisĂ©e. Je rentrais chez moi avec les mĂȘmes questionnements qu'un salariĂ© classique, sans me demander +est-ce que demain je vais bosser ?+", fait valoir Ilham.
Assis à cÎté, Trésor Kaminda, 27 ans, témoigne de son soulagement: aprÚs des années à enchaßner des CDD ultra-courts dans la restauration, lui qui a quitté le systÚme éducatif en 3e et ne "trouvait pas de patron pour l'apprentissage", est maintenant agent de restauration dans un hÎpital. Dans un an, il deviendra fonctionnaire et pourra enfin habiter sans "coloc".
Quand on leur parle d'apprentissage, que certains candidats opposent aux contrats aidĂ©s en terme d'efficacitĂ©, Ilham et Asma lĂšvent les yeux au ciel. "C'est retourner Ă  l'Ă©cole ! On veut ĂȘtre de vrais salariĂ©s, pas des stagiaires !" argue Asma, dĂ©sormais mariĂ©e et "installĂ©e" Ă  Suresnes.


- 'Pas mal de pertes' -


Les emplois d'avenir "ont tout de suite correspondu Ă  une partie de la population sans qualification", explique Jean-Yves Hamonou, directeur de la mission locale Seine-Oise oĂč 450 contrats "EA" ont Ă©tĂ© signĂ©s.
"On entend bien que ça coûte cher, que ça ne peut s'inscrire dans la durée. Mais compte tenu du contexte, c'était une excellente idée", analyse-t-il.
Le fait que les missions locales en aient été les gestionnaires exclusifs leur a donné "une visibilité" auprÚs des entreprises. "On ne nous voyait que sur un public trÚs en difficulté", poursuit Jean-Yves Hamonou. "Or ce public a beaucoup évolué en dix ans, avec des jeunes sans difficulté sociale ou personnelle mais qui n'ont tout simplement pas accÚs au marché du travail".
Si la mesure est "une rĂ©ussite", il concĂšde nĂ©anmoins que, dans certains secteurs, elle a pu faire "un peu" de concurrence Ă  l'apprentissage, dont les taux d'insertion sont plus Ă©levĂ©s. "Asma et Ilham auraient peut-ĂȘtre pu faire la mĂȘme chose en apprentissage... mais c'est moins intĂ©ressant en termes de salaires et, pour les entreprises, de prise en charge".
Fin 2016, plus de 325.000 emplois d'avenir avaient été signés et selon la Dares, 51% des jeunes entrés début 2013 avaient un travail six mois aprÚs la fin de leur contrat.
"Il y a pas mal de pertes... peut-ĂȘtre pourrait-on trouver un autre moyen de les envoyer en formation avec un salaire", se demande Asma. Elle qui a votĂ© Hollande en 2012 estime qu'"Ă  part pour les jeunes, "il a fait n'importe quoi" et aujourd'hui, elle a "arrĂȘtĂ© de suivre" la politique.
Aux yeux d'Ilham, "Hollande a apporté à beaucoup de jeunes". Comme en 2012, elle est plutÎt séduite par Jean-Luc Mélenchon.
Trésor trouve qu'il serait "dommage que le prochain président supprime les emplois d'avenir". Mais il "n'est pas trÚs politique".

Par Adrien DE CALAN - © 2017 AFP

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