En bombardant l'Iran, Donald Trump fait le pari hasardeux de la force

  • PubliĂ© le 22 juin 2025 Ă  12:46
  • ActualisĂ© le 22 juin 2025 Ă  13:50
En bombardant l'Iran, Donald Trump fait le pari hasardeux de la force

En donnant l'ordre de bombarder des sites nucléaires iraniens, Donald Trump a fait le pari de la force plutÎt que celui de la diplomatie, un virage stratégique de Washington face à Téhéran aux conséquences difficiles à mesurer pour les experts.

Le président américain a ainsi fait basculer prÚs d'un demi-siÚcle d'antagonisme entre les Etats-Unis et la République islamique en un conflit ouvert, avec les encouragements d'Israël, alors que Washington avait au cours des derniÚres décennies privilégié - parfois à contrecoeur - la diplomatie.


"Nous ne saurons si (ce pari) est rĂ©ussi que si, d'ici trois Ă  cinq ans, le rĂ©gime iranien n'a pas acquis les armes nuclĂ©aires qu'il a maintenant de bonnes raisons de vouloir obtenir", dĂ©clare Kenneth Pollack, vice-prĂ©sident du Middle East Institute et lui-mĂȘme ancien analyste de la CIA.


Les renseignements américains n'ont pas conclu que l'Iran construisait une bombe nucléaire. Les travaux sur l'atome de Téhéran étaient largement considérés comme un moyen de pression, et il est probable que l'Iran avait pris des précautions en prévision d'éventuelles frappes.


Mais pour Trita Parsi, un critique de l'action militaire, avec la dĂ©cision de bombarder de M. Trump, "il est maintenant plus probable que l'Iran devienne un État dotĂ© d'armes nuclĂ©aires dans les cinq Ă  dix ans".


"Nous devrions faire attention Ă  ne pas confondre le succĂšs tactique et le succĂšs stratĂ©gique", ajoute M. Parsi, vice-prĂ©sident exĂ©cutif de l'Institut Quincy pour une politique d'État responsable.


"La guerre en Irak a également été un succÚs dans les premiÚres semaines, mais la proclamation par le président Bush d'une 'Mission accomplie' a fait long feu", a-t-il rappelé.


- Un Iran affaibli -


La décision d'attaquer de M. Trump - plus d'une semaine aprÚs qu'Israël a lancé une importante campagne militaire - est survenue alors que le régime iranien est le plus affaibli depuis la révolution islamique de 1979.
Depuis l'attaque du 7 octobre 2023 contre Israël par le Hamas, qui bénéficie du soutien de l'Iran, Israël a non seulement détruit une grande partie de Gaza mais aussi décimé le Hezbollah, qui frappait son territoire depuis le Liban pour le compte de Téhéran.


Par ailleurs, le principal allié de l'Iran parmi les dirigeants arabes, le président syrien Bachar al-Assad, a été renversé en décembre 2024.


Les partisans de l'attaque de M. Trump font, eux, valoir que la diplomatie ne fonctionnait pas puisque l'Iran est resté inflexible sur son droit d'enrichir de l'uranium.


"Contrairement à ce que certains diront dans les jours à venir, l'administration américaine n'a pas précipité la guerre. En fait, elle a donné à la diplomatie une chance réelle", assure Ted Deutch, ancien membre démocrate du CongrÚs qui dirige désormais l'American Jewish Committee. "Le régime iranien meurtrier a refusé de conclure un accord", a-t-il ajouté.

Un avis que partage le sĂ©nateur rĂ©publicain John Thune qui, en rappelant les menaces de TĂ©hĂ©ran contre IsraĂ«l et les propos iraniens contre les États-Unis, affirme que l'Iran avait "rejetĂ© toutes les voies diplomatiques vers la paix".


- Revirement abrupt -


L'attaque ordonnée par Donald Trump survient presque une décennie aprÚs que l'ancien président Barack Obama a scellé un accord aux termes duquel l'Iran a considérablement réduit ses activités nucléaires - et dont M. Trump s'est retiré en 2018, au début de son premier mandat.


La majorité du Parti républicain de Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui considÚre l'Iran comme une menace existentielle, avaient critiqué l'accord sur le nucléaire iranien parce qu'il permettait, selon eux, à Téhéran d'enrichir de l'uranium à des niveaux susceptibles de permettre la production d'armes nucléaires et que les clauses essentielles avaient une date limite d'application.


Mais le président américain, se présentant comme un faiseur de paix, avait déclaré, il y a seulement un mois, lors d'une visite dans les monarchies arabes du Golfe, qu'il espérait parvenir à un nouvel accord avec l'Iran, et que son administration préparait de nouvelles négociations. Puis M. Netanyahu a attaqué l'Iran, provoquant un revirement abrupt de Donald Trump."La décision de Trump de mettre abruptement fin à ses propres efforts diplomatiques rendra également beaucoup plus difficile la conclusion d'un accord à moyen et long terme", estime Jennifer Kavanagh, directrice de l'analyse militaire chez Defense Priorities, qui prÎne la retenue.

"L'Iran n'a dĂ©sormais aucune raison de faire confiance Ă  Trump ou de croire que conclure un compromis favoriserait les intĂ©rĂȘts de la RĂ©publique islamique", ajoute-t-elle.


Les dirigeants religieux iraniens font Ă©galement face Ă  une forte opposition interne. D'importantes manifestations ont Ă©clatĂ© en 2022 aprĂšs la mort en dĂ©tention de Mahsa Amini, une jeune Iranienne arrĂȘtĂ©e pour avoir mal ajustĂ© son voile.
Pour Karim Sadjadpour, de la Carnegie Endowment for International Peace, les frappes américaines pourraient soit renforcer la République islamique, soit accélérer sa chute.


"Le bombardement par les États-Unis des installations nuclĂ©aires de l'Iran est un Ă©vĂ©nement sans prĂ©cĂ©dent qui pourrait s'avĂ©rer transformateur pour l'Iran, le Moyen-Orient, la politique Ă©trangĂšre des États-Unis, la non-prolifĂ©ration mondiale et potentiellement mĂȘme l'ordre mondial", a-t-il Ă©crit sur les rĂ©seaux sociaux.


"Son impact se fera sentir pendant les décennies à venir".

AFP

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2 Commentaires
HULK
HULK
7 mois

Et en voulant se doter Ă  tout prix de l'arme atomique en se moquant du monde depuis des dĂ©cennies,l'IRAN fait le pari de quoi? Il n'y a pas un mĂ©chant TRUMP et un gentil KHAMENEI. Il y a deux dictateurs aussi dangereux l'un que l'autre. Et on y ajoute POUTINE et XI qui donnent des leçons. A pleurer. Quant Ă  l'Europe,n'en parlons mĂȘme pas. Inexistante.

Missouk
Missouk
7 mois

Encore plus c... que Bush, c'est dire!