Ils sont vieux de plus de 300 millions d'années

En Bretagne, la CĂŽte de Granit Rose vise l'Unesco

  • PubliĂ© le 25 mars 2021 Ă  21:30
  • ActualisĂ© le 25 mars 2021 Ă  21:39
A Trégastel, sur la CÎte de Granit Rose, en Bretagne le 9 mars 2021

D'impressionnants chaos rocheux aux formes bizarres en bord de mer, vieux de plus de 300 millions d'années: des passionnés se sont donné comme objectif de faire inscrire la CÎte de Granit Rose, prÚs de Lannion (CÎtes-d'Armor), comme site naturel au patrimoine mondial de l'Unesco.

Le phare de Ploumanac'h, de couleur rose comme tous les blocs de pierre sur lesquels il est juchĂ©, est l'une des figures emblĂ©matiques de cette cĂŽte oĂč se succĂšdent des rochers dotĂ©s pour certains de petits noms en raison de leurs formes Ă©vocatrices: "chaise du curĂ©", "chapeau de NapolĂ©on" ou encore "bouteille renversĂ©e".

"C'est un site naturel à valeur exceptionnelle et universelle", s'enthousiasme Marielle Kerbaol, présidente de l'association qui porte le projet. "On est sur des éléments extraordinaires en termes de qualité paysagÚre et d'originalité. C'est unique au monde", confirme Didier Olivry, directeur pour la Bretagne du Conservatoire du littoral.

Odile Guérin, géologue et membre du comité scientifique constitué pour préparer le dossier, plante le décor: "Il faut savoir qu'ici existaient à l'époque des montagnes qui n'avaient rien à envier à l'Himalaya (...) Quand le magma sort à la surface de la terre, il donne de la lave mais quand il refroidit en profondeur, il va donner du granit. C'est l'érosion qui a rendu ce granit visible depuis quelques dizaines de milliers d'années".

Soumis Ă  l'Ă©rosion naturelle par une mer puissante, des vents souvent forts et les pluies, ce site fragile doit aussi ĂȘtre protĂ©gĂ© contre une urbanisation difficile Ă  maĂźtriser, comme face Ă  un flux touristique concentrĂ© sur une brĂšve pĂ©riode de l'annĂ©e, plaide Marielle Kerbaol. "L'affiliation Ă  un rĂ©seau de sites mondiaux oblige autant qu'elle permet", rĂ©sume-t-elle.

- "Obligation Ă  la vigilance" -

"Le label est attribuĂ© et revu chaque annĂ©e. Il peut ĂȘtre retirĂ© (...) C'est donc une obligation Ă  la vigilance", rappelle Jean-Pierre Grunfeld, qui a dĂ©jĂ  menĂ© des dossiers de ce type. "On se trouve face Ă  l'apparente pĂ©rennitĂ© de ces sites sans rĂ©aliser que l'excĂšs de frĂ©quentation les met en pĂ©ril", constate-t-il.

Délimiter le périmÚtre du projet est aussi un enjeu. La cÎte de Granit rose compte une dizaine de kilomÚtres, de Perros-Guirec à Trébeurden, mais le comité scientifique "a considéré qu'on ne pouvait pas se limiter à une zone aussi étroite", relÚve l'historien Jean-Jacques Monnier.

D'autant que, "dans cette poche magmatique de cette cĂŽte du TrĂ©gor, une dizaine de granit se sont constituĂ©s (...) On a trois grandes pulsations, avec des faciĂšs diffĂ©rents: rose, beige, et mĂȘme carrĂ©ment gris, Ă  l'Ăźle Grande. On passe de l'un Ă  l'autre sans s'en rendre compte".

Le pĂ©rimĂštre envisagĂ© devrait au minimum ĂȘtre enchĂąssĂ© entre deux fleuves cĂŽtiers, le LĂ©guer Ă  l'ouest et le Trieux Ă  l'est. Il engloberait notamment l'archipel des Sept Ăźles, rĂ©serve naturelle nationale oĂč se niche la plus importante colonie d'oiseaux marins de France. Il s'agit aussi d'y intĂ©grer l'arriĂšre-pays et l'histoire des activitĂ©s humaines, Ă  commencer par "les carriĂšres, comme Ă  l'Ăźle Grande oĂč jusqu'Ă  300 ouvriers travaillaient", se remĂ©more Jean-Jacques Monnier. "C'est un dossier trĂšs large, qui va englober des problĂ©matiques trĂšs diverses".

Le Conservatoire du littoral voit cette initiative d'un bon ?il: "Des projets de ce type permettent de mobiliser les partenaires concernés autour de la réappropriation et de la revalorisation d'un territoire, de sensibiliser davantage la population (...) Car connaßtre la richesse d'un territoire, c'est déjà la moitié du chemin pour le protéger".

"L'Unesco, en termes de notoriĂ©tĂ©, c'est de portĂ©e mondiale. Ça nous permettrait de faire venir une population diffĂ©rente et d'allonger les pĂ©riodes de frĂ©quentation" au-delĂ  de la saison estivale, analyse Erven LĂ©on, maire (DVD) de Perros-Guirec dont la commune a parfois du mal Ă  gĂ©rer les frĂ©quentations de pointe: "Certains jours d'Ă©tĂ©, le sentier des douaniers, c'est un peu la procession..."

L'élu mesure aussi la charge, notamment financiÚre, pour constituer un tel dossier qui nécessitera progressivement l'implication active des collectivités.
Consciente des aléas à venir comme des décisions "géopolitiques" de l'Unesco, Marielle Kerbaol est confiante: "Il faudra trouver le bon moment. Mais pour l'instant, on se met au travail!"

AFP

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