#MeToo

En Egypte, l'impact relatif de la campagne anti-harcĂšlement

  • PubliĂ© le 7 novembre 2017 Ă  15:30
  • ActualisĂ© le 7 novembre 2017 Ă  15:35
Rassemblement contre le harcÚlement sexuel en Egypte, le 12 février 2013 au Caire

La campagne anti-harcÚlement, qui a vu des femmes du monde entier partager leurs expériences sous le hashtag #MeToo (#MoiAussi), a atteint l'Egypte, pays arabe le plus peuplé.

Mais le fléau y reste particuliÚrement coriace, et fait l'objet d'un combat au quotidien.
"J'ai cessĂ© de marcher dans la rue (...) et j'ai dĂ©pensĂ© la moitiĂ© de mon salaire, environ 1.500 livres (70 euros) en taxis juste pour Ă©viter d'ĂȘtre draguĂ©e ou harcelĂ©e", tĂ©moigne Youstina Tharwat, une jeune Ă©gyptienne sur Facebook.
Une autre jeune femme égyptienne, Basma Moustafa, explique, également sur Facebook, qu'elle a été harcelée sur un marché alors qu'elle était enceinte. "Lorsque que je l'ai frappé au thorax, il m'a giflée", écrit-elle.
Comme Youstina et Basma, d'autres femmes égyptiennes ont profité du hashtag #MeToo, lancé aprÚs les accusations de plusieurs actrices contre le producteur hollywoodien Harvey Weinstein aux Etats-Unis, pour évoquer leurs expériences souvent douloureuses.
Mais en Egypte, pays le plus peuplĂ© du monde arabe (plus de 93 millions d'habitants), oĂč le harcĂšlement sexuel est endĂ©mique, l'utilisation du hashtag #MeToo (#AnaKaman, en arabe) est restĂ©e modĂ©rĂ©e.
Selon Me Taher Abu El-Nasr, avocat habitué des dossier de harcÚlement, la campagne #AnaKaman a concerné "certains segments de la société" uniquement, la plupart des utilisatrices égyptiennes du hashtag étant issues des classes moyennes et supérieures.
Le phénomÚne n'a en outre pas fait la Une de la presse.


- 99% des femmes victimes -


Selon une Ă©tude de l'ONU publiĂ©e en 2013, plus de 99% des femmes ont Ă©tĂ© victimes de harcĂšlement en Egypte, oĂč elles sont quotidiennement confrontĂ©es aux remarques obscĂšnes, voire aux attouchements.
AprÚs la révolte de 2011, des groupes de volontaires se sont organisés pour protéger les femmes des agressions collectives lors des manifestations. Et de plus en plus de victimes ont pris la parole pour partager leur expérience.
En fĂ©vrier 2013, des femmes ont mĂȘme manifestĂ© dans la rue, en brandissant des couteaux.
Enfin, en juin 2014, le gouvernement égyptien a adopté une loi criminalisant le harcÚlement sexuel, renforçant ainsi l'arsenal juridique contre ce type de comportement. Mais amener les harceleurs devant les tribunaux ne va toujours pas de soi, selon les avocats travaillant sur ces dossiers.
Pour Me Abu El-Nasr, la proportion "de (jeunes) filles ou de femmes touchées par le harcÚlement qui décide de parler à la police reste trÚs faible, car la culture de la société conservatrice ne le leur permet pas".
L'avocat cite l'exemple d'une de ses clientes qui a récemment préféré abandonner les poursuites qu'elle avait entamées de crainte des "représailles de la famille du harceleur si celui-ci était condamné".
L'affaire Weinstein, et la campagne #MeToo qui a suivi, pourrait avoir contribué à libérer davantage la parole, estime néanmoins Mozn Hassan, directrice en Egypte du centre d'étude féministe Nazra.
Comme de nombreux autres défenseurs des droits de l'Homme, cette célÚbre militante est interdite depuis juin 2016 de quitter le territoire égyptien.
"Les femmes en Egypte ont été encouragées à parler de leur expérience face au harcÚlement sexuel", dit-elle à l'AFP.


- Précédent égyptien -


La campagne #MeToo avait d'ailleurs eu un précédent égyptien dÚs avril, avec un hashtag en arabe: "la premiÚre fois que j'ai été harcelée".
Mais le chemin à parcourir pour les femmes égyptiennes reste encore long car le tabou demeure bien ancré dans la société.
Beaucoup de célébrités en Egypte n'ont pas participé à la campagne #MeToo car, selon Mme Hassan, "ils considÚrent que c'est une tùche sur la réputation de l'Egypte et ils ont peur du retour de bùton sociétal".
Depuis quelques jours, l'Egypte est aux prises avec une nouvelle polémique autour des déclarations d'un avocat, Nabih al-Wahsh, connu pour ses propos outrageux.
Cette fois-ci, il a affirmé que le viol des femmes portant des jeans déchirés était un "devoir national", provoquant de vives réactions sur les réseaux sociaux.
Le Conseil national des droits des femmes en Egypte a déposé plainte contre cet avocat.
De son cĂŽtĂ©, le mufti d'Egypte, Shawki Allam, a publiĂ© une vidĂ©o, en pleine campagne #MeToo, le 31 octobre, dans laquelle il affirme que le "harcĂšlement sexuel est interdit par la loi islamique, et figure parmi les pires pĂȘchĂ©s".

Par Bassem ABOUALABASS - © 2017 AFP

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