Le fournisseur de l'hĂŽpital a mis fin Ă  ses services pour non-paiement

En Inde, 60 enfants sont morts par manque d'oxygĂšne

  • PubliĂ© le 14 aoĂ»t 2017 Ă  14:41
Mohammad Zahid, qui a perdu sa fille de cinq ans Khushi, tient la photographie de celle-ci le 14 août 2017 à Gorakhpur en Inde

"Nous ne pouvions pas arrĂȘter": Mohammad Zahid a jusqu'au bout luttĂ© contre la fatigue pour activer la pompe manuelle permettant Ă  sa fillette de respirer, mais Khushi est morte.

Comme des dizaines d'autres enfants dans un hĂŽpital indien Ă  court d'oxygĂšne.
Une Ă©norme polĂ©mique a Ă©clatĂ© en Inde suite aux dĂ©cĂšs de plus de 60 enfants - dont des nourrissons - la semaine derniĂšre dans un hĂŽpital public de l'État d'Uttar Pradesh, dans le nord du pays.
Des victimes parmi lesquelles se trouve Khushi ("joie" en hindi), la fille de Mohammad, ùgée de cinq ans. Sa famille l'avait amenée à l'hÎpital Baba Raghav de Gorakhpur en raison d'une forte fiÚvre, qui s'est rapidement aggravée.
"Des choses qui sont survenues lĂ -bas sont passĂ©es sous silence", lance son pĂšre, en proie Ă  un chagrin mĂȘlĂ© de colĂšre, dans une interview Ă  l'AFP Ă  son domicile dans la campagne de Gorakhpur.
D'aprÚs les médias indiens, une trentaine d'enfants ont succombé pour les seules journées de jeudi et vendredi en raison d'un manque d'oxygÚne dans les services pédiatriques de l'hÎpital. Selon eux, la société fournissant les bonbonnes aurait mis fin à ses services, apparemment en raison du non-paiement de factures se montant à plusieurs millions de roupies, certaines remontant à novembre.
Les autorités affirment, elles, que ce nombre inhabituellement élevé de décÚs est dû à des maladies comme l'encéphalite, endémique dans cette région pauvre, et non à la pénurie d'oxygÚne.
"Comment peuvent-ils dire que l'interruption de l'approvisionnement n'a pas joué dans ces morts?", s'énerve Mohammad.


- 'Nos mains souffraient terriblement' -


Pendant toute la journée de vendredi, lui et un neveu de 17 ans se sont relayés pour presser une pompe manuelle dans une tentative désespérée de maintenir la fillette en vie.
Le personnel soignant "nous a dit de continuer Ă  appuyer pour ĂȘtre sĂ»r que ma fille continue Ă  respirer", tĂ©moigne-t-il.
"C'Ă©tait extĂ©nuant. Nos mains souffraient terriblement, mais nous ne pouvions pas arrĂȘter. Nous n'avions pas mangĂ© avant de venir Ă  l'hĂŽpital et nous Ă©tions crevĂ©s avec tout ce stress et cette attente debout."
Vivant de petits boulots au marchĂ© local, Mohammad dit ĂȘtre restĂ© aux cĂŽtĂ©s de sa fille tout le temps depuis son admission Ă  l'hĂŽpital jusqu'Ă  son trĂ©pas, prononcĂ© le vendredi soir. Khushi a Ă©tĂ© mise en terre le jour suivant suivant les rites musulmans.
Face aux dĂ©nĂ©gations des autoritĂ©s sur les consĂ©quences du manque d'oxygĂšne, son pĂšre est formel: "ma fille pouvait toujours bouger son corps jusqu'Ă  ce que l'approvisionnement d'oxygĂšne s'arrĂȘte. Son Ă©tat s'est dĂ©tĂ©riorĂ© alors que nous utilisions les pompes Ă  air manuelles".
Le ministre en chef d'Uttar Pradesh, Yogi Adityanath, s'est vu confronté à des appels à la démission dans cette affaire.
Le radical hindou, Ă©lu de Gorakhpur et alliĂ© du Premier ministre Narendra Modi, a blĂąmĂ© l'encĂ©phalite - transmise par piqĂ»re de moustique - pour cette sĂ©rie de dĂ©cĂšs. Lors d'un dĂ©placement sur les lieux dimanche, le dirigeant de cet État aux 200 millions d'habitants a cependant promis des sanctions exemplaires si des nĂ©gligences Ă©taient avĂ©rĂ©es.
Des Ă©tudiants ont maculĂ© de tomates et d'oeufs la rĂ©sidence du ministre de la SantĂ© de l'État. Le parti du CongrĂšs (opposition) a lui estimĂ© que les enfants morts Ă©taient victimes de "meurtres".
"Bien sûr que j'aimerais savoir ce qui est arrivé à mon enfant. Mais nous le diront-ils? Ils ne le font jamais, et est-ce que ça a de l'importance étant donné que ma fille est morte", se lamente Mohammad.

Par Robin GREMMEL - © 2017 AFP

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