Etats-Unis

En pleine campagne, Trump dit vouloir mettre fin au droit du sol

  • PubliĂ© le 30 octobre 2018 Ă  20:47
  • ActualisĂ© le 30 octobre 2018 Ă  21:04
Le président américain Donald Trump lors d'un meeting électoral à Murphysboro, dans l'Illinois, le 27 octobre 2018

A une semaine d'élections législatives cruciales pour la suite de son mandat, le président des Etats-Unis Donald Trump a annoncé vouloir mettre fin, par décret, au droit du sol qui stipule que tout enfant né sur le territoire américain a la nationalité américaine.

Cette proposition, formulée au lendemain de l'annonce de l'envoi de plus de 5.000 militaires à la frontiÚre mexicaine, s'inscrit dans une série de déclarations du magnat de l'immobilier visant à placer l'immigration au coeur du débat politique. D'un tweet, il a agité cette semaine le spectre d'une "invasion" de migrants en évoquant la progression d'une caravane de migrants centraméricains fuyant la violence dans leurs pays.

Dans un entretien à Axios publié mardi, Donald Trump assure envisager de signer un décret pour que les enfants nés sur le sol américain de parents en situation irréguliÚre ne bénéficient plus de la nationalité américaine. La remise en cause, par décret présidentiel, de ce principe inscrit dans le 14Úme amendement de la Constitution, devrait cependant se heurter à des obstacles juridiques majeurs, nombre d'experts estimant que le président ne peut prendre une telle décision.

"Nous sommes le seul pays au monde oĂč, si une personne arrive et a un bĂ©bĂ©, le bĂ©bĂ© est citoyen des Etats-Unis... avec tous les avantages", affirme Donald Trump dans cet entretien tĂ©lĂ©visĂ©. "C'est ridicule, c'est ridicule, il faut que cela cesse". L'affirmation est inexacte: plusieurs autres pays, dont le Canada, pays frontalier des Etats-Unis, accordent Ă©galement la nationalitĂ© Ă  une personne nĂ©e sur son sol, mĂȘme si ses parents sont en situation irrĂ©guliĂšre.

"On m'avait toujours dit que vous aviez besoin d'un amendement constitutionnel. Vous savez quoi? Ce n'est pas le cas", avance le président américain au cours de l'entretien. "C'est en cours. Cela va se faire, avec un décret", ajoute-t-il, sans cependant donner la moindre indication de calendrier, ni de précisions sur l'état d'avancement de ce projet.

Pour Laurence Tribe, professeur de droit constitutionnel Ă  l'universitĂ© de Harvard, ce projet de dĂ©cret est tout simplement une aberration. "Si le droit du sol garanti par le 14Ăšme amendement pouvait ĂȘtre effacĂ© d'un trait de plume par Trump, alors la Constitution dans son ensemble pourrait ĂȘtre effacĂ©e de la mĂȘme maniĂšre", a-t-il tweetĂ©.

- Projet de loi ? -

A plusieurs reprises, des Ă©lus rĂ©publicains ont tentĂ©, sans succĂšs, de remettre en cause ce principe, et le dĂ©bat refait rĂ©guliĂšrement surface sur l'aile droite du "Grand Old Party". Le sĂ©nateur rĂ©publicain Lindsey Graham a saluĂ© mardi avec force l'annonce de Donald Trump. "Enfin, un prĂ©sident est prĂȘt Ă  s'attaquer Ă  cette politique absurde", jugeant qu'elle agissait comme un "aimant pour l'immigration illĂ©gale".

Soulignant que les Etats-Unis Ă©taient "l'un des deux pays dĂ©veloppĂ©s au monde" Ă  accorder la nationalitĂ© sur la base du lieu de naissance, il a annoncĂ© qu'il envisageait de prĂ©senter un projet de loi allant dans le mĂȘme sens que le dĂ©cret Ă©voquĂ© par le prĂ©sident.

Donald Trump, qui multiplie actuellement les déclarations sur le thÚme de l'immigration, a affirmé lundi soir sur Fox News vouloir construire "des villes de tentes" à la frontiÚre avec le Mexique. Les migrants "devront attendre, et s'ils n'obtiennent pas l'asile, ils s'en vont", a-t-il lancé.

L'ACLU, puissante organisation de défense des libertés civiques, a par ailleurs dénoncé l'envoi de troupes à la frontiÚre, dénonçant la volonté de M. Trump de "forcer l'armée à promouvoir son programme anti-immigration et de division".

Les Américains sont appelés aux urnes dans une semaine pour la premiÚre fois depuis l'élection de Donald Trump à la Maison Blanche le 6 novembre 2016. En jeu: tous les siÚges de la Chambre des représentants, un tiers de ceux du Sénat, ainsi que les postes de gouverneurs dans une trentaine d'Etats. Les républicains, aujourd'hui aux commandes du CongrÚs, jouent gros. Si un basculement du Sénat semble a priori peu probable, les sondages dessinent une victoire des démocrates à la Chambre des représentants.

AFP

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