Les espoirs nés à Vienne d'une sortie de conflit en Syrie ont été douchés par la remise en cause par Bachar al-Assad du calendrier pour des élections pluralistes et l'insistance de Barack Obama à réclamer son départ.
Prenant ses distances avec le compromis signĂ© samedi Ă Vienne par une vingtaine de pays, dont ses alliĂ©s russe et iranien, le chef de l?Ătat syrien a estimĂ© dans une interview Ă la tĂ©lĂ©vision italienne RaĂŻ qu'il ne pouvait y avoir de calendrier de transition prĂ©voyant des Ă©lections tant que des rĂ©gions Ă©taient contrĂŽlĂ©es par les rebelles.
"Ce calendrier pourra démarrer une fois qu'on aura commencé à vaincre le terrorisme. Vous ne pouvez rien obtenir politiquement tant que vous avez des terroristes qui s'emparent de nombreuses zones en Syrie", a-t-il dit.
Dans la phraséologie du régime syrien, le terme "terroriste" désigne tous les rebelles, modérés, islamistes ou jihadistes.
Une fois cette situation réglée, "un an et demi à deux ans suffisent pour une transition", selon M. Assad.
- Assad 'plus réaliste' -
Le calendrier de sortie de crise adopté à Vienne samedi prévoit lui une réunion entre le régime de M. Assad et des membres de l'opposition d'ici au 1er janvier 2016, la formation d'un gouvernement de transition dans les six mois, l'adoption d'une nouvelle constitution puis la tenue d'élections libres dans les dix-huit mois.
Pour le rĂ©dacteur en chef du quotidien syrien al-Watan, proche du pouvoir, "le prĂ©sident syrien est beaucoup plus rĂ©aliste que la dĂ©claration de Vienne car, pour tout gouvernement, il est inenvisageable voire impossible d'organiser, mĂȘme du point de vue administratif, de quelconques Ă©lections tant que les terroristes contrĂŽlent des rĂ©gions entiĂšres".
"Peut-on imaginer des Ă©lections Ă Raqa ou Deir Ezzor (provinces tenues par le groupe jihadiste Ătat islamique)? Il faut d'abord terrasser ce flĂ©au et que l?Ătat soit de nouveau prĂ©sent dans tout le pays avant de commencer le compte Ă rebours pour des Ă©lections", a affirmĂ© Ă l'AFP Waddah Abed Rabbo.
Mais pour le régime de M. Assad, ceci vaut aussi pour les régions tenues par les rebelles dont certains sont considérés comme une opposition légitime par les Occidentaux.
- Positions inconciliables -
Autre obstacle de taille sur le chemin de la paix, les positions inconciliables des Ătats-Unis et de la Russie sur le sort du dirigeant syrien.
Le président Obama a estimé jeudi à Manille que la guerre ne pouvait se terminer sans le départ de M. Assad, écartant des suggestions de dirigeants du Proche-Orient et européens selon lesquelles le président syrien pourrait participer à de futures élections.
"Je n'imagine pas une situation dans laquelle nous pouvons mettre fin à la guerre civile en Syrie avec Assad qui resterait au pouvoir", a-t-il déclaré.
Il prenait ainsi le contre-pied du ministre russe des Affaires étrangÚres Sergueï Lavrov qui, quelques heures plus tÎt, avait jugé "inacceptable" d'exiger le départ de M. Assad comme "condition préalable à toute union contre le terrorisme".
Jeudi, le chef de la diplomatie russe est revenu Ă la charge en affirmant que son pays Ă©tait prĂȘt Ă coopĂ©rer avec la coalition menĂ©e par les Ătats-Unis contre l'EI Ă condition qu'elle respecte la souverainetĂ© des autoritĂ©s de Damas.
Sur le terrain, la capitale Damas a été visée par des tirs nourris d'obus de la part des rebelles qui ont fait 16 blessés, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).
Par ailleurs, l'annonce de nĂ©gociations sur une trĂȘve dans une rĂ©gion proche de Damas fief des rebelles, la Ghouta orientale, n'a pas empĂȘchĂ© les bombardements de l'artillerie et de l'aviation du rĂ©gime sur Douma qui ont fait au moins douze morts et 70 blessĂ©s, selon la mĂȘme source.
A Deraa (sud), des raids du régime contre un pressoir d'huile d'olive a fait au moins huit morts et 20 blessés dans la localité de Cheikh Meskin, selon l'OSDH.
Une source de sécurité syrienne a affirmé mercredi que la Russie "jouait un rÎle direct dans la prise de contact avec les partisans des groupes armés".
Il s'agit des premiÚres discussions visant à conclure un cessez-le-feu dans la Ghouta orientale, une région ravagée par de violents combats.
Par ailleurs à Raqa, fief de l'EI, des raids visant des camions-citernes, ont fait six morts et 20 blessés, dont des enfants, selon l'OSDH qui n'a pas été en mesure de déterminer la nationalité des avions.
La guerre en Syrie a débuté en 2011 aprÚs la violente répression par le régime de manifestations demandant davantage de démocratie. Elle a dégénéré en une guerre civile complexe et fait plus de 250.000 morts et des millions de déplacés.
Par Sandra LAFFONT - © 2015 AFP
0 Commentaires
