"Mise en extinction": l'exĂ©cutif semble en voie d'enterrer le service national universel (SNU), un projet cher Ă Emmanuel Macron qui a connu beaucoup de vicissitudes et pourrait ĂȘtre remplacĂ© par un service militaire "volontaire".
Au détour d'un communiqué publié vendredi, le Premier ministre Sébastien Lecornu, resté ministre démissionnaire des Armées, a annoncé la suppression de plusieurs structures, dont la délégation générale en charge du SNU le 1er janvier prochain, du fait de la "mise en extinction" du dispositif et de la "création prochaine du service militaire volontaire".
Sauf que la suppression du SNU en soi, un dispositif promis par le candidat Emmanuel Macron en 2017, n'a jamais été officiellement annoncée.
Le président de la République avait annoncé en mars "une grande refonte" du SNU et dit en juillet qu'il voulait "donner à la jeunesse un nouveau cadre pour servir, selon d'autres modalités, au sein de nos armées", promettant des annonces "à l'automne".
Un service militaire volontaire Ă©tait alors envisagĂ©, sans ĂȘtre actĂ©. La France a suspendu la conscription en 1997.
DestinĂ© aux jeunes ĂągĂ©s de 15 Ă 17 ans, le SNU comporte une "mission d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral" et un "sĂ©jour de cohĂ©sion" comprenant des activitĂ©s sportives, culturelles et intellectuelles, avec des journĂ©es qui dĂ©butent par la "levĂ©e des couleurs" (drapeau et hymne national) et le port de l'uniforme.
- "Parcours d'engagement" -
Depuis mars 2024, ce dispositif d'engagement citoyen est aussi intégré au temps scolaire, avec un stage de douze jours pour les élÚves en classe de seconde, volontaires.
La promesse initiale du candidat d'En Marche était d'instaurer un "service national" obligatoire d'une durée d'un mois pour les jeunes ùgés de 18 à 21 ans, encadré par les armées et la gendarmerie nationale.
Le SNU va dĂ©sormais ĂȘtre transformĂ© en "parcours d'engagement" pilotĂ© par la Direction de la jeunesse, de l'Ă©ducation populaire et de la vie associative (DJEPVA), qui dĂ©pend du ministĂšre des Sports, a prĂ©cisĂ© Ă l'AFP Matignon, sans plus de dĂ©tails.
Lancé en 2019, avec des crédits depuis rabotés, le SNU n'a jamais trouvé son rythme de croisiÚre.
"On a tous fait le constat que c'Ă©tait extrĂȘmement cher et Ă la fin on ne sait pas tellement Ă quoi ça a servi. Et ça ne rĂ©pond pas aux besoins du ministĂšre des ArmĂ©es en termes opĂ©rationnels", rĂ©sume une ministre.
La piste de sa généralisation pour la rentrée 2026, lancée par le Premier ministre Gabriel Attal (9 janvier - 5 septembre 2024) et qui s'était heurtée à de vives résistances, a été abandonnée.
L'objectif était d'attirer 66.000 volontaires en 2025 (aprÚs 80.000 en 2024), mais seuls 35.700 jeunes s'étaient inscrits à l'automne 2024. Et les crédits alloués par le gouvernement étaient passés à l'époque de 130 à 80 millions d'euros.
Depuis, la dissolution, l'absence de majoritĂ© Ă l'AssemblĂ©e nationale et les coups de rabots budgĂ©taires semblent avoir sonnĂ© le glas de cette "ambition" promise par le chef de l'Ătat.
- "Coût significatif" -
La Cour des comptes avait dressé en outre, il y a un an, un bilan sévÚre du SNU, critiquant des objectifs "incertains", un coût "largement sous-estimé", et des "difficultés de déploiement".
Dans un document annexe au rapport de la juridiction, le ministĂšre des ArmĂ©es lui-mĂȘme admettait "la nĂ©cessitĂ© de clarifier" les objectifs du SNU "et de crĂ©er les conditions d'un pilotage" qui soit "adaptĂ© Ă l'ambition gouvernementale retenue".
Mercredi, la commission des Affaires culturelles et de l'éducation de l'Assemblée nationale a examiné un rapport de deux députés de l'opposition (Idir Boumertit pour LFI et Maxime Michelet pour l'UDR) sur les "conditions d'accueil et d'encadrement" des séjours de cohésion du SNU, qui préconise la "suppression" du dispositif.
"Cinq annĂ©es aprĂšs une mise en place pour le moins chaotique, oĂč la communication ministĂ©rielle a primĂ© sur le fond, force est de constater que le SNU (...) demeure un dispositif expĂ©rimental, en Ă©volution constante, dont la gĂ©nĂ©ralisation reste un leurre", estiment les rapporteurs, qui pointent des objectifs "pas (...) atteints" et un "coĂ»t financier significatif".Â
AFP
