"Me Too" aura-t-il un impact durable sur les droits des femmes ? Cinq mois aprĂšs la naissance de ce mouvement quasi-planĂ©taire de dĂ©nonciation des violences sexistes et sexuelles, la journĂ©e du 8 mars prend cette annĂ©e un relief particulier, mĂȘme s'il persiste des "bulles de rĂ©gression".
Le mouvement né du scandale Weinstein aux Etats-Unis a coïncidé avec d'autres initiatives historiques.
Le 27 septembre 2017, l'Arabie saoudite, dernier pays au monde interdisant aux femmes de conduire, annonçait qu'elles pourraient prendre le volant à compter de juin, mesure qui devrait favoriser leur accÚs au marché du travail. Les femmes de ce royaume ont pu pour la premiÚre fois entrer dans des stades de football en janvier mais restent soumises à la tutelle d'un homme pour faire des études ou voyager.
En Iran, des femmes défient publiquement depuis décembre 2017 l'obligation de se voiler dans l'espace public, une remise en cause limitée mais inédite.
"Ce sont des tout petits pas dans des mondes oĂč la question des femmes est trĂšs contrĂŽlĂ©e", souligne Christine Mauget, chargĂ©e de l'international au Planning familial Ă Paris, Ă l'occasion de la 41e JournĂ©e internationale des droits des femmes.
L'ampleur du mouvement Me Too la rend optimiste sur une avancĂ©e des droits, mĂȘme s'il conviendra de rester vigilant concernant leur application. "Le chemin est engagĂ©" mais "il y aura des retours, des bulles de rĂ©gression", anticipe-t-elle.
Exemple, le droit Ă l'avortement et Ă la contraception.
Le Conseil de l'Europe signalait en décembre des "restrictions rétrogrades" en matiÚre d'accÚs à la contraception et à l'avortement dans plusieurs pays d'Europe, épinglant l'Arménie, la Géorgie, la Macédoine, la Russie ou la Slovaquie.
Parmi les "poches de rĂ©sistance" figure la Pologne qui envisage de durcir sa lĂ©gislation sur l'avortement, dĂ©jĂ trĂšs restrictive. Sous l'impulsion des ultraconservateurs, l'IVG pourrait ne plus ĂȘtre autorisĂ©e en cas de malformation du f?tus.
"MĂȘme dans les pays oĂč la loi est moins restrictive, les femmes doivent parfois faire face Ă des obstacles importants", a relevĂ© Nils Mui?nieks, commissaire aux droits de l'Homme, dans ce rapport.
En Italie, sept professionnels de santé sur dix refusent d'autoriser un avortement, invoquant une clause de conscience. En Turquie, une femme mariée doit obtenir le consentement de son époux pour avorter.
En Irlande, un rĂ©fĂ©rendum est prĂ©vu fin mai pour dĂ©cider si l'avortement doit ĂȘtre libĂ©ralisĂ© alors qu'il n'est actuellement autorisĂ© que si la poursuite de la grossesse fait courir Ă la femme un "risque rĂ©el et substantiel" pour sa vie.
- Dépendance économique -
C'est en Amérique centrale que les lois anti-avortement sont le plus strictes, comme l'a illustré récemment la libération d'une Salvadorienne emprisonnée 11 ans pour une fausse couche qualifiée d'"homicide aggravé" par la justice.
Parmi les "noirceurs" du tableau, figurent aussi "des femmes contraintes de migrer pour des raisons Ă©conomiques, de guerre ou climatiques, et qui se retrouvent dans des camps oĂč elles ne sont pas respectĂ©es, sur des parcours oĂč elles sont violĂ©es", souligne Mme Mauget.
"On parle trÚs peu du travail à faire en amont, sur les stéréotypes et sur l'éducation à la sexualité", regrette par ailleurs Véronique Séhier, co-présidente du Planning familial.
La philosophe et historienne de la pensée féministe GeneviÚve Fraisse a vu récemment dans l'affaire Weinstein et ses retombées un "catalyseur" qui "repose la question de l'égalité professionnelle et économique. Car c'est dans une situation de dépendance économique que les femmes sont victimes de violences".
Or, on en est loin. Selon le World économique forum, au rythme actuel, l'égalité professionnelle entre hommes et femmes ne sera pas atteinte avant 2234.
Chaque annĂ©e, une journĂ©e de l'EgalitĂ© salariale, baptisĂ©e "Equal Pay Day", symbolise les diffĂ©rences de salaires. Elle est fixĂ©e le jour oĂč les femmes atteignent la rĂ©munĂ©ration moyenne perçue par les hommes au cours de l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, explique Valentine Viard de l'association Business and Professional Women (BPW).
L'Espagne est en 2018 la meilleure élÚve européenne avec un "Equal pay day" le 22 février. En France, il aura lieu le 26 mars, aux Etats-Unis le 10 avril.
Pour pointer ces inégalités, les femmes sont appelées dans certains pays à cesser le travail à 15H40 le 8 mars.
2018 AFP



