Syrie

Escalade militaire Ă  Idleb, l'ultime grand bastion jihadiste

  • PubliĂ© le 7 mai 2019 Ă  15:54
  • ActualisĂ© le 7 mai 2019 Ă  16:29
Un enfant au milieu des ruines d'un bùtiment dans le village de Rabaa Jour, situé dans l'ultime bastion jihadiste du nord-ouest de la Syrie, le 6 mai 2019

Raids aériens et tirs d'artillerie du régime et de son allié russe ont visé mardi l'ultime bastion jihadiste de Syrie, au lendemain de combats intenses, une escalade qui fragilise l'accord de cessez-le-feu et pousse les civils à quitter leurs foyers.

Au moins 53 combattants ont Ă©tĂ© tuĂ©s depuis lundi dans des affrontements entre les troupes loyalistes et les jihadistes menĂ©s par Hayat Tahrir al-Cham (HTS), organisation formĂ©e par l'ex-branche d'Al-QaĂŻda qui domine Idleb mais aussi des territoires des rĂ©gions attenantes, notamment Hama. Ces violences sont parmi les plus meurtriĂšres depuis que Moscou, alliĂ© du rĂ©gime, et Ankara, parrain de certains groupes rebelles, ont dĂ©voilĂ© en septembre 2018 un accord sur une "zone dĂ©militarisĂ©e", qui devait sĂ©parer les territoires insurgĂ©s des zones gouvernementales et garantir un arrĂȘt des hostilitĂ©s.

Cette initiative a permis d'Ă©viter une offensive d'envergure du rĂ©gime. Mais, depuis fĂ©vrier, le pouvoir de Damas poursuit le pilonnage de la rĂ©gion. Et les bombardements de ces derniers jours, menĂ©s aussi par l'aviation russe, ont gagnĂ© en intensitĂ©. Mardi, des dizaines de vĂ©hicules et de camionnettes, transportant femmes et enfants coincĂ©s entre les matelas et les piles d'effets personnels emportĂ©s Ă  la hĂąte, ont encore fui le sud d'Idleb en direction de secteurs plus au nord, relativement Ă©pargnĂ©s, selon un correspondant de l'AFP. Certains partent sur leurs tracteurs, emportant avec eux leur bĂ©tail, d'aprĂšs la mĂȘme source.

- "La plus terrifiante" -

Fuyant un village du sud de la province d'Idleb avec sa femme et leurs trois enfants, c'est la troisiÚme fois qu'Abou Ahmed se retrouve déplacé par le conflit.
"Cette fois-ci, c'Ă©tait la plus terrifiante. Les avions n'ont pas arrĂȘtĂ©, ni les obus", dit le quadragĂ©naire, rencontrĂ© en chemin. "On a encore une longue route, on ne sait pas oĂč on va, mais en veut en finir avec les bombardements", ajoute-t-il.

Avec la recrudescence des hostilités, plus de 150.000 personnes ont été déplacées depuis février dans la région, selon les Nations unies. Lundi, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a exhorté les belligérants à protéger les civils, réclamant une "désescalade urgente". Lundi, neuf civils ont été tués dans des raids russes ou des bombardements du régime, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), précisant que le pilonnage se poursuivait mardi.

Des unités de l'armée ont tiré des roquettes sur les "terroristes" dans le nord-ouest de la province de Hama, en réaction à des "attaques", a indiqué de son cÎté l'agence officielle Sana. Dans ce secteur, les combats ont fait rage toute la nuit, jusqu'à ce que les forces du régime prennent mardi le contrÎle d'une colline, selon l'OSDH.

Au moins 29 jihadistes ont Ă©tĂ© tuĂ©s, dont des membres de HTS et du Parti islamique du Turkestan, de mĂȘme que 24 combattants prorĂ©gime, d'aprĂšs un nouveau bilan fourni par l'Observatoire. Depuis le 28 avril, au moins sept hĂŽpitaux ou centres mĂ©dicaux ont Ă©tĂ© touchĂ©s par des bombardements, certains se retrouvant hors-service, a dĂ©plorĂ© l'ONU. Neuf Ă©coles ont aussi Ă©tĂ© touchĂ©es, selon la mĂȘme source.

- "Offensive limitée" -

Dominé par HTS, Idleb est le dernier grand bastion jihadiste à échapper au pouvoir de Bachar al-Assad, aprÚs plus de huit ans d'un conflit dévastateur.
L'écrasante majorité des quelque trois millions d'habitants vit grùce à l'aide humanitaire. La moitié sont des déplacés, arrivés à Idleb aprÚs avoir fui d'autres bastions rebelles reconquis par le régime.

Le pouvoir syrien, appuyés par ses alliés indéfectibles, Moscou et Téhéran, a multiplié ces derniÚres années les victoires face aux insurgés, jusqu'à asseoir son contrÎle sur prÚs des deux-tiers du pays. A maintes reprises, le régime a martelé sa détermination à reconquérir toute la Syrie, déchirée depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 370.000 morts et laissé des villes et des régions entiÚre en ruines.

Aron Lund, expert du think-tank The Century Foundation, n'exclut pas "une offensive limitée à Idleb, grignotant certains secteurs", dans l'objectif "d'affaiblir HTS" ou d'obtenir "des concessions spécifiques". Un scénario d'autant plus plausible que deux autoroutes passant par Idleb --qui devaient relier les territoires aux mains du régime à Alep (nord), Hama (centre) et Lattaquié (nord-ouest)-- n'ont pu rouvrir jusque-là au trafic.

L'expert sur la Syrie, Fabrice Balanche, envisage lui aussi une offensive. "La partie nord (d'Idleb) restera encore pour quelque temps un fief de HTS adossé à la frontiÚre turque" mais "l'armée syrienne aura plus de facilité à reprendre le sud", dit-il. Et parvenir à rétablir la circulation sur les deux autoroutes permettra de redonner une bouffée d'oxygÚne à Alep et réduire les coûts de transports vers la métropole, relÚve M. Balanche. "Alep demeure isolée car privée de la plus grande partie de son arriÚre-pays et mal reliée au reste de la Syrie", ajoute-t-il.

AFP

guest
0 Commentaires