Le Conseil de sécurité est appelé à voter jeudi sur deux projets de résolution concurrents sur le Venezuela, l'un porté par les Etats-Unis, l'autre par la Russie, mais tous deux sont voués à l'échec, selon des diplomates.
Les deux textes doivent ĂȘtre soumis aux votes aux alentours de 09h30 locales (15h30 GMT). Le texte amĂ©ricain appelle Ă des Ă©lections prĂ©sidentielles "libres, justes et crĂ©dibles" et Ă des "livraisons d'aide humanitaire sans entraves" au Venezuela. Lors du scrutin, il devrait s'attirer un veto de la Russie (voire de la Chine) qui a Ă©galement appelĂ© Ă un vote dans la foulĂ©e sur un texte de rĂ©solution concurrent, rejetant les menaces de recourir Ă la force et soulignant la premiĂšre responsabilitĂ© du gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien pour toute aide internationale apportĂ©e au pays.
A la différence du premier texte proposé début février par les Etats-Unis, le projet amendé soumis aux 15 membres du Conseil n'apporte plus "un plein soutien" à l'Assemblée nationale dirigée par l'opposant Juan Guaido mais se borne "à noter l'autorité constitutionnelle" de cette enceinte. Le nouveau texte "encourage les initiatives pacifiques, inclusives et crédibles" pour mettre un terme à la crise prolongée que connaßt le pays, une mention qui ne figurait pas dans le précédent projet.
Comme ce dernier, le texte appelle Ă un processus Ă©lectoral "sous supervision internationale, en conformitĂ© avec la Constitution du Venezuela", et demande au secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU d'utiliser "ses bons offices" dans cette perspective. La Russie et la Chine dĂ©noncent depuis le dĂ©but de la crise l'ingĂ©rence occidentale dans des affaires "internes" au Venezuela oĂč sĂ©vit une grave crise Ă©conomique. Elle juge que la volontĂ© amĂ©ricaine d'y acheminer de l'aide humanitaire n'est qu'un prĂ©lude Ă un renversement du prĂ©sident Nicolas Maduro.
- "Ăa ne sert Ă rien" -
Le projet de texte russe, qui était lui aussi sur la table du Conseil depuis début février, comprend deux nouveaux paragraphes, insistant sur "la nécessité d'un plein respect des principes d'humanité, de neutralité, d'impartialité et d'indépendance dans la fourniture d'une aide internationale". Moscou estime depuis plusieurs semaines que l'aide américaine n'a d'autre objectif que de renverser Nicolas Maduro.
Le projet russe affirme aussi que "le gouvernement vĂ©nĂ©zuĂ©lien a un rĂŽle principal pour l'Ă©mergence, l'organisation, la coordination et la concrĂ©tisation des efforts et initiatives relatifs Ă l'aide internationale sur son territoire national". Selon des diplomates, si le texte amĂ©ricain bĂ©nĂ©ficie de neuf voix favorables au Conseil de sĂ©curitĂ© - le nombre requis pour une adoption sans utilisation d'un veto par un membre permanent -, il n'en est pas de mĂȘme pour la proposition russe.
Outre la Chine, Moscou ne pourrait bénéficier que du soutien de l'Afrique du Sud et de l'Indonésie. A contrario, le texte de Washington est appuyé par les cinq membres européens du Conseil, et probablement du Koweit, du Pérou et de la République dominicaine. Certains diplomates tablent sur une abstention des Africains (CÎte d'Ivoire, Guinée équatoriale, voire Afrique du Sud, en application d'une consigne de l'Union africaine) et de l'Indonésie.
Avec un ou deux vetos d'un cĂŽtĂ© et un nombre de voix insuffisant de l'autre, les deux initiatives, amĂ©ricaine et russe, sont vouĂ©es Ă l'Ă©chec et Ă l'ONU de nombreux diplomates ont du mal Ă expliquer l'intĂ©rĂȘt de ces dĂ©marches. "Ăa ne sert Ă rien" et ce sera match nul, conviennent certains d'entre eux.
Elles illustreront à nouveau au Conseil de sécurité la division internationale sur ce dossier. Juan Guaido, qui s'est autoproclamé président par intérim le 23 janvier, est soutenu par une cinquantaine de pays dont les Etats-Unis, le Brésil ou la Colombie et une majorité des membres de l'Union européenne. Nicolas Maduro, qui a succédé en 2013 au défunt président Hugo Chavez et entamé un deuxiÚme mandat le 10 janvier, est appuyé de son cÎté par un nombre équivalent de pays, incluant la Russie, la Chine, l'Iran, la Corée du Nord, la Syrie ou Cuba.
AFP



