Coronavirus

Eviter la psychose, mais aussi la banalisation

  • PubliĂ© le 13 mars 2020 Ă  17:52
  • ActualisĂ© le 13 mars 2020 Ă  18:17
Ecran d'information Ă  Saint-Herblain le 13 mars 2020

Ne pas paniquer, mais ne pas non plus sous-estimer: dans l'énorme majorité des cas, la maladie provoquée par le coronavirus est bénigne, mais elle peut aussi faire de gros dégùts, surtout chez les plus fragiles, et finir par saturer les hÎpitaux, ce qui aurait des conséquences dramatiques.

- Qui est le plus Ă  risque? -

La mortalité augmente nettement avec l'ùge: c'est ce que montre une vaste analyse publiée le 24 février par des chercheurs chinois dans la revue médicale américaine Jama. Sur prÚs de 45.000 cas confirmés, le taux moyen de mortalité est de 2,3%. Mais aucun décÚs n'est à déplorer parmi les enfants de moins de 10 ans. Jusqu'à 39 ans, le taux de mortalité reste trÚs bas, à 0,2%, puis passe à 0,4% chez les quadragénaires, 1,3% chez les 50-59 ans, 3,6% chez les 60-69 ans et 8% chez les 70-79 ans. Les personnes ùgées de plus de 80 ans sont les plus à risque avec un taux de mortalité de 14,8%.

Autre facteur de risque: le fait d'avoir une maladie chronique (insuffisance respiratoire, pathologie cardiaque, antécédent d'AVC, cancer...). Une autre étude chinoise parue lundi dans la revue The Lancet (qui porte toutefois sur un nombre limité de patients, 191), s'intéresse aux facteurs associés à un risque de mortalité. "Un ùge avancé, le fait de présenter des signes de sepsis (ou septicémie, une infection trÚs grave avec défaillance d'organes, ndlr) lors de l'admission à l'hÎpital et des maladies sous-jacentes comme l'hypertension et le diabÚte" étaient "d'importants facteurs associés aux décÚs des patients", a souligné l'un des auteurs, le Dr Zhibo Liu.

Point important: le fait que toutes ces personnes soient plus à risque que les autres ne veut pas dire qu'une contamination au coronavirus leur serait forcément fatale. "Quand quelqu'un de 85 ans meurt du coronavirus, ce n'est pas le coronavirus qui le tue", mais plus souvent "les complications qui atteignent des organes qui n'étaient pas en bon état", dit à l'AFP Michel Cymes, médecin et animateur télé trÚs populaire en France.

De mĂȘme, les millions de personnes qui souffrent de maladies chroniques doivent ĂȘtre vigilantes mais ne pas paniquer pour autant. Pour le professeur français Jean-Christophe Lucet, le risque concerne avant tout les patients atteints de formes sĂ©vĂšres de ces maladies. "Il faut ĂȘtre extrĂȘmement clair" sur ce point, souligne-t-il Ă  l'AFP.

- A quel nombre de morts s'attendre? -

Selon l'étude du 24 février, la maladie est bénigne dans 80,9% des cas, "grave" dans 13,8% des cas et "critique" dans 4,7% des cas. Si on rapporte le nombre de morts dans le monde au nombre total de cas officiellement recensés, le Covid-19, maladie provoquée par le coronavirus, tue environ 3,5% des malades diagnostiqués, avec des disparités selon les pays.

A l'inverse, sur plus de 130.000 cas positifs recensĂ©s dans le monde depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie, dĂ©jĂ  plus de la moitiĂ© sont guĂ©ris, selon l'universitĂ© amĂ©ricaine Johns Hopkins, qui tient un dĂ©compte quotidien. Le supposĂ© taux de mortalitĂ© de la maladie doit ĂȘtre pris avec des pincettes car on ignore combien de personnes ont rĂ©ellement Ă©tĂ© infectĂ©es. Dans la mesure oĂč de nombreux patients semblent dĂ©velopper peu, voire pas de symptĂŽmes, leur nombre est vraisemblablement supĂ©rieur aux cas dĂ©tectĂ©s, ce qui ferait donc baisser ce taux.

Si on prend en compte ces cas non-dĂ©tectĂ©s, "cela donne sans doute un taux de mortalitĂ© autour de 1%", a expliquĂ© l'AmĂ©ricain Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des maladies infectieuses, mercredi devant le CongrĂšs amĂ©ricain. Cela Ă©tant, la dangerositĂ© d'une maladie ne dĂ©pend pas seulement du taux de mortalitĂ© dans l'absolu mais aussi de sa facultĂ© Ă  se rĂ©pandre plus ou moins largement. MĂȘme si seul 1% des malades meurt, "ça peut faire des chiffres importants si 30% ou 60% d'une population sont infectĂ©s", souligne le Dr Simon Cauchemez, de l'Institut Pasteur Ă  Paris.

- Quelles différences avec la grippe? -

Malgré des symptÎmes proches, il est faux de penser que la maladie provoquée par le coronavirus n'est qu'une banale grippe. PremiÚrement, tout montre qu'elle est plus mortelle. "La grippe a une mortalité de 0,1%, et cette maladie est 10 fois plus mortelle", a prévenu Anthony Fauci. L'OMS estime que la grippe saisonniÚre fait chaque année entre 290.000 et 650.000 morts dans le monde.

De plus, les experts craignent que les formes graves de Covid-19 puissent toucher une partie plus large de la population que celles de la grippe. "Plus on est ùgé, plus on est fragile, plus on est exposé à des formes graves mais cela peut aussi arriver à des personnes relativement jeunes qui n'ont pas de pathologies chroniques", souligne le N.2 du ministÚre français de la Santé, le Pr JérÎme Salomon. Selon une étude chinoise - portant sur 1.099 patients - 41% des cas graves avaient entre 15 et 49 ans et 31% entre 50 et 64 ans (contre 0,6% pour les moins de 14 ans et 27% pour les plus de 65 ans).

Enfin, l'autre diffĂ©rence est qu'"on n'est pas protĂ©gĂ©" contre le Covid-19, ajoute le Pr Salomon: il n'y a "pas de vaccin, pas de traitement" et l'homme n'est pas naturellement immunisĂ© contre ce nouveau virus, que son organisme n'a jamais rencontrĂ© auparavant. MĂȘme si les virus de la grippe et du Covid-19 sont diffĂ©rents, on peut combattre leur propagation de la mĂȘme maniĂšre: Ă©viter de se serrer la main et de s'embrasser, se laver les mains frĂ©quemment, tousser ou Ă©ternuer dans son coude ou dans un mouchoir jetable, porter un masque si on est malade... C'est ce qu'on appelle les mesures-barriĂšres.

- Les hĂŽpitaux vont-ils ĂȘtre dĂ©bordĂ©s? -

C'est le principal danger de la pandémie en cours: une explosion brusque des cas qui conduirait à un afflux massif de patients dans des hÎpitaux inexorablement débordés. Cela compliquerait non seulement la prise en charge des malades atteints de formes graves du Covid-19, mais aussi de tous les autres. Et ce serait encore pire si les soignants venaient à manquer, en cas de contamination d'un grand nombre d'entre eux.

"A cause de ce double facteur - une surcharge de travail avec moins de personnel - les malades atteints de pathologies urgentes ne seraient plus soignés dans les temps et risqueraient de décéder", dit à l'AFP le médecin réanimateur belge Philippe Devos. Sur les réseaux sociaux, nombre de médecins du monde entier s'alarment du risque de saturation des hÎpitaux. Pour éviter le crash, ils appellent au civisme et insistent sur l'importance des mesures de lutte contre le coronavirus: éviter les rassemblements, s'isoler si on est malade, se laver les mains, tousser dans son coude...

Ces alertes sont résumées sur Twitter par le mot-clé #FlattenTheCurve ("aplatir la courbe"). Il signifie que chacun a son rÎle à jouer pour freiner l'épidémie en l'étalant dans le temps. Objectif: faire en sorte que le pic soit moins brusque (c'est la fameuse courbe à aplatir) et que le nombre de cas simultanés ne dépasse pas les capacités du systÚme hospitalier.

- Quid des animaux domestiques? -

Le cas d'un chien testé "faiblement positif" à Hong-Kong, alors que son maßtre était contaminé, a soulevé des questions sur les infections homme-animal.
Mais les scientifiques insistent sur le fait que ce cas est isolé et qu'on ne peut en tirer aucune conclusion. "A la lumiÚre des connaissances scientifiques disponibles, il n'existe aucune preuve que les animaux de compagnie et d'élevage jouent un rÎle dans la propagation du virus SARS-CoV-2", a estimé mercredi l'agence de sécurité sanitaire française Anses.

Selon ses experts, la détection du virus dans les cavités nasales et orales du chien de Hong-Kong n'est pas une preuve de l'infection de l'animal. Ils évoquent la possibilité d'une "contamination passive" (survie du virus sur une muqueuse sans qu'il s'y réplique), en appelant toutefois à réaliser des études complémentaires.

AFP

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