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Face au coronavirus, des Parisiens s'exilent Ă  la campagne

  • PubliĂ© le 16 mars 2020 Ă  20:25
Trains TGV en gare Montparnasse Ă  Paris, le 2 janvier 2020

Faire ses bagages en vitesse et "quitter Paris" pour "se mettre au vert": pour ceux qui le peuvent, ce choix s'impose comme une évidence face à l'épidémie de coronavirus et à la peur d'un éventuel confinement total imposé par le gouvernement.


AudioprothĂ©siste, HĂ©lĂšne (qui ne souhaite pas donner son patronyme, comme d'autres personnes interrogĂ©es par l'AFP), est en pleins prĂ©paratifs. La boutique oĂč elle travaille vient de fermer, comme tous les commerces non essentiels et les parcs de la ville, et son compagnon, employĂ© d'un ministĂšre, est lui en tĂ©lĂ©travail.
"Le confinement total semble irrémédiable", souffle la jeune femme de 28 ans.
Une telle mesure serait exceptionnelle en France en temps de paix. Alors pour elle, "rester dans 40m2 à deux à Paris, c'est pas possible. Si j'ai la possibilité de bouger, je le fais."
Le couple vient de louer une voiture, "pour éviter le train et ne pas prendre de risques".
Direction Montpellier, dans la maison parentale du jeune homme: 120m2, un jardin et une piscine, de quoi supporter la quarantaine, "avec un peu plus de confort".
D'autant que la question d'une mise en danger de leurs aßnés ne se pose plus: "on a passé le week-end ensemble car ils venaient sur Paris pour un déménagement, donc on est déjà tous à risques les uns pour les autres", résume HélÚne, qui prévoit un confinement strict une fois dans le sud.
Consultant informatique, Romain quitte Ă©galement Colombes en proche banlieue, pour s'installer en VendĂ©e avec sa compagne et son enfant de deux ans. L'appartement familial qu'on leur prĂȘte fera la mĂȘme taille, mais il aura "vue sur l'ocĂ©an".
"Tu peux descendre dix minutes sur la plage et remonter. Le confinement sera moins difficile Ă  vivre, surtout pour le petit", prĂ©voit ce trentenaire, qui ne se voyait tout simplement pas rester Ă  Paris. "Avec les transports et la concentration d'habitants au mĂštre carrĂ©, tu prends bien plus de risques, mĂȘme pour faire des courses."
- "AtmosphĂšre anxiogĂšne" -
LĂ©a BĂ©lorgey fuit elle aussi "l'atmosphĂšre particuliĂšrement anxiogĂšne" engendrĂ©e par l'Ă©pidĂ©mie, pour "un cadre plus prĂȘt de la nature".
Dans son loft de 120m2 à Ivry-sur-Seine, elle ne manquait pas d'espace, mais pour affronter un éventuel confinement, elle se replie sur une habitation au Pays basque familial avec des amis.
Quitte à prendre le train et à multiplier les contacts. "Je ne suis pas rassurée, à la gare Montparnasse ce matin, il y avait beaucoup de monde, aucune distance de sécurité entre chaque personne", regrette l'attachée de presse de 32 ans, qui s'isolera de sa famille sur place.
Faute de rĂ©sidence secondaire, certains se rĂ©solvent Ă  louer. MĂšre de cinq enfants, Julie Lahaye-Dugauguez quitte Saint-MandĂ© avec son mari pour un gĂźte dans le Perche, sans voisins, en lisiĂšre d'une forĂȘt. Tarif: 500 euros la semaine pendant un mois.
"L'idée, c'était d'avoir un endroit sans contaminer le reste de la France", témoigne la quadragénaire. "Ce n'était pas prévu dans le budget, c'est un sacrifice financier, mais c'est pour notre bien et celui des enfants."
Dans l'imaginaire, "la ville reste le lieu des mauvaises odeurs, des maladies et des émeutes", observe le sociologue Jean Viard, pas étonné par cet exode précipité.
"C'est un vieux modÚle de protection de l'aristocratie", rappelle-t-il. "Historiquement, les bourgeoisies urbaines ont toujours eu une maison à une journée de cheval pour pouvoir mettre leur famille à l'abri en cas de peste ou de chaleur. (...) En 1939, nombre de bourgeois se sont achetés des demeures à la campagne, pour aller y passer la guerre en cas de victoire des nazis."
Ce vieux rĂ©flexe est renforcĂ© par le fait qu'il "faut se structurer psychologiquement: on risque d'ĂȘtre marquĂ©s par des morts, que ce soit de gens cĂ©lĂšbres, d'amis ou de parents. Donc les gens essaient de se construire un projet positif."
Le phénomÚne s'étend d'ailleurs probablement bien au-delà de Paris, remarque-t-il. "En Corse, j'ai de la famille qui est en train de monter ses enfants au village".

Par Romain FONSEGRIVES et Alexandre HIELARD - © 2020 AFP
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