Environnement

Face au manque d'eau, recycler davantage l'eau usée

  • PubliĂ© le 15 aoĂ»t 2021 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 15 aoĂ»t 2021 Ă  08:23
Dans une salle de l'usine de traitement des eaux usées Bedok NEWater à Singapour, le 27 juillet 2021

Oublier "l'effet beurk" et recycler davantage les eaux usées, traitées, pour affronter la pénurie: cela fera partie de la solution en de nombreux endroits du monde face aux crises de l'eau, souligne, en particulier, l'ONU. Quelques pays sont précurseurs de la "Réut". Windhoek, en Namibie, en tire son eau potable depuis les années 60. Singapour se veut leader sur le sujet. Ailleurs, c'est un usage dans l'irrigation en Méditerranée, au Texas, au Mexique...

Mais alors que la pression dĂ©mographique, environnementale, climatique monte sur la ressource, le recours Ă  cette voie promet de s'Ă©tendre. MĂȘme la France vient de se lancer, pour amener de l'eau potable Ă  la VendĂ©e d'ici 2024, premier projet du genre en Europe.

"La Réut fait partie de la solution: vous réutilisez, vous évitez de puiser à la source", dit à l'AFP Richard Connor, rédacteur en chef du rapport annuel sur l'eau publié par l'Unesco. "Cela va se développer parce que de nombreuses régions n'ont pas d'autre choix", dit-il. "Alors autant s'y mettre maintenant, car plus vous attendez, plus cela coûtera, si vous devez ensuite réformer les systÚmes de traitement".

Ses partisans mettent en avant une "ressource inexploitée", moins chÚre et énergivore que le dessalement d'eau de mer, l'autre grande solution "non conventionnelle". Les zones à grand risque hydrique sont connues: archipels, montagnes, tropiques, Grand Nord. Mais de plus en plus de mégapoles sont concernées, d'Asie, Afrique, Proche Orient...

Selon les projections climatiques, les précipitations devraient croßtre l'hiver au nord et diminuer en de nombreuses régions notamment l'été. Et partout, 1°C de plus, c'est 7% d'évaporation d'eau en plus. Déjà, c'est par l'eau que le changement se manifeste: sécheresses, inondations, fonte de glaciers, intrusion d'eau salée, élévation du niveau de la mer... En France le projet vendéen annoncé début juillet sera déployé en bord d'océan, dans une région trÚs dépendante des eaux de surface.

L'eau usĂ©e subira deux Ă©tapes de filtration, puis deux Ă©tapes de dĂ©sinfection, avant passage par une retenue."Il y a 15 ans, la RĂ©ut Ă©tait anecdotique, mais on a depuis pris conscience du stress hydrique qui menace la France: en deux ans, 90% des collectivitĂ©s ont Ă©tĂ© frappĂ©es par un arrĂȘtĂ© sĂ©cheresse" restreignant l'usage de l'eau, souligne Nicolas Garnier, de l'association des territoires Amorce.

"Tout le monde a compris qu'il faut économiser les prélÚvements sur les nappes", dit-il, déplorant cependant des lenteurs étatiques sur le passage à l'action.

- "Sujet émotionnel" -

Il ne s'agit pas forcément de viser la potabilité, estime l'ONU: un humain ne boit "que" 4 à 6 litres par jour (eau de cuisson incluse). Mais de recycler pour l'agriculture, qui absorbe deux tiers des prélÚvements d'eau douce, pour l'industrie, le lavage des rues, le refroidissement des centrales électriques...

Richard Connor y voit un autre avantage: un levier économique pour qu'enfin des régions se dotent de systÚmes d'assainissement, enjeu sanitaire et droit fondamental dont 55% de la population reste privée. Aujourd'hui, 80% de l'eau usée dans le monde est rejetée dans la nature sans aucun traitement, avec tous les pathogÚnes qu'elle charrie.

Traiter cette eau pour la réutiliser, et aussi récupérer les boues produites pour générer du biogaz et extraire les éléments fertilisants (azote, phosphore) seraient autant de moyens de rentabiliser les installations. "Traiter l'eau usée coûte cinq fois plus que traiter l'eau d'une riviÚre: il faut trouver le moyen de financer cela", dit l'expert. Selon l'ONU, ce phosphore pourrait combler 20 à 30% de la demande en fertilisants.

Reste un obstacle, psychologique. "L'usage de l'eau est un sujet émotionnel", dit Antoine Frérot, PDG du groupe de gestion de l'eau Veolia. "L'eau pure est symbole de pureté, l'eau sale symbole de mort. Il s'agit ici de remettre en cause des idées ancestrales, et il faut prendre son temps pour convaincre du fait que l'on peut réutiliser sans danger l'eau déjà utilisée une premiÚre fois".

Sur le plan sanitaire, "on sait faire", rassure Yves Levi, professeur de santĂ© publique. Mais "il faut y mettre les moyens", tempĂšre-t-il. Richard Connor suggĂšre de penser aux astronautes de l'ISS, qui depuis les dĂ©buts de la station boivent la mĂȘme eau, maintes fois recyclĂ©e. "Aucun n'a Ă©tĂ© malade", dit-il, convaincu que l'opinion saura Ă©voluer pour dĂ©passer ce "facteur beurk".

 AFP

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