Irak

Fallouja s'impatiente devant la lenteur de la reconstruction

  • PubliĂ© le 18 janvier 2017 Ă  16:50
Des enfants irakiens marchent dans un quartier en ruines à Fallouja, en Irak, le 29 décembre 2016

Six mois aprÚs la reprise de Fallouja au groupe Etat islamique (EI), des quartiers entiers de cette ville sunnite sont encore en ruines et le gouvernement irakien risque de s'aliéner ses habitants si la reconstruction ne s'accélÚre pas.

Le colonel Jamal al-Jumaïli, chef de la police locale, l'assure: "Fallouja est une ville sûre". "Il n'y a plus aucun membre de l'organisation terroriste Daech (acronyme en arabe de l'EI)" dans cette ville que les jihadistes ont occupé pendant plus de deux ans, dit-il.

Mais la "victoire" des forces irakiennes a eu un prix exorbitant. Nombre de maisons ont été soufflées par les combats et certains quartiers sont encore interdits aux civils par crainte d'objets piégés que les jihadistes pourraient avoir placés dans les maisons.

En décembre, l'ONG Norwegian Refugee Council estimait à "environ 10%" le nombre de maisons habitables dans cette ville située à une heure de route à l'ouest de Bagdad. "Rien ne va, il n'y a ni eau, ni électricité et nos maisons sont détruites", tonne Firas Mahmoud, un chÎmeur de 25 ans.

Moustapha "exige", lui, du gouvernement local qu'il rétablisse les services publics mais se plaint aussi de "l'absence d'emplois". "Les autorités doivent agir", s'insurge-t-il. Pour l'heure, la municipalité est sur la défensive et le maire Issa al-Sayer en appelle à l'aide de "la communauté internationale pour que les habitants de Fallouja puissent vivre dans la stabilité".

Car au plan national, "les finances (du gouvernement irakien) sont dĂ©jĂ  affectĂ©es par les faibles prix de l'Ă©nergie et les impĂ©ratifs onĂ©reux de la guerre" contre l'EI, note Omar Lamrani, analyste au centre de rĂ©flexion gĂ©ostratĂ©gique amĂ©ricain Stratfor. En outre, "la corruption et le clientĂ©lisme pĂšsent sur la rĂ©partition des fonds Ă  sa disposition, qui sont eux-mĂȘmes dĂ©jĂ  limitĂ©s", relĂšve-t-il.

Les attentes de plus en plus pressantes des habitants de Fallouja, qui ont toujours eu l'Ăąme rebelle, risquent d'alimenter leur sentiment d'ĂȘtre laissĂ©s pour compte par le gouvernement, dominĂ© par les chiites. Il y quelques annĂ©es, le mĂ©contentement de la population avait prĂ©parĂ© le terrain pour l'EI.

Ainsi Ă  l'hiver 2012-2013 des manifestations organisĂ©es dans la province Al-Anbar, oĂč se trouve Fallouja, avaient rĂ©uni des milliers de personnes outrĂ©es par la "stigmatisation" de la minoritĂ© sunnite opĂ©rĂ©e, selon elles, par le Premier ministre chiite d'alors, Nouri al-Maliki. Et en janvier 2014, Fallouja tombait aux mains de combattants antigouvernementaux pour devenir un bastion de l'EI.

- Preuves d'atrocités -

Dans le cadre de sa campagne pour reprendre Fallouja et les territoires conquis par les jihadistes, Bagdad s'appuie sur ses forces réguliÚres, mais aussi le Hachd al-Chaabi ("Mobilisation populaire"), un assemblage de groupes paramilitaires dominés par des milices chiites dont certaines sont soutenues par l'Iran chiite, honni par de nombreux Irakiens sunnites.

Aujourd'hui, le chef de la police assure que "seules l'armĂ©e et la police sont prĂ©sentes" dans la ville. Le Hachd al-Chaabi est, lui, positionnĂ© hors de la citĂ© mais le spectre des milices chiites fait craindre Ă  certains sunnites d'ĂȘtre la cible de violences confessionnelles.

D'autant que l'Ă©tĂ© dernier, le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l?homme, Zeid Raad Al-Hussein, avait assurĂ© qu'existaient des preuves que la milice chiite KetaĂ«b Hezbollah, qui a participĂ© Ă  la reconquĂȘte de Fallouja, avait commis des atrocitĂ©s.

Et, qu'ils soient sciemment provocateurs ou non, certains graffitis à la gloire des imams Ali et Hussein, révérés par les chiites, ornent désormais les murs de Fallouja comme autant de souvenirs laissés par les forces armées, dont les membres sont majoritairement chiites.

Or, estime Omar Lamrani de Stratfor, le gouvernement de Bagdad a tout intĂ©rĂȘt Ă  ne pas teinter la reconquĂȘte de son territoire d'une composante prochiite s'il entend "garder le contrĂŽle (des villes reprises Ă  l'EI) sur le long terme". Un avertissement qui vaut aussi pour Mossoul, la deuxiĂšme ville d'Irak que les forces armĂ©es, Ă©paulĂ©es par la coalition internationale, tentent de reprendre aux jihadistes depuis le mois d'octobre.

Laisser les milices chiites entrer dans Mossoul risquerait d'"enhardir les combattants de l'EI et de pousser la population locale (sunnite) à se rapprocher des extrémistes", explique M. Lamrani.

AFP

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