Etats-Unis

Feu rouge et textos : un mouvement syndical dĂ©nonce les tactiques d'intimidation d'Amazon

  • PubliĂ© le 28 mars 2021 Ă  22:59
  • ActualisĂ© le 29 mars 2021 Ă  04:58
Les syndicalistes Syrena et Steve saluent les employés d'Amazon à l'entrée de l'entrepÎt de Bessemer, dans l'Alabama, (Etats-Unis) le 27 mars 2021

"Prenez soin de nous quand vous serez là-dedans !", lance un employé d'Amazon à deux syndicalistes en gilet fluo, postés à l'entrée de l'entrepÎt de Bessemer, dans l'Alabama, théùtre d'une tentative majeure de syndicalisation que le géant du commerce en ligne combat farouchement.

Le soleil n'est pas encore levé, mais Steve et Syrena brandissent leurs pancartes à l'attention des ouvriers de la rotation de nuit qui quittent les lieux, et de ceux du jour qui prennent la relÚve en ce samedi brumeux.

"Merci pour votre courage!", peuvent-ils lire à la lumiÚre de leurs phares sur les panneaux estampillés RWDSU, le syndicat de la distribution qui représentera les 5800 salariés, s'ils votent en sa faveur.

Ce serait une premiĂšre aux Etats-Unis chez Amazon, qui emploie 800.000 personnes dans le pays, principalement sur des sites de tri et d'emballage comme celui-ci.

Des membres du syndicat se relaient depuis 5 mois à cette intersection entre une route nationale et des bùtiments industriels. DerriÚre eux, des banniÚres appelant à voter ont été déployées sur l'immense entrepÎt blanc et gris, à cÎté d'une lumineuse flÚche en forme de sourire, le logo du groupe.

Le pilier des volontaires, Steve, est venu quasiment tous les jours, 3 heures à l'aube et 3 heures en soirée, d'abord pour recueillir des signatures demandant un vote sur la syndicalisation, ensuite pour convaincre les employés de voter oui, et maintenant pour les remercier de leur mobilisation. "Il est trop modeste pour le dire, mais certains jours il récoltait jusqu'à 50 signatures à lui tout seul !", confie Syrena.

- Circulez, y'a rien Ă  voir -

Plus de 3.000 salariĂ©s ont signĂ© un accord de principe, mais la victoire est loin d'ĂȘtre assurĂ©e. Sans s'opposer officiellement aux syndicats, Amazon mĂšne campagne Ă  coup de rĂ©unions hebdomadaires, textos et affiches jusque dans les toilettes pour dissuader les employĂ©s.

Le syndicat soupçonne mĂȘme la firme d'avoir demandĂ© aux autoritĂ©s locales de raccourcir le feu rouge de l'intersection pour empĂȘcher ses membres de discuter trop longtemps avec les conducteurs.

"Du 20 octobre au 25 décembre, on était là 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Donc on s'est bien familiarisés avec le rythme de la circulation. Et un jour le feu rouge a changé. Il est devenu vert quasiment tout le temps", raconte Joshua Brewer, le président local du RWDSU.

Selon le média pro-syndicats More Perfect Union, le comté a confirmé avoir changé la durée du feu rouge sur demande d'Amazon, officiellement pour fluidifier la circulation.

Lafonda Townsend a voté oui à la syndicalisation, pour pouvoir négocier de meilleures conditions de travail, notamment en matiÚre de sécurité, de protection contre le Covid, et de cadences trop élevées.

Pendant des réunions "obligatoires, trois fois par semaine", "ils nous disaient: +vous n'avez pas besoin de représentants, vous pouvez vous adresser directement à nous, vous n'avez pas besoin de payer des cotisations qui vont s'élever à 500 dollars par an+", relate cette ouvriÚre afro-américaine à l'AFP.

- Du "jamais-vu" -

"On reçoit plein de textos d'Amazon qui nous disent de voter non", s'indigne Frances Wallace, une employée de 20 ans venue manifester dans un parc samedi avec une douzaine d'autres personnes. Elle montre l'un des messages: "J.C., 43 ans, a été embauché en avril. Il adore travailler chez Amazon. Son assurance santé lui permet d'économiser 800 dollars par mois et l'a aidé à payer pour l'appareil dentaire de ses deux fils".

La méfiance rÚgne à Bessemer aprÚs des mois de campagne pour et contre, de fausses rumeurs et de tensions, sous les projecteurs des médias qui ont suivi de prÚs le mouvement potentiellement historique. Les efforts précédents de syndicalisation chez Amazon ont échoué aux Etats-Unis.

"Ils ont pilonnĂ© les travailleurs jour aprĂšs jour, en leur disant qu'avec un syndicat ils devraient faire grĂšve, et qu'ils ne pourraient alors plus payer leurs factures", dĂ©plore Joshua Brewer. "Certains employĂ©s ont peur de perdre leur boulot mĂȘme si ce n'est pas vrai".

"Engager des entreprises de consultants spĂ©cialisĂ©s dans la lutte contre la syndicalisation, c'est assez typique, mais on n'a jamais vu ce niveau de sophistication et de peur, de choses qu'ils sont prĂȘts Ă  faire pour Ă©touffer la parole", ajoute-t-il.

Interrogée par l'AFP au début du vote en février, Amazon avait rappelé les créations d'emploi (5.000), le niveau de revenus (15 dollars par heure, plus du double du salaire minimum en Alabama) et les avantages sociaux.

"Plus de 90% de nos collaborateurs à Bessemer disent qu'ils recommanderaient Amazon comme lieu de travail à leurs amis", avait assuré la porte-parole Heather Knox.

AFP

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