Economie

FMI: la pandémie continue d'entraver la croissance mondiale

  • PubliĂ© le 12 octobre 2021 Ă  17:21
  • ActualisĂ© le 12 octobre 2021 Ă  18:37
Gita Gopinath, l'économiste en chef du Fonds monétaire international, le 13 octobre 2020 à Washington

"La pandĂ©mie n'est terminĂ©e nulle part tant qu'elle n'est pas achevĂ©e partout. " L'Ă©conomiste en chef du Fonds monĂ©taire international Gita Gopinath a prĂ©venu mardi: la vaccination inĂ©gale dans le monde continue d'ĂȘtre un frein Ă  la reprise complĂšte de l'Ă©conomie mondiale.

Le FMI table désormais sur une hausse du PIB mondial de 5,9% cette année contre 6% en juillet. La révision à la baisse est "marginale", note Mme Gopinath. "Elle masque cependant d'importantes révisions pour certains pays" et "les perspectives pour les pays à faibles revenus se sont considérablement assombries", ajoute-t-elle.

Environ 58% de la population des économies avancées ont été entiÚrement vaccinés, contre 36% dans les économies émergentes et moins de 5% dans les pays pauvres, souligne l'institution de Washington qui publie ses prévisions à l'occasion de ses réunions d'automne.

Autre difficulté, les goulets d'étranglement logistiques qui ont désynchronisé les chaßnes d'approvisionnement mondiales, entraßnant des blocages dans les ports, des pénuries pour toute une gamme de matériaux, en particulier les semi-conducteurs, et une hausse des coûts d'exportation.

Aux Etats-Unis notamment, les industriels peinent ainsi à augmenter leur cadence de production. Résultat, le FMI a abaissé la prévision de croissance 2021 de la premiÚre économie du monde à 6%, contre 7% en juillet. Mais elle l'a révisé en hausse pour 2022, à 5,2%, en prenant en compte les projets de dépenses pharaoniques prévues par l'administration Biden, de plusieurs milliers de milliards de dollars.

A l'inverse, le Fonds a révisé en hausse sa prévision de croissance 2021 pour la zone euro (+0,4 point à 5%). Mais là encore, les disparités sont grandes avec une hausse de son estimation de croissance pour la France qui a accéléré la vaccination de sa population (+0,5 point à 6,3%) et une baisse pour celle de l'Allemagne qui pùtit de la pénurie des semi-conducteurs (-0,5 point à 3,1%).

La Chine, deuxiĂšme puissance Ă©conomique du monde d'oĂč est partie la pandĂ©mie fin 2019, va continuer de tirer la croissance mondiale (+8%, soit -0,1 point) aux cĂŽtĂ©s des Etats-Unis et l'Inde (+9,5%, inchangĂ©e).

Pour la région Amérique Latine et Caraïbes qui a été durement touchée par la pandémie, les prévisions s'améliorent (+0,5 point à 6,3%) aprÚs une sévÚre récession (-7% contre -3,1% à l'échelle mondiale) enregistrée en 2020. Pour 2022, le FMI table sur une croissance mondiale inchangée à 4,9%.

Toutes ces prévisions restent cependant trÚs incertaines, reconnaßt Gita Gopinath, rappelant que celles-ci reposent notamment sur un objectif de vaccination de 40% de la population mondiale d'ici la fin de cette année et de 70% d'ici la mi-2022.

- "Divergence dangereuse" -

"Si l'impact du Covid devait se prolonger Ă  moyen terme, le PIB mondial pourrait ĂȘtre rĂ©duit de 5.300 milliards de dollars au total au cours des cinq prochaines annĂ©es comparĂ© aux prĂ©visions actuelles" de l'institution, a-t-elle expliquĂ©.

Pour l'économiste en chef, la préoccupation la plus grande est "la dangereuse divergence" des perspectives économiques entre les pays. Le PIB des économies avancées devrait ainsi retrouver sa trajectoire d'avant la pandémie en 2022 et la dépasser de 0,9% en 2024.

En revanche, celui des marchés émergents et des économies en développement (hors Chine) devrait rester 5,5% en dessous des prévisions pré-pandémiques en 2024.

Ceci entraĂźnera "un recul important de l'amĂ©lioration du niveau de vie" de ces populations. Par ailleurs, "les prix alimentaires ont le plus augmentĂ© dans les pays Ă  faible revenu oĂč l'insĂ©curitĂ© alimentaire est la plus aiguĂ«, alourdissant le fardeau des mĂ©nages les plus pauvres et augmentant le risque de troubles sociaux", souligne Gita Gopinath.

Le FMI estime néanmoins que l'inflation va retrouver ses niveaux d'avant pandémie d'ici le milieu de l'année prochaine, à la fois dans les économies avancées et émergentes.

Pour l'institution, la prioritĂ© absolue reste le contrĂŽle de la pandĂ©mie. "La communautĂ© mondiale doit redoubler d'efforts pour garantir l'accĂšs aux vaccins pour chaque pays, surmonter l'hĂ©sitation vaccinale lĂ  oĂč il y a l'approvisionnement nĂ©cessaire", conclut Gita Gopinath.

AFP

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