Toujours sous la menace d'une offensive sur Rafah

Fragile espoir d'accord de trĂȘve dans la bande de Gaza

  • PubliĂ© le 14 fĂ©vrier 2024 Ă  09:24
  • ActualisĂ© le 14 fĂ©vrier 2024 Ă  10:25
Des Palestiniens grimpés sur un camion fuient Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, en direction du centre du territoire, le 13 février 2024

Un fragile espoir de trĂȘve entre IsraĂ«l et le Hamas subsiste mercredi dans la bande de Gaza, toujours sous la menace d'une offensive sur Rafah, dernier refuge pour prĂšs d'un million et demi de Palestiniens.

L'Egypte, mĂ©diateur traditionnel dans le conflit israĂ©lo-palestinien, en particulier Ă  Gaza, a accueilli mardi les directeurs du renseignement amĂ©ricain et israĂ©lien ainsi que le chef du gouvernement qatari pour des pourparlers sur une trĂȘve incluant une nouvelle libĂ©ration d'otages. La dĂ©lĂ©gation israĂ©lienne est ensuite repartie du Caire, ont rapportĂ© mercredi des mĂ©dias israĂ©liens.

Les discussions entre le directeur de la CIA, William Burns, le chef du Mossad, David Barnea, le Premier ministre du Qatar, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, et des responsables Ă©gyptiens, ont Ă©tĂ© "positives, a annoncĂ© la tĂ©lĂ©vision AlQahera News, proche du renseignement Ă©gyptien. Elles se poursuivront durant "les trois prochains jours", a indiquĂ© la mĂȘme source.

Un responsable du bureau politique du Hamas, Khalil al-Hayya, va conduire une délégation au Caire pour y rencontrer les chefs des services de renseignements égyptien et qatari, probablement mercredi, a indiqué à l'AFP une source au sein du mouvement islamiste, au pouvoir à Gaza depuis 2007.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, un des dirigeants les plus critiques de l'opération israélienne, sera également reçu mercredi au Caire par son homologue égyptien Abdel Fattah al-Sissi, sa premiÚre visite en Egypte aprÚs une décennie de brouille.

"Nous travaillons intensément avec l'Egypte et le Qatar à une proposition pour la libération des otages", a indiqué mardi soir à Washington le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken.

Selon IsraĂ«l, 130 otages se trouvent encore dans la bande de Gaza, dont 29 seraient morts, sur environ 250 personnes enlevĂ©es le 7 octobre. Une trĂȘve d'une semaine en novembre avait permis la libĂ©ration de 105 otages et de 240 Palestiniens dĂ©tenus par IsraĂ«l.

- Déplacés du nord au sud -

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a récemment ordonné à l'armée israélienne de préparer une offensive sur Rafah, qui est selon lui le "dernier bastion" du Hamas.

Environ 1,4 million de Palestiniens, selon l'ONU, soit plus de la moitié de la population de Gaza, sont massés dans cette ville, piégés à la frontiÚre fermée avec l'Egypte, la plupart ayant fui la guerre qui fait rage depuis quatre mois dans le territoire assiégé par Israël.

"S'ils me demandent de retourner dans la ville de Gaza, je ne le ferai que si c'est sûr", a témoigné à Rafah une mÚre de famille, Ahlam Abou Assi, déplacée avec les siens toujours plus vers le sud du territoire palestinien. "Sinon, je préférerai mourir ici. Ils meurent déjà de faim là-bas", a-t-elle ajouté en pleurant.

"Les opérations militaires à Rafah pourraient conduire à un massacre à Gaza", a averti mardi le chef des Affaires humanitaires de l'ONU, Martin Griffiths, appelant Israël à ne pas "continuer à ignorer" les appels de la communauté internationale.

Le ministÚre de la Santé du gouvernement du Hamas a fait état mercredi d'un bilan de 104 morts, en majorité des femmes et des enfants, au cours de la nuit dans des attaques israéliennes.

La guerre a été déclenchée le 7 octobre par une attaque sans précédent de commandos du Hamas infiltrés de la bande de Gaza dans le sud d'Israël, qui a entraßné la mort de plus de 1.160 personnes, en majorité des civils tués ce jour-là, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

Le gouvernement israĂ©lien a jurĂ© de "dĂ©truire" en reprĂ©sailles le mouvement islamiste, qu'il considĂšre comme une organisation "terroriste", de mĂȘme que les Etats-Unis et l'Union europĂ©enne.

L'offensive israélienne a fait 28.473 morts à Gaza, en grande majorité des civils, selon le dernier bilan du ministÚre de la Santé du gouvernement du Hamas.

- "Mort ou vivant" -

L'armée israélienne a diffusé mardi une vidéo montrant selon elle le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinouar, dans un tunnel le 10 octobre, trois jours aprÚs le début de la guerre.

La "traque" du cerveau prĂ©sumĂ© de l'attaque du 7 octobre "ne s'arrĂȘtera que lorsque nous l'aurons capturĂ© mort ou vivant", a affirmĂ© le porte-parole de l'armĂ©e israĂ©lienne, Daniel Hagari, soulignant de facto qu'il avait rĂ©ussi Ă  y Ă©chapper depuis quatre mois.

Malgré les nombreuses mises en garde internationales, Benjamin Netanyahu s'est dit déterminé à poursuivre "la pression militaire jusqu'à la victoire complÚte" sur le Hamas, et la libération des otages. Il a néanmoins assuré dimanche qu'Israël ouvrirait à la population "un passage sécurisé" pour quitter Rafah, sans préciser vers quelle destination.

Les Etats-Unis, principal allié d'Israël, s'opposent à une offensive sans garanties pour la sécurité des civils. Le président Joe Biden a réclamé à Israël un plan "crédible" pour épargner la population.

La Chine a aussi exhortĂ© mardi IsraĂ«l Ă  arrĂȘter "au plus vite" son opĂ©ration militaire Ă  Rafah.

L'Allemagne a appelĂ© IsraĂ«l Ă  garantir des passages sĂ»rs pour la protection des civils Ă  Rafah, oĂč deux journalistes d'Al Jazeera ont Ă©tĂ© griĂšvement blessĂ©s dans une frappe israĂ©lienne, selon la chaĂźne qatarie.

Il a expliquĂ© ce dĂ©placement dans ce pays, ainsi que prĂ©cĂ©demment aux Emirats arabes unis, par son souci d'"arrĂȘter le bain de sang" Ă  Gaza.

D'aprÚs le Wall Street Journal, Israël proposerait de créer 15 vastes camps de 25.000 tentes chacun dans le sud-ouest de la bande de Gaza, dans le cadre d'un plan d'évacuation.

Rafah, devenue un gigantesque campement, est le principal point d'entrée de l'aide humanitaire à Gaza, insuffisante pour répondre aux besoins de la population qui vit dans des "conditions proches de la famine", selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

AFP

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