Elle a prĂ©fĂ©rĂ© plaider coupable pour prĂ©cipiter l'Ă©pilogue d'une affaire qui, il y a prĂšs d'un an, avait dĂ©clenchĂ© une tempĂȘte mĂ©diatique: AgnĂšs Saal, ancienne patronne de l'INA, a rendez-vous avec la justice qui doit confirmer ses peines pour des frais de taxis indus.
Une premiÚre audience, prévue lundi matin au tribunal de grande instance de Créteil, concerne ses dépenses à l'Institut national de l'audiovisuel (INA).
Une seconde doit se tenir vendredi matin, Ă Paris, pour ses notes quand elle dirigeait le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou (CNAC).
Pour chacune d'elle, AgnÚs Saal, dont la présence est obligatoire, sera jugée pour "détournement de fonds publics par personne chargée d'une mission de service public", un délit puni jusqu'à dix ans de prison.
En faisant le choix d'une "comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité" (CRPC), plus connue sous l'appellation anglo-saxonne du "plaider coupable", Mme Saal s'épargne un vrai procÚs.
Quelques minutes devant le juge devraient suffire pour homologuer les peines qui lui ont été proposées par des représentants des parquets de Créteil et de Paris et qu'elle a acceptées. La nature des peines n'a pas été précisée.
Me JérÎme Karsenti, l'avocat d'Anticor, l'association de lutte contre la corruption qui avait porté plainte contre Mme Saal, avait dénoncé auprÚs de l'AFP un traitement judiciaire "a minima" et "en catimini".
"Je regrette qu'on ait maintenu deux procédures. Cela fait trois sanctions avec la mesure disciplinaire", avait réagi de son cÎté l'un des avocats de la haut fonctionnaire, Me Eric Morain.
Début janvier, le président François Hollande l'avait exclue par décret pour deux ans de la fonction publique, dont six mois ferme.
Jusque lĂ , cette Ă©narque, rĂ©putĂ©e compĂ©tente et travailleuse, avait enchaĂźnĂ© les postes au Centre national du CinĂ©ma, Ă la BibliothĂšque nationale de France et au Centre Pompidou avant d'atterrir Ă la tĂȘte de l'INA en 2014.
- 'J'assume cette faute' -
Son parcours sans faute a été stoppé net en avril 2015 quand un "corbeau" divulgue au conseil d'administration de l'INA les dépenses de sa dirigeante: 40.000 euros de notes de taxis auprÚs de la compagnie G7 en moins de dix mois, dont 6.700 euros dépensés par son fils.
Les rĂ©vĂ©lations dĂ©clenchent une tempĂȘte mĂ©diatique et l'intĂ©ressĂ©e dĂ©missionne deux jours plus tard, Ă la demande de la ministre de la Culture d'alors, Fleur Pellerin.
Deux enquĂȘtes sont ouvertes aux parquets de CrĂ©teil et de Paris. AgnĂšs Saal a aussi laissĂ© une ardoise de 38.000 euros de notes de taxis entre janvier 2013 et avril 2014 lorsqu'elle Ă©tait directrice gĂ©nĂ©rale du Centre Georges-Pompidou.
Des montants qui ont finalement Ă©tĂ© "divisĂ©s par deux environ" aprĂšs enquĂȘte, a assurĂ© Me Morain.
AgnĂšs Saal avait fait un mea culpa partiel dans un entretien au Monde, en janvier.
"J'assume cette faute, je la regrette à un point infini", disait-elle, tout en reprochant à l'INA de n'avoir exercé "aucune procédure de cadrage".
"Je ne voyais pas moi-mĂȘme le dĂ©tail de mes courses, je n?y pensais mĂȘme pas. Quand je montais dans le taxi, je ne regardais pas le compteur car je travaillais (...) J?aurais dĂ» exercer un auto-contrĂŽle", expliquait-elle. Elle ajoutait avoir "eu le rĂ©flexe de laisser" Ă son fils le code de l'abonnement "en cas d'urgence", sans en vĂ©rifier l'usage.
Elle regrettait aussi d'avoir servi de symbole de "la détestation de la haute fonction publique et de ses abus".
Par Luis Jaime CISNEROS - © 2016 AFP

