Faible affluence pour le deuxiĂšme anniversaire des attentats

France - Le 13 novembre devenu "un jour comme un autre"

  • PubliĂ© le 13 novembre 2017 Ă  20:14
  • ActualisĂ© le 14 novembre 2017 Ă  00:15
La plaque à la mémoire des victimes des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, le 13 novembre 2017

"Le temps qui passe", "un lundi, ça tombe mal" ou une information "mal relayée": chacun avait son explication pour justifier la faible affluence aux cérémonies marquant le deuxiÚme anniversaire des attentats du 13 novembre 2015, les plus meurtriers commis en France.


AccoudĂ©e Ă  une barriĂšre, Ă  quelques mĂštres du Bataclan, Christelle Bergeroo attend que le nom de son amie, dĂ©cĂ©dĂ©e avec quatre-vingt-neuf autres dans la salle de concert, soit prononcĂ© au micro. A sa main, une rose, qu'elle ira dĂ©posĂ©e Ă  l'issue de la cĂ©rĂ©monie Ă  laquelle environ 200 personnes ont assistĂ©. "Je suis Ă©tonnĂ©e, il n'y a pas tant de monde et peu de fleurs. On est quand mĂȘme censĂ© ĂȘtre lĂ  pour se recueillir", regrette-t-elle. Cette femme de 47 ans dit aussi son sentiment de n'ĂȘtre entourĂ©e que "de simples badauds venus ici un peu par hasard".

"Quelle merde!", pestait quelques minutes plus tĂŽt un riverain, agacĂ© de devoir contourner l'important dispositif policier aux abords du Bataclan. A ces mots, Christelle Bergeroo, salariĂ©e de MĂ©decins sans FrontiĂšres, s'indigne: "Quel manque de respect, des gens sont morts..." MalgrĂ© une maigre affluence, Pascal Silvestre, dont une cousine a perdu son compagnon "amoureux du rock", retient qu'il y a "quelques drapeaux accrochĂ©s aux fenĂȘtres". Mais "peut-ĂȘtre aussi que nous, proches de victimes, on veut croire que tout ça ne va pas disparaĂźtre rapidement", concĂšde-t-il.

Venu "par hasard" devant le bar Le Carillon, l'une des terrasses visĂ©es par les balles des commandos jihadistes qui ont fait au total 130 morts, Miguel Fleuriot, 28 ans, reconnaĂźt "avoir zappĂ©" le deuxiĂšme anniversaire et avoue qu'il croyait mĂȘme "que c'Ă©tait il y a un an seulement". Un oubli que Tanguy Vinger, 17 ans, "ne peut pas accepter". Amer face Ă  une affluence "dĂ©cevante", il constate que "pour certains, c'est devenu un jour comme un autre". Le lycĂ©en a sĂ©chĂ© les cours pour venir: "de toute façon, je n'aurais pas pu me concentrer".

- "Tourner la page" -

A ses cÎtés, quelques grappes de personnes, essentiellement des retraités. "L'an dernier, c'était un dimanche. Un lundi, ça tombe mal, beaucoup travaillent", excuse Cristina Mathilde, une Brésilienne qui habite le quartier depuis 46 ans. Gardienne d'immeuble, elle a collé des affiches dans le hall pour informer ses résidents des commémorations.
Mais d'autres, comme Etienne Sag, venu devant le Bataclan "pour montrer aux victimes qu'elles ne sont pas seules", juge que l'information "n'a pas été assez relayée". Ce retraité de 64 ans se console devant la maigre foule: "cela veut dire que la vie continue".

Un optimisme que ne partage pas Francine Best, une habituĂ©e de La Bonne BiĂšre, une brasserie oĂč cinq personnes avaient perdu la vie le soir des attentats.
"Les actes de mémoire sont trÚs importants", insiste cette agrégée de philosophie, qui constate, fataliste, que "la solidarité qui avait permis au quartier de se redresser formidablement a peu à peu diminué".

Maintenir le souvenir, c'est le combat des associations de victimes, dont Life For Paris, qui a organisé un rassemblement en marge du parcours officiel, devant la mairie du XIe arrondissement. Deux membres des Eagles of Death Metal, dont le chanteur Jesse Hughes, trÚs ému, ont peu aprÚs improvisé un mini-concert surprise de quelques minutes. "Se souvenir, ce n'est pas ressasser, c'est au contraire avancer", a dit le nouveau président de l'association Arthur Dénouveaux, dans une brÚve allocution construite sur l'anaphore "je me souviens".

"Les gens aimeraient que ça passe. On entend presque qu'il faudrait tourner la page, ça rassure les gens", analyse Jean-François Mondeguer, qui a perdu sa fille Lamia sur la terrasse de La Belle Equipe. "Il n'y a que le temps qui passe. Nous, on reste là, avec notre douleur".

AFP

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